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Face à la crise sociale en France… Eglises - Entraide et Diaconie
Il faudrait que chaque paroissien aille voir son pasteur et lui dise :
« Et nous, quand est-ce qu’on s’engage pour que ça change dans les quartiers ? »
Didier Chastagnier officier de l'Armée du Salut travaillant dans le quartier de l'Elsau à Strasbourg (novembre 2005)
Presse
Quel avenir pour les oeuvres sociales protestantes ?
Quand on parle de protestantisme, on se réfère à une identité bien spécifique ! Parler de l'influence du protestantisme, c'est rappeler ses origines et considérer son adéquation dans le monde contemporain, et dans l'action sociale en particulier.
Aux XIV ème et XV ème siècles, être chrétien ce n'était pas croire à JésusChrist et à l'évangile mais croire à l'Eglise catholique de l'époque, et surtout lui obéir. L'Eglise avait pris la place de l'Evangile et n'en communiquait aux fidèles que des fragments dans une langue, le latin, que le peuple ne comprenait pas. Depuis des siècles, des chrétiens demandaient que l'Eglise fut réformée.
Deux hommes eurent cependant et malgré tout assez de foi pour condamner l'Eglise Romaine et se séparer d'elle : Luther en Allemagne et Zwingli en Suisse. Ce sont leurs réflexions et leur exemple qui provoquèrent le décisif mouvement de la Réforme ; ils ont osé Protester !
Protester, le terme est lâché.
Etre protestant, c'est être chrétien.
Cet élan nouveau de la chrétienté, protestant contre une Eglise toute puissante et souveraine, allait conduire ses adeptes à revenir aux sources évangéliques. Ce retour à l'évangile allait avoir des martyrs.
Toute la cruauté humaine s'ingénie à marquer des tortures les plus horribles ceux qui s'inscrivaient dans ce qui devint ce grand élan spirituel que fut le Protestantisme !
Une fois de plus, le sang des martyrs allait dynamiser le mouvement ; ce retour aux sources spirituelles, à la relation personnelle avec un Dieu Sauveur, allait engendrer une multitude d'adeptes qui préférèrent suivre le chemin étroit et rocailleux de la vie par la foi plutôt que les voies larges et spacieuses d'une soumission aux hérésies d'une institution humaine.
Notre église protestante aujourd'hui en est la résultante, ses origines sont empreintes de cette résistance à l'ordre religieux établi et, ni les supplices, ni les guerres de religion, ni la révocation de l'Edit de Nantes, ni les dragons, ni les galères, ne réussiront à étouffer cette foi ravivée par l'Esprit Saint à la lecture des Saintes Ecritures.
Ce retour à la Parole divine conduira à une discipline huguenote, à une ferveur toute protestante, à une liturgie très évangélique dans laquelle le plan de salut divin se retrouverait point par point.
Etre protestant, c'est être en action
La "re"découverte du salut par la foi allait permettre aux protestants de se distancer d'une notion de salut par les oeuvres bonnes. Fallait-il donc que la Réforme abandonnent toutes les formes d'oeuvres bonnes du fait que le salut s'acquiert par la foi personnelle et par elle seule ?
Or, la Bible est très claire et ce thème amplement développé dans cette Parole inspirée : si les oeuvres bonnes ne sont pas cause du salut, elles en sont la conséquence.
Toute la Bible nous prouve que Dieu prend toujours le parti des pauvres et dénonce l'égoïsme et l'amour des richesses.
Si le Père a su offrir son fils unique en sacrifice, à combien plus forte raison devons-nous être prêts à offrir, à nous offrir.
Et ainsi que le mouvement protestant, trempé dans cette orientation scripturale, va engager des oeuvres bonnes, non pas en vue d'un salut éternel, mais à cause de ce salut !
Cette spécificité de l'action sociale protestante va structurer la motivation de ses adeptes dans une démarche objective, désintéressée et sereine.
Influence du Protestantisme
Toutes les écoles de travailleurs sociaux se préoccupent de discerner la teneur des motivations des candidats-élèves avant de les accepter à leurs cours.
