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Livret à destination des églises chrétiennes
en vue du Temps liturgique pour la création
(1er septembre - 4 octobre)

REFLEXION THEOLOGIQUE

 

LA CONFESSION DE FOI TRINITAIRE DE L'EGLISE

 

        Avec le symbole apostolique tout comme le symbole de Nicée-Constantinople, nous confessons :

- Dieu comme Créateur du ciel et de la terre, des choses visibles et invisibles.
       
        Qu’est-ce que cela veut dire ?

      Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, de qui viennent toutes choses et vers qui elles tendent. Il est le mystère premier et dernier de tout ce qui est, fondement et fin. Il transcende la création, mais il est aussi immanent à elle comme à son œuvre.

        Nous attestons l’unité de la création, mais aussi qu’elle comporte une dimension invisible qui dépasse ce que nos sens nous en livrent et que nous percevons néanmoins (comme réalité angélique et démoniaque) lorsque nous y prêtons attention.

        Nous reconnaissons que l’homme appartient à la création, qu’il dépend d’elle dans sa réalité cosmique et dans sa réalité terrestre, qu’en particulier il est solidaire de la « nature » minérale, végétale et animale, et que l’homme est responsable, individuellement et collectivement, de sa relation à la création, et aussi à lui-même et aux autres hommes en tant qu’appartenant à elle.

        Nous reconnaissons également que cette responsabilité de l’homme vis-à-vis de la création, et donc aussi vis-à-vis de lui-même et des autres hommes, est une responsabilité devant Dieu le Créateur, c’est-à-dire qu’elle engage la destinée même de l’homme : celui-ci joue ou déjoue sa vocation d’homme dans la manière dont il assume ou n’assume pas cette responsabilité. Lorsque l’homme assume cette dernière, il œuvre dans le sens de la conservation, de la gestion du monde, et il est alors appelé à juste titre un coopérateur de Dieu dans l’œuvre de la création ; lorsqu’il manque à sa vocation, il devient le jouet de son propre arbitraire ainsi que de la création aussi bien visible qu’invisible : il se livre alors à la potentialité démoniaque-destructrice de la création.

        Nous reconnaissons encore que la création contient elle-même des « lois » pour la conduite de la vie humaine, et que l’homme doit apprendre à déceler par l’expérience ces lois caractérisées à la fois par leur constance et leur contingence toujours nouvelle. De même, nous reconnaissons que la loi révélée de Dieu est le phare à partir duquel les ambivalences inscrites dans la création, en particulier l’ambivalence de la vie et de la mort, doivent être jugées, afin que l’homme croisse à travers elles dans le sens de sa vocation. Nous concluons de là qu’il incombe à l’homme de découvrir, à chaque nouvelle génération, sa vocation au sein de la création, dans l’attention portée à son expérience, individuelle et collective, et dans l’écoute fidèle du commandement révélé du Dieu Créateur.

        Nous reconnaissons que sa responsabilité terrestre n’épuise pas la vocation de l’homme, puisque, créé comme toute la création par Dieu, il est aussi créé en vue de Dieu, et qu’il a aussi une destinée éternelle.

        Nous reconnaissons enfin que le royaume éternel de Dieu, qui est ce à quoi Dieu appelle l’homme, se manifeste et se signifie déjà dans, avec et sous la présente création, lorsque l’homme y vit et y œuvre dans l’attente de Dieu, et que la vocation de l’homme est d’y déceler et d’y poursuivre des valeurs qui, loin d’occulter sa destinée éternelle, annoncent le royaume de Dieu et font progresser l’homme vers lui.

        Nous nous savons appelés, par conséquent, et nous appelons à rejeter les fausses valeurs et les faux-dieux qui ne font que mener l’homme et la création à leur perte.

- Dieu comme Rédempteur de la création « tombée », c’est-à-dire marquée par une faille qui aliène la création et l’homme par rapport à leur finalité divine.

        Qu’est-ce que cela veut dire ?

        Nous croyons en un Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu. De toute éternité image de Dieu et prototype de l’homme, il souffre, depuis le commencement, de la chute de la création et du péché de l’homme ; il souffre dans la création et dans l’homme. Par son incarnation, il participe non plus seulement de manière universelle invisible, mais désormais de manière concrète et visible, à notre humanité, en vit dans sa personne l’aliénation, assume celle-ci et en porte, dans sa mort, le jugement. Sa résurrection, le troisième jour, atteste de la part de Dieu la victoire, acquise pour l’éternité, sur la faille de la création et de l’homme, et donc sur le mal, sur le jugement qui pèse sur la création et sur l’homme, et sur la mort. Elle est la promesse d’une nouvelle terre et de nouveaux cieux.

