|
*
* *
Préambule
Depuis dix
ans, les conférences internationales et déclarations des
Nations Unies réaffirment timidement les principes du Sommet de
la Terre de Rio sur le développement durable dans ses dimensions
sociales, économiques et environnementales. La prise de conscience
quant à l'urgence d'une réorientation des activités
humaines commence à se propager, mais le concept de développement
durable suscite encore peu d'engagements concrets : difficultés
à ratifier les Protocoles signés, peu de changements de
politiques publiques et de mise en uvre d'Agendas 21 locaux...
Les dernières
négociations internationales de l'OMC à Doha ont confirmé
avec force la prééminence du droit du commerce sur les droits
humains, sociaux, culturels et environnementaux, annonçant ainsi
la poursuite sans états d'âme d'un développement non
soutenable au nom de la "croissance" qui est aujourd'hui celle
de l'injustice et de l'exclusion, et qui touche particulièrement
les femmes : la pauvreté et les inégalités s'accroissent,
la pression sur les ressources naturelles augmente
Dans un contexte
de tensions croissantes, les ONG françaises réunies au sein
du Collectif " Jo'burg 2002 " affirment que la poursuite d'un
type de développement productiviste et consumériste, privilégiant
la libéralisation sans limite du marché, ne fera que renforcer
ces tendances négatives. Un autre développement, d'autres
choix de société sont possibles, fondés sur une base
écologique solide et une solidarité active, qui respecte
les droits des plus démunis et des générations futures
dans l'espace politique nécessaire à leur évolution.
Il suppose donc la mise en oeuvre de règles internationales plus
justes, établies dans la réciprocité et sur la base
d'une solidarité mondiale. Les réponses aux demandes des
pays les plus pauvres de la planète et la satisfaction des besoins
de leurs populations doivent cesser d'être remises à plus
tard.
L'inversion
des tendances est plus urgente que jamais. La paix et la justice, préalables
au développement durable, ne peuvent s'obtenir dans l'état
actuel d'inégalités croissantes, qui favorisent entre autres
la militarisation des sociétés et les actions terroristes.
La capacité des gouvernements à prendre des décisions
significatives à la Conférence de Monterrey sur le financement
du développement durable, au Sommet mondial de l'alimentation à
Rome, puis au Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg
en 2002 sera à cet égard décisive. Malgré
le manque évident de préparation de ces conférences
au niveau des Etats, nous demandons à ce qu'elles établissent
le bilan des engagements pris à Rio en 1992, et programment des
actions concrètes avec un calendrier précis et des objectifs
chiffrés visant à assurer un niveau de vie décent
et un environnement sain pour tous, en particulier pour les populations
les plus démunies.
Principes
Ceux du développement
durable auxquels nous nous référons ont été
repris dans de nombreux documents depuis Action 21. Ils sont bien connus,
mais souvent détournés. Nous demandons qu'ils soient maintenant
mis en uvre, en respectant les valeurs suivantes :
·
l'éthique : repenser le modèle de développement des
sociétés humaines, et évaluer les règles adoptées
à l'aune de leur impact sur la dignité de la personne et
sur l'intégrité écologique.
· la solidarité : promouvoir une forme de développement
respectant la bonne gestion des ressources et assurant leur utilisation
équitable par tous et, en particulier, par les populations les
plus vulnérables.
· la participation : assurer la participation de tous les acteurs
de la société civile aux processus de décision, dans
le cadre d'un Etat de droit.
· la responsabilité : défendre une responsabilité
globale qui tienne compte des inégalités entre les pays
riches et la part croissante de l'humanité privée de la
satisfaction de ses besoins fondamentaux.
· la précaution : dans le cadre de la mise en oeuvre d'une
politique de développement durable, s'assurer au préalable
de l'innocuité et de la réversibilité des choix à
tous les niveaux et à toutes les échelles.
Propositions
En vue d'un
développement durable selon les principes énoncés,
nous demandons l'élaboration et la mise en oeuvre d'un contrat
social planétaire posant les bases d'un nouvel équilibre
entre les limites de nos écosystèmes, la croissance économique
et les besoins des populations les plus vulnérables. Ce contrat
doit se réaliser entre gouvernements avec la participation active
des membres de la société civile et du secteur privé,
ainsi que de tous les autres groupes concernés.
