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Les Eglises issues de l'immigration

2 - Typologie des communautés 1

Une typologie est toujours réductrice car elle ne rend pas compte de la particularité de chaque groupe. Elle est néanmoins utile pour nous aider à saisir la diversité des situations.

1) Communautés dénominationnelles rattachées à l’Église d’origine

Il s’agit d’Églises historiques, héritières des missions européennes qui se sont organisées pour accompagner pastoralement leurs membres qui sont venus en France. Nous pouvons citer comme exemple les presbytériens coréens ou camerounais, les Églises de Madagascar (FLM et FJKM) ou l’Église évangélique du Congo. Les pasteurs sont envoyés par l’Église-mère qui cherchent ainsi des relais en Occident. Dans le cas de l’Afrique, il arrive que ces communautés de diaspora apportent des revenus ou des projets de développement pour l’Église-mère. Certains membres de ces Églises pratiquent la double appartenance avec un engagement parallèle dans une communauté française.

2) Communautés constituées en Union d’Église sur une base nationale ou linguistique, indépendante de l’Église d’origine.

Il s’agit de communautés initialement créées pour accompagner pastoralement les étrangers vivant en France, qui se sont transformées en Églises constituées. La FPMA (malgaches), les Églises évangéliques arméniennes, les Églises évangéliques haïtiennes, la CEAF appartiennent à ce type. Avec le temps, ces Églises se structurent et cherchent leur intégration dans le paysage protestant français. Avec l’émergence des deuxièmes et troisièmes générations se pose la question du maintien de la langue d’origine. Les enfants parlent de moins en moins cette langue et ils se marient avec des personnes extérieure au groupe linguistiques. L’évolution de la CEZAF à la CEAF est de ce point de vue paradigmatique. Les malgaches et les arméniens conservent un attachement à leur langue, même s’il est de plus en plus problématique.

3) Communautés linguistiques intégrées dans une union d’Église française.

Des communautés étrangères demandent leur adhésion à des unions d’Églises. L’Église vietnamienne de Marseille est rattachée à l’UEEL, les communautés cingalaises et tamoules de Paris sont intégrées dans le réseau des Églises apostoliques et l’Église évangélique kabyle de Pantin a demandé son adhésion à la FEEB. L’Alliance des Églises chrétiennes missionnaires de France (hors FPF) s’oriente actuellement vers l’accueil des plusieurs communautés ethniques. L’ecclésiologie congrégationaliste des Églises évangéliques apporte la souplesse nécessaire à ces demandes d’adhésion. Ce type permet un équilibre intéressant entre identité ethnique et intégration dans une structure française.

4) Communautés missionnaires indépendantes sans dénomination

Il s’agit d’une nébuleuse qui correspond à l’importation des méthodes du business religieux en Afrique. Ces Églises d’expression charismatique, déploient souvent une théologie de la prospérité et du miraculeux. Elles se rassemblent autour de la personnalité de leur pasteur, et se font et se défont au gré de l’évolution de ces derniers qui sont souvent clandestins. Autodidactes et pratiquant un discours d’autorité, ils sont peu ouverts à la rencontre avec les autres communautés qui sont perçues comme des concurrents sur le marché du religieux.

5) Communautés missionnaires de la « Mission en retour »

En Afrique, mais surtout en Asie et en Amérique latine, des Églises de type pentecôtistes sont suffisamment importantes et installées pour déployer un programme missionnaire vers d’autres pays, notamment les pays du Nord déchristianisés. Les pasteurs missionnaires qui sont envoyés dans notre pays se retrouvent dans la situation similaire à celle des missionnaires occidentaux du 19 ème siècle. Ils ne limitent pas leur évangélisation à leurs compatriotes mais s’adressent à l’ensemble de la population.

6) Groupes interdénominationnels

Des chrétiens d’une même origine ont fait le choix de s’intégrer dans des Églises différentes mais éprouvent le besoin de se retrouver entre eux pour partager des moments de prière et d’entraide. Nous pouvons citer ici les groupes Oasis qui rassemblent des chrétiens venus de l’islam qui fréquentent par ailleurs des Églises différentes. Ils se rassemblent pour prier ensemble et pour partager sur la particularité d’être chrétien dans un milieu majoritairement musulman autour de pâtisseries orientales et de thé à la menthe. Des groupes de musique et d’action diaconale jouent le même rôle. Une jeune association, l’ADAC (Association des diasporas africaines chrétiennes en France) essaye de coordonner des projets de développements vers les pays d’Afrique. Elle a comme particularité d’être interdénominationnelle et de concerner plusieurs pays d’Afrique.

1 Pour cette partie, nous nous sommes très largement inspiré de l’article de Bernard Coyault, « Les Églises issues de l’immigration dans le paysage protestant français », Information-Évangélisation 2004/5, octobre 2004, p.3ss.