        Nous attestons la portée universelle de l’œuvre rédemptrice du Christ. Elle vaut pour les vivants et pour les morts, pour la dimension visible comme pour la dimension invisible de la création, pour la création non humaine comme pour l’homme. Elle marque la fin de l’ancien éon 1, de la chute, du mal, du jugement et de la mort, et l’avènement du nouvel éon, du royaume de Dieu et de sa justice. Désormais, il y a un pardon, une réconciliation, un nouveau commencement, une vie nouvelle ; il y a une irruption, dans la foi au Christ, du nouvel éon dans l’ancien, et promesse de rédemption, en Christ, pour l’ancien éon. En Christ, pour la foi, ce monde, à travers la mort de ses faux-dieux et la mort de l’homme ancien à ceux-ci, est promis à une résurrection, à une métamorphose en un monde nouveau. Nous marchons encore par la foi, non déjà par la vue, mais nous sommes appelés à reconnaître et à poser des signes de la création nouvelle dans la création ancienne, et à laisser celle-ci accoucher de celle-là, car la première création tend vers la nouvelle création et s’accomplit en elle.

1 Période de l’histoire du salut

        Nous reconnaissons que l’œuvre rédemptrice du Christ fonde et rend possible une nouvelle manière de vivre, dans la foi, l’espérance et la charité, dans la gratitude, la louange et la gratuité, dans la liberté, la joie et le don de soi, dans la disponibilité, la patience et le service, dans la miséricorde, la justice et le partage, dans le pardon, la force et la fraternité. Cette nouvelle manière de vivre s’insère dans l’éon ancien mais y vit l’éon nouveau, s’insère dans la première création mais en l’ouvrant sur la nouvelle création.

- Dieu comme Sanctificateur, dans l’Eglise

      Qu’est-ce que cela veut dire ?

        Nous croyons en l’Esprit Saint. Il est la présence du Père et du Fils en l’homme et dans l’Eglise. Il vivifie et sanctifie l’homme par l’annonce de la parole prophétique et apostolique de l’Ancien et du Nouveau Testament, et par les sacrements : par eux, la Parole et les sacrements, du ministère desquels l’Eglise est chargée, Dieu en Christ par le Saint-Esprit crée et fait croître la foi et l’Eglise dans laquelle le croyant est inséré.

        Nous croyons la saint Eglise universelle, la communion des saints, déjà présente dans l’Eglise visible et dans le monde, comme l’humanité nouvelle, prémices de la nouvelle création. Nous attestons que là où la réconciliation est vécue, où de nouvelles relations se nouent, de l’homme à lui-même, aux autres, à toute la création et aux choses, là la nouvelle création inaugurée par la mort et la résurrection du Christ et l’effusion du Saint-Esprit, est déjà à l’œuvre, et là se trouvent les germes et la réalité de la foi, la semence et la réalité de l’Eglise. Nous attestons en particulier que, par le baptême et l’eucharistie, ainsi que par tous les actes sacramentels célébrés dans la foi, les hommes sont sanctifiés dans leur être et dans leurs relations inter-humaines, tout comme sont sanctifiés à travers l’eau, le pain et le vin, les gestes et la parole, la création tout entière reçue par l’homme dans l’action de grâces, ainsi que les relations de l’homme à elle.
        Nous attestons que l’Eglise est de la meilleure façon signe de la nouvelle humanité et témoin de la nouvelle création quand elle vit dans sa liturgie la sanctification de l’homme, de la communauté humaine et de toute la création. L’Eglise prépare et atteste la nouvelle création par la communion fraternelle, la prière et tout son culte, le témoignage et le service.

        Nous reconnaissons que l’Eglise du Dieu tri-un 2 a une mission de sanctifier et qu’elle ne peut la remplir que lorsqu’elle se laisse constamment sanctifier elle-même par l’Esprit Saint, dans la Parole et les sacrements, la prière et la communion fraternelle.

2 Le mot marque l’essence trinitaire de Dieu : à la fois « Un » et en trois personnes.

        Nous nous savons appelés par conséquent, et nous appelons à vivre de l’Esprit Saint et à vivre l’Eglise, pour faire rayonner, dans la liberté qu’il donne, l’Esprit vivificateur et sanctificateur et la communion nouvelle qu’il suscite, dans le monde et dans la société des hommes, et à rejeter toutes les structures du monde et de la société qui s’opposent à l’action vivifiante et sanctifiante de l’Esprit Saint et qui aliènent la création de l’homme.

Gérard Siegwalt

(Extrait de Nature menacée et responsabilité chrétienne, Strasbourg, 1979, p. 9-12)