Dans le cadre
des Conférences de Monterrey et de Johannesburg en 2002,
le Collectif français "Jo'burg 2002" pour sa part,
et en fonction des spécificités et des moyens de ses membres,
prend les engagements suivants :
- Faire
le bilan de notre participation à la mise en uvre du développement
durable depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992.
- uvrer
au rapprochement et à la concertation entre les associations
de solidarité internationale, de protection de l'environnement,
de consommateurs, de travailleurs, de paysans, de défense de
l'économie solidaire et des droits sociaux.
- Favoriser
les dialogues avec les autres groupes principaux, notamment les pouvoirs
publics et les acteurs économiques et sociaux.
- Dialoguer
et exercer si nécessaire une pression citoyenne en direction
des pouvoirs publics à tous niveaux pour promouvoir un mode de
développement durable qui intègre les droits sociaux,
culturels et environnementaux, la solidarité et les équilibres
écologiques.
- Participer
ou susciter des actions communes avec l'ensemble du mouvement social
intervenant dans le champ de la mondialisation pour en changer le cours
dominant.
- Soutenir
ou initier toute action visant à favoriser les changements de
comportements individuels ou collectifs, notamment en matière
de gestion économe et équitable des ressources naturelles
et humaines.
- Renforcer
et coordonner nos programmes d'éducation au développement
durable en direction du grand public, des jeunes et des décideurs
politiques et économiques et s'assurer de la cohérence
des campagnes d'opinion que nous menons séparément.
- Revoir
nos propres pratiques à la lumière de la durabilité,
que ce soit en matière de soutien à des projets ou programmes
ici ou dans les pays en développement, ou dans l'établissement
de tous nos partenariats avec un regard vigilant sur les provenances
de nos financements.
- Suivre
les engagements de l'ensemble des acteurs (y compris nous-mêmes)
en matière de développement durable.
Nous demandons,
en outre, aux gouvernements de prendre des dispositions concrètes
pour :
I-
DEGAGER D'URGENCE
DES RESSOURCES FINANCIERES
Le Collectif
appelle les gouvernements, au premier rang desquels le gouvernement français
et l'Union européenne, à se doter des moyens nécessaires
à la mise en uvre des programmes d'actions signés
depuis dix ans ou à venir prochainement, programmes qui sinon resteront
lettre morte malgré l'autosatisfaction affichée par certains
Etats.
Aide Publique
au Développement :
- Tenir
les engagements, parfaitement réalistes, en matière d'Aide
Publique au Développement (au moins 0,7% du P.N.B) et en améliorer
l'efficacité. Les pays qui ne le respectent pas encore doivent
présenter un calendrier afin d'atteindre cet objectif en 5 ans
maximum.
- Promouvoir
des débats parlementaires et faciliter un contrôle citoyen
en la matière.
- Revoir
l'affectation des aides aux PED (bilatérales, multilatérales,
privées) dans une perspective de développement durable
en lien avec des priorités nationales définies avec les
peuples concernés.
Dette
:
- Eliminer
le fardeau de la dette pour les pays les plus pauvres et créer,
pour les autres, une instance internationale multipartite pour arbitrer
les intérêts des créanciers et ceux des débiteurs
en terme de droits et devoirs réciproques.
- Réformer
de façon urgente le programme Pays Pauvres Très Endettés,
dans ses critères (par exemple il n'inclut pas l'Argentine qui
est en faillite) et dans ses applications.
- Garantir
l'utilisation des mécanismes de reconversion de dette pour des
opérations de développement durable.
Institutions
Financières Internationales :
Afin que les décisions prises par les Institutions Financières
Internationales n'affectent pas systématiquement les pays les plus
pauvres (par la privatisation des systèmes de santé, d'éducation,
et plus généralement de tous les services publics) :
- Obtenir
une représentation des pays en voie de développement au
sein des institutions décisionnelles en matière économique,
et d'une façon générale y rééquilibrer
les pouvoirs entre pays riches, pays émergents et pays en développement,
- Créer
une instance d'évaluation indépendante des programmes
des IFI prenant en compte les indicateurs de développement durable.
- Créer
une instance internationale de recours pour les pays victimes des plans
d'ajustement structurels du FMI.
- Garantir
une égalité d'accès des populations aux services
de base.
