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Développement
durable et devenir de l'homme : un enjeu pour la paix Les
enjeux économiques et éthiques Interventions
de
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Qu'est-ce
que peut dire le théologien, c'est-à-dire toute personne
qui cherche à interpréter la Parole de Dieu pour aujourd'hui,
après un exposé aussi complet sur le paysage et le contexte
historique et conceptuel du développement durable? Il est tenté
par le silence, aveu de son incompétence; pourquoi faudrait-il
que la théologie ait quelque chose à dire sur tout, et dans
des domaines qui relèvent de la gestion de notre bien commun, donc,
a priori, plus du politique que du spirituel. Mais comme il ne sait pas
se taire, il risque de se précipiter vers des concepts généraux,
l'amour, la paix, la justice, la création
Or pour la
Bible, si la paix signifie comme en français, l'absence de guerre
ou la bonne entente entre les gens et les nations, si elle est
le plus souvent garantie par une alliance, le mot 'shalom' offre
une gamme de sens beaucoup plus large, qui évoque l'intégrité,
la plénitude, le caractère complet ou intact de quelque
chose; il représente ainsi le bonheur, la prospérité,
la santé, la sécurité, tout ce qui va bien. "Si
Dieu est avec moi et me garde sur la route où je vais, s'il me
donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, et si
je reviens sain et sauf chez mon père, alors le Seigneur sera mon
Dieu." C'est ici la prière de Jacob à Beth-El.
Et la formule qui la conclut: "revenir sain et sauf" signifie
littéralement "revenir en paix". La paix représente,
aussi, le bien ultime, l'objet même de l'espérance
du peuple et le cur de la prédication prophétique.
Elle est associée au roi idéal
Aussi le Nouveau testament
en reprendra le concept en affirmant qu'elle est réalisée
par Jésus Christ pour les siens. Je voudrais
insister particulièrement sur ce que la Bible nous dit lorsqu'elle
parle de la paix comme une étroite relation à Dieu. En effet
de quel homme s'agit-il à chaque fois qu'il est question de paix?
D'un homme livré à lui-même, fabricateur et inventeur
d'outils, producteur et consommateurs de biens matériels, dominateur
sur la création
? Tel est bien l'homme, mais ce n'est pas
de cet homme que parle la Bible dès qu'elle évoque la paix.
Elle parle d'un homme qui se situe dans une alliance avec Dieu, d'un homme
qui est son lieutenant, usufruitier des biens qui lui ont
été confiés, et qui trouve "hors de lui"
la paix. Il en sait l'origine en un Dieu créateur et rédempteur
(connu comme créateur parce que révélé comme
rédempteur !). C'est dire que si l'homme méprise ou ignore cette dimension proprement spirituelle, qui est de n'être pas son propre maître mais de trouver hors de lui ses références , il uvre à son propre anéantissement. Comme l'écrit Jean Paul Gabus: "La question posée à juste titre par les écologistes 'qu'en est-il de la survie de notre espèce et de manière plus globale de notre planète' peut-elle vraiment trouver sa solution, tant que cet homme moderne refusera de prêter attention à la Parole de son créateur, qui à chaque génération retentit avec la même urgence:
J'aimerais, enfin, ouvrir une deuxième ligne de réflexion. La relation à Dieu que je viens de rappeler comme fondement d'une attitude responsable, ouvre à la relation aux autres. La verticalité de l'alliance de Dieu avec l'homme, ouvre cet homme à l'horizontalité de l'alliance avec ses égaux devant Dieu ( cf. Genèse 1-2, qui fondent tout autant la solidarité que l'altérité humaine) . Je parle là d'un regard très concret qui m'est donné par ma foi sur l'humanité (et ce que j'expérimente dans la foi ne concerne pas les seuls porteurs de cette foi, mais l'humanité telle que le rédempteur me donne de la regarder !) . Quand je me suis trouvé uni par la prière, et l'écoute de la parole, côte à côte avec des Centrafricains ou des Congolais, j'ai appris qu'ils étaient avec moi, cogérants, co-usufruitiers, co-lieutenants, co-responsables, de la création. Là encore, il ne s'agit pas d'une vision humaniste et généreuse, mais d'une relation de solidarité ouverte par notre commune appartenance à un peuple que Dieu s'est donné comme vis-à-vis et objet de son amour. Je reviens
à mon point de départ. Le théologien a-t-il quoique
ce soit de particulier à dire sur le développement durable
et le devenir de l'homme? Ce n'est pas sous l'angle scientifique qu'il
peut apporter quelque chose, même s'iln'a aucune méfiance
à l'égard de la science. Ce n'est pas sous l'angle moral:
de quelle sagesse particulière serait-il porteur, même s'il
ne récuse pas la morale et les principes de droit? Il me semble
que ce ne peut-être que sous l'angle de la vision que la Parole
de Dieu lui donne sur lui-même et sur l'humanité. Dans un
double mouvement d'alliance ; l'alliance que Dieu établit avec
la création et qu'il scelle en Jésus Christ - ainsi l'humanité
a une fin dans la réconciliation avec Dieu et avec elle-même
- et l'alliance des êtres humains entre eux, établit comme
frères et surs en humanité co-responsables de la création
qu'Il leur a confiée. [1] Jean
Paul Gabus, "L'amour fou de Dieu pour sa création",
Les Bergers et les Mages, 1991 |