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Assises de la FPF de Clermont Ferrand, octobre 2004
Protection de l’environnement et responsabilité chrétienne
Jacques Varet
Forum de la Vie Associative
Groupe de travail « Développement Durable »
Comme l’a montré l’exposé de J.Ph. Barde, la destruction et le saccage de la planète sont désormais avérés : destruction de la diversité biologique, pollutions massives et diffuses, pénurie d'eau douce dans de nombreuses parties du monde, effet de serre scientifiquement prouvé, gaspillage par les générations de nos sociétés des réserves en hydrocarbures accumulées dans le globe terrestre en plusieurs centaines de millions d’années, laissant les générations futures au dépourvu, et d’une manière générale distribution inégale des richesses économiques et des fruits de ressources naturelles elles même inégalement réparties. Ces performances ont été atteintes sous l’emprise de l’action dominante des pays de la partie nord de la planète, qui accumulent aussi les connaissances scientifiques et les moyens d’action de toute nature (économique, culturelle, militaire…) et portent de ce fait une responsabilité certaine à l’égard du reste du monde.
Même s’il s’agit d’Etats laïcs, ce sont aussi des sociétés caractérisées par l’emprise du christianisme, et l’on sait combien l’inspiration protestante a joué dans l’émergence du capitalisme aujourd’hui triomphant sans entraves. Si les chrétiens notamment dans les pays scandinaves à dominance protestante et la forte mobilisation des Eglises à travers le COE ont sans doute contribué à ce mouvement, les décisions généreuses prises à Rio il y a dix ans par les états et les organisations internationales, sont loin d’avoir été suivies d’effet. Si plusieurs négociation internationales ont progressé concernant l’effet de serre ou la biodiversité, il reste encore à les traduire concrètement dans les faits et à voir tous les pays – notamment les Etats Unis – y participer. Comme on l’a constaté à Johannesburg en 2002, non seulement l’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’est encore creusé, mais l’aide publique au développement, au lieu d’augmenter, a diminué !
Les Eglises protestantes ne peuvent pas être absentes d’un débat contemporain aussi important. Il ne peut pas s'agir ni de rester muet, ni de se proposer seulement comme un lieu d’accueil et d’écoute. Il faut bien accepter d’entrer dans le sujet, même s’il ne tient pas seulement du domaine de la foi, mais de la raison, de la science et le la justice. Mais quelle parole articuler alors que Jésus n’a pas pris de position sur cette question qui ne se posait pas à cette époque, et que les théologiens nous laissent tout aussi démunis à ce sujet ? Il est clair aussi que nos Eglises ne peuvent (comme d’autres l’ont fait, et le font encore trop souvent) s’engager dans le débat et l’action sur ces questions en se comportant comme si l’initiative leur revenait ou si elles étaient, en la matière, porteuses d’un savoir particulier que les autres devraient entendre. D’autres institutions – notamment scientifiques, sociales et même politiques – se sont intéressées à cela avant elles, et, selon les cas, notre réveil a été tardif.
En prenant position sur ces questions aujourd’hui, il faudrait bien reconnaître que notre comportement et notre réflexion théologiques, non seulement n’ont pas toujours été marqués par une sensibilité pour ces questions, mais ont pu aller en sens inverse. Nos Eglises ont trop longtemps justifié implicitement ou explicitement, sans d’ailleurs en mesurer les conséquences, une certaine forme de domination de l’homme sur son environnement. Plus récemment, un discours sur la primauté de la foi et de la grâce exclusivement reçue a privilégié la dimension immédiate de l’engagement chrétien au détriment d’une prise en compte de ces questions de justice, d’équité et de long terme. C’est donc à juste titre qu’un document comme celui de l’Assemblée de Bâle commence par parler de repentance et de conversion. C’est à l’évidence un chemin qui nous reste à emprunter, notamment en France, concernant l’Eglise en tant qu’institution, et pas seulement ses membres au titre de leurs engagements sociaux ou politiques extérieurs personnels. Ceux là sont heureusement plus nombreux et mieux documentés.
La foi en tant que telle ne permet pas de fonder ces problèmes, et ce n’est pas elle qui apporte les solutions, pas plus qu'elle n' indique les manières de faire. Pour cela, nous sommes renvoyés à la raison, à la connaissance scientifique, aux techniques, à l’économie, et à la politique. Dans ce domaine de l’environnement et du développement, la foi se situe plutôt au niveau des fondements, qui débouchent sur des motivations et trace des orientations, comme l’a montré Frédéric Bredin. Elle relève de la nécessaire conviction.