- Dégager
des mécanismes de crédit à long terme pour répondre
aux durées, parfois longues, de retour d'investissements du développement
durable (eau, forêts, réutilisation des terres...).
Accords
Multilatéraux sur l'Environnement :
- Rendre
additionnelle à l'APD les mécanismes financiers existant
au sein des AME.
- Activer
les mécanismes financiers des AME et les intégrer dans
les politiques nationales des PED par le renforcement des capacités
locales.
- Prévoir
un système d'évaluation indépendant.
Ressources
Additionnelles :
- Favoriser
l'établissement de taxes internationales, en commençant
au niveau national ou européen, sans attendre un consensus international
et par exemple :
- en général sur les flux de capitaux financiers (type
Taxe Tobin),
- sur les flux liés à la constitution et au renforcement
des transnationales,
- sur les dépenses publicitaires des firmes,
- sur la consommation de combustibles fossiles,
- et en utilisant toute la panoplie des écotaxes déjà
envisagées dans différents pays.
- Réduire
les dépenses d'armements et les réorienter vers le financement
des biens publics mondiaux.
Le collectif "Jo'burg 2002" estime que les ressources répertoriées
ci-dessus doivent être utilisées pour promouvoir un nouveau
type de développement. Il appelle donc les gouvernements à
tenir leurs engagements, mais aussi à soutenir et à mettre
en oeuvre, avec la société civile et le secteur privé
du monde entier les revendications suivantes, déjà maintes
fois exprimées, mais jamais satisfaites :
II-
UN DEVELOPPEMENT DURABLE POUR TOUS
Assurer
les besoins fondamentaux :
- Assurer
l'accès à l'eau, à l'alimentation, à l'énergie,
à des terres non contaminées, à des sols aptes
à l'agriculture, aux soins, à un habitat décent,
à l'éducation.
Protéger
les biens publics mondiaux :
- Ratifier
et appliquer les Accords Multilatéraux sur l'Environnement (biodiversité,
climat, déchets, désertification).
- Prévoir
des conventions sur d'autres biens comme l'eau, la forêt, les
ressources halieutiques, agricoles et énergétiques afin
d'en assurer une gestion durable.
- Assurer
un contrôle citoyen sur les orientations dans le domaine de la
recherche, notamment dans les biotechnologies et la bioéthique.
Garantir
les libertés politiques :
- Lutter
contre les discriminations et les exclusions : ethnie, religion, orientation
sexuelle, langue...
- Prendre
en compte la perspective de genre et associer les femmes à l'élaboration
et la prise de décision y compris dans les pays en développement.
- Garantir
le rôle des jeunes, notamment dans les pays démunis.
- Impliquer
directement les peuples indigènes dans les conventions internationales
les concernant.
- Assurer
le droit des migrants et la libre circulation des personnes.
Promouvoir
la justice sociale :
- Ratifier
et appliquer les huit conventions fondamentales de l'O.I.T. sur les
droits des travailleurs : liberté syndicale, abolition du travail
forcé, égalité, élimination du travail des
enfants.
- Empêcher
la privatisation des services de base (alimentation, eau...).
Soutenir
la justice économique :
- Combattre
l'Accord Général sur le Commerce des Services de l'OMC
: les populations les plus vulnérables doivent avoir libre accès
aux outils permettant la satisfaction de leurs besoins fondamentaux.
- Favoriser
la souveraineté alimentaire en terme de production, consommation
et importation.
- Développer
l'accès des PED aux marchés des pays industrialisés
(agriculture, textile
) basé sur un échange équitable
et garantissant le respect de la nature.
- Favoriser
les échanges entre PED en matière de production, transferts
de technologies
afin de contribuer au développement et
au renforcement des capacités locales souvent occultées
par les entreprises du Nord.
- Rémunérer
équitablement le savoir-faire importé des pays les plus
démunis.
- Fermer
les paradis fiscaux et renforcer la répression de la criminalité
financière.
Stimuler
la justice écologique :
- Réorienter
les modes de production et de consommation actuels vers des modes plus
compatibles avec la préservation des écosystèmes,
la santé des consommateurs, l'égalité d'accès
et d'utilisation des ressources naturelles entre les peuples et les
générations.
- Subordonner
les règles commerciales de l'OMC aux principes des Nations unies
sur la protection de nos écosystèmes.
