Fédération protestante de France
Commission Eglise et Société



Déclaration de la Communion ecclésiale de Leuenberg concernant l'avenir de l'Europe

 

Le Comité exécutif de la Communion ecclésiale de Leuenberg s'est réuni à Strasbourg, du 21 au 23 juin 2002. Dans le cité du Parlement européen et du Conseil de l'Europe, il s'est préoccupé du travail de la Convention sur l'avenir de l'Europe. Fondée en 1973, la Communion ecclésiale de Leuenberg réunit actuellement 103 Eglises protestantes avec 50 millions de membres dans 32 pays européens. Elle représente tous les pays membres de l'Union européenne, le plupart des pays candidats comme aussi d'autres qui n'ont pas encore demandé leur entrée dans l'Union. Les attentes des différents pays et des Eglises à l'égard de l'Union européenne restent spécifiques et diverses. Cependant, c'est ensemble que nous déclarons :

I Le Comité exécutif salue la volonté de l'Union européenne de s'élargir au-delà de ses frontière actuelles. Les liens de leurs traditions et leurs convictions communes ont poussé les Eglises - notamment pendant les périodes difficiles et par-delà le Rideau de Fer - à chercher la communion et à l'approfondir. Ces liens, de plus un plus forts ressentis par les peuples européens, devront trouver leur expression dans les institutions politiques de notre continent.

II Le Comité exécutif rappelle avec insistance, dans ce contexte, l'obligation de soutien mutuel et l'instauration de l'égalité des chances dans la compétition économique. La solidarité des Eglises plus riches avec les Eglises plus pauvres reste un principe permanent de notre Communion ecclésiale. De même, dans l'Union européenne, l'équilibre entre les pays et les régions en développement divers, vu sous l'aspect de la cohésion économique et sociale, a toujours été un objectif fondamental. Ainsi nous demandons à la Convention de veiller à ce que - dans une Union européenne élargie - la solidarité et la subsidiarité gardent toute leur importance. Parallèlement, le principe du développement durable devrait tenir une place encore plus grande. L'économie de marché nécessite un cadre précis et obligatoire pour qu'elle puisse fonctionner comme un cadre économique social et responsable selon les critères écologiques.

III Le Comité exécutif salue la volonté de l'Union européenne de se transformer d'une communauté économique en communauté de valeurs. Comme chrétiens protestants nous contribuons à ce processus. Ensemble avec nos sœurs et frères catholiques et orthodoxes nous confessons les principes de justice, de réconciliation, de responsabilité et de tolérance - des principes qui font partie intégrante des fondements intellectuels et religieux de l'Europe.

IV Comme protestants nous nous réjouissons en particulier de l'intention de l'Union européenne d'améliorer la transparence des décisions et d'élargir les possibilités offertes aux citoyens d'y participer. La Réforme - fidèle à ses principes fondamentaux - constate que les hommes et les femmes, dans leurs relations existentielles, ne doivent pas compter sur la médiation d'institutions et ne pas s'en rendre dépendants. La référence à la liberté de conscience et le rappel de la doctrine du " sacerdoce universel de tous les croyants " se trouvent - sous une forme sécularisée - aux racines des traditions démocratiques et de l'histoire des libertés du continent européen. Il appartient à l'Union européenne de surmonter le " déficit en démocratie ", souvent déploré. Les Eglises protestantes se déclarent prêtes à s'investir - selon leurs forces - dans le développement d'une société civile. L'engagement dans la vie publique et la prise de responsabilités dans les domaines professionnel et politique font partie des principes de base du protestantisme ; ils relèvent autant de la responsabilité de chaque chrétien individuellement que de la mission des Eglises. En conséquence nous souhaitons qu'une législation en droit positif puisse assurer aux Eglises la possibilité d'agir au sein d'institutions européennes, leur garantir des services caritatifs et diaconaux et inscrire le respect des fêtes religieuses dans l'Union européenne.

V Nous attendons également attentif au fait que la liberté - selon nos convictions protestantes - ne relève pas d'une autonomie absolue de la personne humaine, mais qu'elle parvient de l'écoute de l'Evangile et découle de la justification par la grâce seule. " Etre libre signifie reconnaître que la liberté est à accueillir et à recevoir pour être partagée avec d'autres … Une telle liberté ne saurait se refermer sur soi, mais se tourne vers Dieu dont elle se reçoit, et vers les humains pour les rendre participants de ce don. " (Accords et dialogues œcuméniques, Paris 1995, p. II-151 s.) L'Union européenne se veut une communauté de valeurs ; elle reconnaître par conséquent que son existence repose sur des fondements qu'elle ne saurait créer elle-même. Il conviendrait que le préambule d'une future Constitution de l'Union européenne fasse référence au rôle important de la religion pour l'Europe. La référence explicite à Dieu dans la préambule manifesterait aussi le refus de toute prétention à l'absolue de la part du pouvoir politique.

VI Notre communauté de 103 Eglises est très diverse dans sa confession, sa constitution et ses expressions de la foi. Nous avons toujours perçu cette diversité comme une richesse, et nous n'avons jamais ressenti notre communion grandissante comme une contrainte à l'uniformité. Ainsi nous incitons l'Union européenne à conserver et à favoriser la diversité culturelle des pays membres. En tant qu'Eglises, nous sommes particulièrement attachés à ce que les règles de droit que régissent les relations entre l'Etat et l'Eglise restent préservés d'une possible tendance à l'harmonisation et la régulation. Les Eglises et communautés religieuses devront pouvoir garder la liberté à l'autodétermination quant à leurs affaires propres - dans le cadre législatif national qui est le leur.

VII Nous renvoyons ici aux nombreuses déclaration et prises de position de nos Eglises membres et d'autres fédération d'Eglises, en particulier de la " Commission œcuménique européenne pour l'Eglise et la société " auprès de la Conférence des Eglises européennes (KEK) à Bruxelles que suit avec une attention particulière les travaux de la Convention.

Strasbourg, le 22.06.2002

Le Comité exécutif de la Communion ecclésiale de Leuenberg :
Prof. Elisabeth Parmentier (Strasbourg): Président exécutif,
Président Pr Thomas Wipf (Berne), Prof. Michael Beintker (Munster): Co-Présidents;
Directeur Pr Dr Peter Bukowski (Wuppertal), OKR Dr Michael Bünker (Vienne), Pr Dr Nigel Collinson (Londres), OKR Doris Damke (Bielefeld), KR Piotr Gaš (Szczecin), Président Dr. Friedrich Hauschildt (Hanovre), Sec. gén. Ane Hjerrild (Copenhague), Pr Fleur Houston (Oxford), Evêque Dr Mihály Márkus (Táta), Prof. Willy Willems (Bruxelles);
Président Dr. Wilhelm Hüffmeier (Berlin): Directeur du Secrétariat