Nos Eglises ne peuvent évidemment agir seules dans ce domaine, mais prendre part aux réseaux qui se constituent pour travailler sur ces objectifs aux échelles locales, nationales, européenne et internationale. Il importe donc que les protestants français fédérés mettent en œuvre une stratégie apte à affirmer des convictions, en participant aux réseaux qui veulent faire émerger des conditions d’un fonctionnement durable des sociétés. Ceci passe par quelques mesures concrètes :
1° Instituer, au niveau de la FPF une équipe légère de veille, d’observation et d’échange d’information, à partir du site « Protestants.org » avec des correspondants dans les Régions, Eglises et Mouvements, apte à organiser :
- la préparation, en réponse à des problèmes d’actualité, de « communiqués » de la FPF ;
la synergie entre « personnes ressources » du protestantisme pour assurer la participation et la pertinence la plus efficace possible :
- dans les rencontres et forums nationaux où il serait souhaitable d’entendre notre « parole » sur les innombrables aspects du « développement durable » (ex. : Pax Christi, WWF, ACM…),
dans les forums européens et internationaux sur les mêmes sujets (ex. : ECEN : réseau chrétien européen pour l’environnement de la KEK).
- dans les initiatives régionales, pour tisser des liens avec ceux qui œuvrent en ce sens (ex. ARM).
2° Aider, en s’inspirant de ce qui se fait déjà dans différents pays européens, à faire émerger une prise de conscience, notamment chez les jeunes au cours du catéchisme de carrefours etc., des aspects très fraternel et mobilisateur de la mise en œuvre du concept de développement durable.
3° Stimuler le développement d'une réflexion théologique et biblique sur la question du développement, et sur relations entre l’homme et la planète. Ceci pourrait être enrichi par un travail avec les autres chrétiens de France. Il s’agit en effet d’un domaine où l’œcuménisme peut être efficace comme le montrent les échanges avec Pax Christi.
4° La mise en œuvre d’une action concrète, au niveau local des Eglises locales, des paroisses et des mouvements, visant à provoquer des prises de conscience et des changements de comportements (ainsi que cela est tenté dans les pays protestants voisins, notamment en Allemagne, en Suisse et dans les pays scandinaves), du type :
- Comment mettre en pratique, concrètement, des actions et des choix visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ?
- Comment diminuer, pratiquement, les consommations d’énergie fossiles, et les transports automobiles inutiles (autre formulation de la même question), promouvoir les transports en commun, la marche à pied ou le vélo ?
- Comment, avec des partenaires locaux, organiser des manifestations visant à une prise de conscience de nos façons de produire, de consommer, de gâcher, de recycler ?
- Comment repenser ses modes de vacances (choix et respect des lieux, écotourisme, etc.), développer un tourisme éthique (préserver l’environnement, identifier les zones sensibles, respecter la culture des pays étrangers visités, limiter une consommation souvent démesurée par rapport au niveau de vie des habitants, créer des équilibres et développer les relations entre populations locales et touristes) ?
- Comment éduquer ses enfants au DD (exemple : limiter la consommation, revoir les véritables besoins des fournitures scolaires, organiser des visites nature, etc.).
- Comment développer des échanges concrets avec nos homologues du Sud, en Afrique notamment, pour réduire les disparités de développement et converger vers des modes de vies moins inégalitaires ?
- Comment développer le commerce équitable (ex : S.E.L. : Service d’Entraide et de Liaison : documentation / vente de produits artisanaux / parrainages ; Max Havelaar : vente de café et d’autres produits : thé, jus de fruits, bananes fraîches, etc. issu des « petits producteurs »).
5° Enfin – en évitant toute confusion de notre discours avec un culte de la terre, une justification par l’action, tout esprit de croisade, ou même avec une démarche de foi – ne pas négliger :
- La prise de parole protestante dans le débat public sur ces thèmes de l’environnement et du développement, avec la société civile (ONG), les responsables politiques, notamment à l’occasion des échéances électorales
- Une participation, en lien avec les autres courants religieux et organisations non gouvernementales, au suivi de la mise en œuvre du Protocole de Kyoto, et des autres résolutions internationales (biodiversité, désertification, objectifs du millénaire….)
- L’association de nos églises et mouvements, voire de la FPF elle même, aux prises de positions collectives, notamment concernant la mise en œuvre en France des politiques de développement durable.
- Tout en conservant, sur ces questions, l’approche critique que nous donne notre attachement à la Parole, et que nous ont rappelé les auteurs de l’« Agitation et le Rire ».
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