Peut-on vraiment s'intéresser de façon objective à l'autre dans le seul souci de gagner ainsi son paradis ? Peut-on vraiment s'engager dans une action sociale sur la base d'un idéal humaniste, d'un projet d'humanité idyllique ?
Là encore le Protestantisme va imprimer sa caractériologie réformiste :
- je n'agis pas pour moi même, ni pour une idée que je me fais de la condition humaine ;
- j'agis et je m'engage parce qu'un autre a agi et s'est engagé avant moi et que l'amour qu'il m'a transmis par son Esprit me transporte vers l'autre et me conduit à l'aimer comme moi-même.
Notre fin de XX ème siècle nous a bien démontré combien d'idéologies humanistes pouvaient s'effondrer parce qu'édifiées sur le sable de la seule réflexion humaine ;
Notre Protestantisme est, quant à lui, fondé sur du roc, sur LE roc, et tant que nous veillerons à ne pas nous en écarter, nous en détourner, nous sommes assurés que notre action demeurera fermement établie.
Pour cela, nous avons à veiller à ne pas transformer à notre tour foi commune et agissante en une religion institutionnalisante et captatrice.
Le piège de l'homme, c'est l'homme lui-même ! C'est le risque de vouloir se servir en servant l'autre, de se mettre en premier en laissant l'autre en second. Soyons donc des héritiers dignes, en imprégnant à notre tour notre civilisation individualiste et capitaliste de ce désintéressement de soi au profit de l'intérêt de l'autre, soyons ces samaritains qui savent se détourner de leur chemin pour s'approcher de l'autre, malgré et avec ses différences et ses souffrances.
Là jouera notre influence.
- Cohérence et conséquence ensemble à nos motivations fondamentales.
- Foi et confiance que Dieu est capable de pallier à notre insuffisance et de bénir nos actions parfois maladroites.
- Cohérence parce que notre message agissant correspondra à la pensée biblique qui nous anime.
- Conséquence parce que nos comportements nous conduiront à nous dépasser nous-mêmes pour passer à l'autre.
- Foi parce qu'elle seule peut déplacer les montagnes de la misère humaine et de la dureté du coeur de l'homme.
- Confiance parce que nous ne sommes pas seuls à agir ; nous sommes plusieurs et, surtout , nous avons avec nous Celui qui a déjà tout accompli et remporté la victoire : Jésus-Christ.
Je voudrais ajouter à ces termes celui de "compétence".
Ne bricolons pas avec l'autre !
Laissons-nous former par notre divin Maître, et recherchons aussi les connaissances techniques utiles à notre service, afin de glorifier Celui qui nous a confié le Talent du service du prochain.
Et l'avenir ?
II dépendra du présent, bien sûr.
Je ne suis pas prêt d'atteindre le but de mon expédition si, déjà aujourd'hui, mes instruments d'orientation sont déréglés ou inutilisés.
Notre action sociale demain dépendra de celle d'aujourd'hui. Ne perdons pas le "Nord" spirituel et suivons notre boussole inspirée sans nous en détourner. Nous nous verrons alors traverser les années sans dévier, sans nous attiédir, sans nous diluer au détriment de notre spécificité protestante et donc évangélique.
Pour cela, trois paramètres :
- maintenons ferme et haut l'étendard de l'identité chrétienne de notre action sociale,
- réunissons autour de nous des coéquipiers animés de cet idéal qui contribueront à la cohérence de notre action et à sa pérennité,
- mais enfin, que le service rendu dans nous oeuvres soit et demeure fermement imprégné de cette foi qui nous anime de sorte que, sans comportement prosélyte, celles et ceux que nous accueillons puissent l'apprécier et avoir envie d'y goûter à leur tour.
Marie Durand gravait "Résister" dans les pierres de la tour-prison à Aigues-Mortes.
Gravons en nos coeurs un leitmotiv identique : "Persévérer" parce que, comme le dit l'Evangile, "c'est celui qui persévérera jusqu'à la fin qui sera sauvé " !
Jean Robert Yapoudjian Secrétaire général de l'Action Sociale Evangélique (ASEv)
Le Christianisme - Hebdomadaire protestant