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Catastrophe en Asie
Le réseau humanitaire protestant

L’après-raz de marée en Asie du Sud-Est suscite la participation des Eglises et mouvements protestants, notamment sous l’égide du COE. Des acteurs humanitaires qui n’oublient ni les défis écologiques, ni la question de la dette du tiers-monde.

Benoît HERVIEU-LÉGER

« Nos partenaires au Sri Lanka nous disent que leur pays est revenu dix ans en arrière. C’est comme si nous, pays développés, avions régressé de vingt ou trente ans. » Directeur des projets de développement au Service d’entraide et de liaison (SEL), Gérard Bos résume à sa manière l’ampleur de la reconstruction à mener après le tsunami du 26 décembre. Si le monde protestant n’est pas en reste d’un élan de solidarité planétaire inédit, ses Eglises et mouvements mesurent déjà l’effort humanitaire qu’il faudra accomplir avant de reparler d’aide au développement. La contribution des donateurs d’ici y suffira-t-elle ?

Pas sûr, même si, à la Fondation pour le protestantisme français, qui centralise les dons en paroisses, on constate une générosité sans équivalent. « Les dons moyens sont extrêmement importants, souligne-t-on rue de Clichy. Ils s’échelonnent entre 70 et 1 500 euros contre 20 ou 30 euros pour des opérations humanitaires disons plus habituelles. Quant au temps de réaction des donateurs, il a été exceptionnellement rapide. Dès le 26 et la nouvelle du tsunami connue, l’argent a commencé à arriver. »

Révision à la hausse

Au sein des paroisses, même écho. Inspecteur ecclésiastique de l’Eglise évangélique luthérienne de France (EELF) à Montbéliard, le pasteur Joël Dautheville confirme : « Le protestantisme devait exprimer sa solidarité. Il y avait à cet égard une véritable attente. Mais les dons en soi ne suffisent pas. La solidarité qui s’exprime se traduit aussi par le souci d’un véritable relais avec les Eglises des pays sinistrés. »

A défaut d’une « coalition humanitaire », brandie par le président américain non sans arrière-pensées géostratégiques, le monde protestant dégage son propre modèle d’action humanitaire en réseau ecclésial, à travers le Conseil œcuménique des Eglises et son bras ès qualités : l’Action by Churches Together (ACT). C’est cette dernière qui centralise les fonds récoltés et les met à disposition des Eglises et mouvements locaux affiliés à la maison genevoise. C’est également pour elle que la Fondation pour le protestantisme fait, parmi d’autres, office de bailleur. Au plan financier, le secrétaire pour l’Asie du COE, l’Indien George Matthews, se félicite lui aussi de la révision à la hausse de l’appel de fonds levés par ACT. « Nous avions prévu initialement 8 millions de dollars. Nous tablons désormais sur 20 millions. C’est très encourageant. »

Respectueux de la règle du 1 % du PIB dévolu à l’aide au développement, les pays scandinaves – dont les ressortissants ont payé un lourd tribut à la catastrophe – figurent une fois encore en tête des contributeurs, avec la Grande-Bretagne. Quant à l’action in situ et à ses objectifs, « la responsabilité en est confiée à nos partenaires et à leurs structures, dans tous les pays touchés, sauf aux Maldives où nous ne sommes pas représentés faute d’Eglises membres. Quatre Eglises en Inde et six au Sri Lanka sont, par exemple, chargées de la distribution de vêtements, de nourriture, de médicaments ».

Perte d’identité

Organisée elle aussi en réseau, mais cette fois centralisé autour d’une unique dénomination confessionnelle, l’Armée du Salut est, de même, surtout présente en Inde, au Sri Lanka et en Indonésie. Elle dresse déjà un premier état des lieux de ses démarches. « Une aide pratique aux rescapés, ressortissants ou touristes : eau potable, nourriture, vêtements, assistance médicale et psychologique ; l’Armée du Salut a aussi pris la responsabilité de plusieurs camps pour les sans-abri, comme Nagapatnam et Tanjavoor, en Inde ; à travers le monde essentiellement anglophone, les aumôniers des aéroports ont accueilli et assisté les rescapés au fur et à mesure des vols retours ; des volontaires nourrissent 1 200 personnes dans les régions de Kanyakumani et de Mutton ; des équipes locales assistent les gouvernements respectifs des pays atteints ; les efforts d’aide s’intensifient. »

A plus petite échelle, le Service d’entraide et de liaison, le SEL, peut compter quant à lui sur deux associations partenaires, EFICOR et Gospel House, la première en Inde, la seconde au Sri Lanka. Tandis qu’EFICOR s’attelle en ce moment à l’assistance de 20 villages (soit 20 000 familles) dans l’Etat côtier du Tamil Nadu et les îles voisines, Gospel House a déjà prodigué les premiers soins à 200 personnes et procuré une aide alimentaire à 120 familles. Mais le SEL, bailleur des deux associations, perçoit déjà les manques. « Aux dernières nouvelles, indique Gérard Bos, un sursaut des populations se fait jour, une solidarité locale se met en place. C’est une nouvelle phase qui s’entame, en tout cas pour les adultes. Car pour les enfants et les personnes âgées, le traumatisme est énorme et l’accompagnement psychologique fait cruellement défaut. » Et l’aide d’urgence doit aussi concerner une économie locale réduite à rien. « Ces gens n’ont pas seulement perdu leurs biens mais leur identité, souligne Gérard Bos. C’est toute leur vie qui est à reconstruire. Il faut restaurer un outil de travail et c’est pourquoi nos associations relais comptent travailler sur une remise en état des petits bateaux de pêche. » A raison de 500 euros l’embarcation, et 2 500 à reconstruire ou retaper, il faudra plus des 15 000 euros envoyés à EFICOR et des 10 000 adressés à Gospel House pour conduire le projet.

Or, tant qu’à reparler finances, le SEL attend aussi un geste des Etats fortunés : que soit enfin annulée la dette de pays définitivement insolvables. « Il est clair que cette catastrophe met les politiques au pied du mur dans la durée. On ne peut plus se contenter de panser une plaie. » Mais le responsable associatif reste « méfiant » quant à la bonne volonté du Nord envers le Sud.

Sceptique aussi mais pas désespéré, le COE reprend quant à lui son lobbying en faveur de normes environnementales planétaires.

Pour adresser vos dons

Fondation pour le protestantisme français

47, rue de Clichy, 75311 Paris Cedex 09

par chèque à l’ordre de la Fondation pour le protestantisme français

ou par virement au Crédit Lyonnais, Banque 30002, agence 4839,

compte 61597 R

avec la mention « Urgence Asie ».

Service d’entraide et de liaison (SEL)

9, rue de la Gare, 94234 Cachan Cedex

par chèque à l’ordre du SEL en mentionnant au dos « Urgence Asie ».

Armée du Salut – France

60, rue des Frères-Flavien, 75020 Paris

par chèque à l’ordre de l’Armée du Salut – fonds pour le désastre en Asie du Sud-Est.