- Evaluer
l'empreinte écologique de chaque pays, et en premier lieu celles
des pays industrialisés, par des indicateurs internationalement
agréés tenant compte du principe de précaution.
- Réduire
la dette écologique des pays du Nord et assurer une compensation
pour la dette existante.
- Eliminer
les obstacles à la diffusion des technologies propres et les
subventions déguisées aux technologies polluantes.
- Tenir
les engagements vis-à-vis des PED en matière de transfert
de technologies (conventions biodiversité, climat
)
III-
UNE BONNE GOUVERNANCE
Renforcer
la gouvernance à tous les niveaux :
- Soutenir
l'émergence d'une gouvernance globale dans les domaines environnemental
et social.
- Mettre
en cohérence les différentes déclarations et conventions
ayant un lien avec le développement durable.
- Doter
les organismes qui sont garants de ces engagements de réels pouvoirs
en matière de promotion, incitation, formation, mais aussi de
réglementation, de contrôle et de sanctions.
- Dans
le cadre d'une stratégie mondiale, la prise de décision
et les engagements doivent être effectués de manière
régionale, nationale et locale avec priorité au plus bas
niveau possible de gouvernance et en fonction de la capacité
des institutions à atteindre les objectifs visés.
- Des Agendas
21 doivent être établis à tous les niveaux de gouvernance.
Assurer
la participation de tous les acteurs :
- Favoriser
partout l'Etat de droit afin que tous les citoyens puissent faire valoir
leurs droits et recourir à des procédures administratives
transparentes, impartiales et facilement accessibles.
- Assurer
la pleine participation des femmes aux processus de prise de décision
à tous les niveaux.
- Assurer
les droits des migrants.
- Favoriser
l'accès à l'information et à la formation, en particulier
des populations les plus démunies.
- Mettre
en uvre une éducation au développement durable pour
tous.
- Intégrer
le développement durable dans les programmes des systèmes
éducatifs formels, notamment dans l'enseignement de l'urbanisme,
l'architecture, l'économie
Exiger
la responsabilité :
- Les entreprises,
Etats, institutions régionales et internationales doivent être
responsables et comptables des conséquences sociales, environnementales
et sanitaires de leurs actions au regard des législations en
vigueur.
- Mettre
en place des mécanismes permettant aux mouvements sociaux d'assurer
le contrôle des engagements en matière de développement
durable.
- Reconnaître
et encourager par des moyens financiers, humains et statutaires la création
de réseaux associatifs locaux, nationaux, régionaux et
internationaux oeuvrant pour un développement durable.
- Appliquer
le principe de pollueur-payeur. La responsabilité des entreprises
doit pouvoir être mise en cause en cas de fraude établie
et les victimes doivent être dédommagées dans tous
les cas.
- Mettre
en place des indicateurs permettant d'évaluer les progrès
accomplis en matière de développement durable.
Démocratiser
les procédures de négociations :
- Favoriser
l'égalité d'accès aux différentes négociations
internationales par le renforcement des capacités financières
et techniques des délégations des PED.
- Permettre
un meilleur accès des PED aux institutions internationales telles
que l'Organe de Règlement des différends de l'OMC et opérer
un rééquilibrage effectif du partenariat entre les pays
les plus démunis et les institutions financières internationales
(Banque mondiale et F.M.I).
- Rendre
efficace les mécanismes de transparence, d'observation et de
contrôle, et permettre les recours devant des instances indépendantes.
- l favoriser
la participation de la société civile.
Le collectif
"Johannesburg 2002" pose comme préalable le respect de
l'ensemble des principes, propositions et engagements énoncés
ci-dessus pour permettre d'avancer dans l'avènement d'un développement
durable à l'échelle mondiale, et éviter l'échec
des Conférences de Monterrey et de Johannesburg qui, s'il était
avéré, mettrait gravement en péril et pour longtemps,
le devenir de la planète en matière sociale, économique
et écologique.
Collectif
" Jo'burg 2002 "
C/o Association 4D - 7 impasse Charles Petit - 75011 Paris - France
Tél : +33 (0) 1 44 64 74 94 - Fax : +33 (0) 1 44 64 72 76 - E-mail
: association4d@globenet.org
- http://www.association4d.org
|