Fiche 2

Qu'ont fait nos Eglises ?
  Le rôle moteur du Conseil œcuménique des Eglises[2]

 

1. Vancouver (1983)

2. Bâle (1989)

3. Graz (1997)

4. Vilemov (1998)

5. Strasbourg (2001)

[2] § d'après Jean Marc Prieur : Conférence prononcée au titre de la conférence des Eglises Européennes et de FPF aux rencontres de Solan " Religions et Environnement ", organisée par le WWF les 11 et 12 Octobre 2001

1. Vancouver (1983)

La thématique avait été lancée au niveau mondial par le Conseil œcuménique des Eglises à Vancouver en 1983 sous le titre " Justice, paix et sauvegarde de la création ". Au niveau européen elle avait été particulièrement portée par les Eglises allemandes et inspirée par le physicien et philosophe Karl Friedrich von Weizsäcker et son ouvrage Le temps presse. Il y affirmait alors que trois problématiques étaient d'une grande urgence pour le monde : la paix, la justice et la préservation de l'environnement ; qu'elles étaient liées entre elles et que l'humanité était parvenue à une croisée des chemins où elle pouvait aggraver les problèmes, mais où il était encore temps de changer d'orientation pour y porter remède. La suite des événements a révélé la pertinence de ces analyses.

2. Bâle (1989)

Un premier rassemblement européen s'est tenu à Bâle du 15 au 21 mai 1989, sur le thème "Paix et justice pour la création entière ". Il était organisé par la Conférence des Eglises Européennes (KEK) et le Conseil des Conférences épiscopales d'Europe. L'intérêt de la triple problématique traitée à Bâle a été de proposer une vision globale des choses. Jusqu'alors les Eglises s'intéressaient à la paix et à la justice, et la problématique de l'environnement était nouvelle. On se rendit compte que toutes trois étaient liées, tant au plan des causes que des remèdes à apporter. Le second intérêt fut d'engager les chrétiens et les Eglises dans une collaboration avec d'autres personnes, religions ou organisations, sur des questions qui concernent tout le monde, et sur lesquelles ils ont en tant que tels, peu de compétences particulières et au sujet desquelles on peut même affirmer qu'il leur est maintes fois arrivé d'agir en sens contraire.

Ce rassemblement réunissait 638 délégués officiels des Eglises et des milliers de participants. On lui reconnut même un caractère prophétique car il se tint quelques mois avant l'effondrement des régimes communistes des pays d'Europe centrale et de l'Est, et deux ans avant le sommet de Rio. L'essentiel de ses résultats fut l'adoption à une très large majorité d'un Document, qui eut un certain impact dans les Eglises, notamment à l'Est, et dont un des aspects les plus intéressants est assurément la reconnaissance des fautes et la résolution de changer de vie. En ce qui concerne les questions écologiques, on peut lire cette reconnaissance des fautes : " Nous n'avons pas témoigné de l'amour de Dieu pour toutes et chacune de ses créatures et nous n'avons pas adopté un style de vie qui montre que nous appartenons à la création de Dieu " (§ 43). Et cet objectif de conversion : " aujourd'hui la conversion à Dieu signifie s'engager à surmonter les divisions entre l'humanité et la création dans son ensemble, la domination des êtres humains sur la nature, les styles de vie et moyens de production qui violent la nature, un individualisme qui viole l'intégrité de la création pour satisfaire des intérêts privés " (§ 45). Le document propose ensuite dix recommandations portant sur le développement durable : la maîtrise de l'énergie et les énergies renouvelables (réduire de 50% la consommation d'énergie par habitant dans les pays industrialisés tout en l'augmentant de 30% dans les pays du tiers-monde, comme le préconise le rapport Bruntland), la couche d'ozone, l'effet de serre et la destruction de la forêt tropicale, l'élimination des déchets, les émissions transfrontalières, la recherche génétique la diversité des espèces. Elles demandent aux chrétiens d'Europe d'encourager leurs Eglises et leurs gouvernements à instaurer ces mesures et à adopter un style de vie qui soit le moins nocif possible pour l'environnement.

3. Graz (1997)

A Graz, en Autriche, du 23 au 29 juin 1997, le thème du second rassemblement européen retenu était " Réconciliation, don de Dieu et source de vie nouvelle ". Cette thématique était tout particulièrement suggérée par les crises intervenues à différents niveaux dans les pays anciennement communistes suite à l'effondrement de ces régimes, et visait à ne pas oublier les problématiques du rassemblement de Bâle, dont celle de l'environnement. De sorte que celle-ci fut retenue comme un des principaux sous-thèmes dont se préoccupa ce second rassemblement. Il adopta un Texte de base qui formule des recommandations, dont quatre concernent une " Pratique nouvelle de la responsabilité écologique, pour aujourd'hui et les générations futures ". On y lit, parmi les recommandations aux Eglises " de considérer et de promouvoir la sauvegarde de la création comme une partie intégrante de la vie ecclésiale… de promouvoir un style de vie conforme aux critères de durabilité et à la justice sociale, et d'appuyer toute démarche tendant à une économie qui satisfasse ces mêmes critères…d'adhérer à l'Agenda 21 en l'associant au Processus œcuménique ou conciliaire de Justice, Paix et Sauvegarde de la Création… d'établir avec le Conseil des conférences épiscopales d'Europe un réseau de responsables de l'environnement, avec lequel ils travailleraient en partenariat. "


4. Vilemov (1998)

Depuis, le réseau chrétien européen de responsables de l'environnement s'est mis en place. Il a tenu sa première réunion en octobre 1998 à Vilemov (République Tchèque). 24 pays européens y étaient représentés. Il s'est notamment donné comme objectif de centraliser l'information et les compétences, de s'encourager et de se soutenir mutuellement par le développement d'actions communes, de renforcer la conscience écologique et l'engagement des Eglises européennes, d'identifier les problèmes écologiques et d'analyser les conséquences sociales et politiques des menaces qui pèsent sur l'environnement, de stimuler une collaboration appropriée entre les ONG et les institutions européennes dans ce domaine. Les sujets de travail retenus sont les changements climatiques, les transports, l'environnement et l'économie, l'agenda 21 et les styles de vie, une journée de la création, la biotechnique et le génie génétique, la biodiversité.


5. Strasbourg (2001)

Parmi les recommandations adoptées à Graz, il y avait également celle " que les Eglises rédigent une charte commune des droits et devoirs œcuméniques fondamentaux " qui aiderait les Eglise européennes à vivre et témoigner dans ce continent. Celle-ci a vu le jour et a été officiellement proposée aux Eglises à l'occasion d'un troisième rassemblement européen, de moindre importance que les deux précédents, à Strasbourg en avril 2001. Elle contient aussi un volet sur la sauvegarde de la création qui affirme notamment la valeur propre des biens de la terre, la nécessité de mettre en place des conditions de vie durable, en particulier par l'adoption de styles de vie adaptés, et de discerner ce qui peut se faire d'un point de vue scientifique et technologique mais pas d'un point de vue éthique.