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In : Bulletin d’information protestant n°1665, Mars-Avril 2008-03-25
QUELQUE CHOSE DE BON PEUT-IL VENIR DES BAPTISTES AMERICAINS ?
Témoignage d’un observateur au New Baptist Covenant
Le baptisme américain est un monde pour le moins compliqué. Au delà de la Southern Baptist Convention (SBC) - qui représente à elle toute seule 16 000 000 de baptistes et qui défraie régulièrement la chronique par ses prises de positions flirtant avec le fondamentalisme et son soutien quasi inconditionnel à l'administration Bush (en particulier dans son aventure guerrière en Irak) - un nombre incalculable de dénominations différentes (voir concurrentes) se partagent l'étiquette baptiste.
Divisions
Les divisions internes des baptistes américains ne datent pas d’hier. Après le Grand Réveil de 1725, les baptistes, jusque-là minoritaires, prennent de l’ampleur. En 1814, la première Convention baptiste rassemble les Églises blanches. Mais en 1845, elles se divisent entre le Sud esclavagiste et le Nord anti-esclavagiste anticipant d’une quinzaine d’années la Guerre Civile qui oppose les États du Sud à ceux du Nord sur cette même question. Comme le dit William Sherden, historien du baptisme américain, « les méthodistes, les baptistes et les presbytériens se sont tous divisés [sur la question de l’esclavage] avant la Guerre Civile. Ce qui montre que quelque chose se préparait dans le pays. Les divisions religieuses ont précédé les divisions politiques ». D’innombrables subdivisions et séparations suivent. Les Églises noires, elles, s’unirent en une Convention dans les années 1880. Mais cette unité ne durera pas et donnera naissance au fil du temps à quatre grandes conventions séparées.
Un vent d’unité et de service
Plus de cent-soixante ans après leur division, le New Baptist Covenant a réuni à Atlanta du 30 janvier au 1er février 2008, 15000 baptistes de toutes sortes. Événement que Sébastien Fath a qualifié « d’œcuménisme baptiste sans précédent 1 » : jamais on n’avait rassemblé un tel éventail et une telle diversité de baptistes. Transcendant les barrières théologiques, idéologiques et raciales, plus de 30 organismes baptistes représentant plus de 20 millions de baptistes ont participé à ce rassemblement. Seule ombre au tableau, la SBC a décliné l’invitation craignant une récupération politique (démocrate) de l’événement - une récupération républicaine aurait probablement moins dérangé ! Ce qui n’a pas empêché trois conventions d’États appartenant à la SBC (Texas, Missouri et Virginie) de se joindre au mouvement. L’événement était précédé de la deuxième rencontre commune des quatre grandes conventions noires.
L’idée de ce rassemblement est de l’ancien président Jimmy Carter 2, baptiste de toujours, qu’il a qualifié, non sans émotion, « d’événement le plus capital » de sa vie religieuse dans un premier discours. Il a ensuite tenu un plaidoyer pour l’unité baptiste et chrétienne et pour le service envers « les pauvres, ceux qui ont le cœur brisés, les captifs, les aveugles... » faisant ainsi référence à la prédication de Jésus à Nazareth (Luc 4.16-21). Les thèmes de l’unité dans la diversité (culturelle, raciale, théologique, politique) et du service auprès du prochain, du pauvre, de l’étranger à partir du texte de Luc étaient le cœur du rassemblement. L’impérieuse nécessité de l’engagement des chrétiens dans le service et l’action sociale y a été entre autre développée par Tony Campolo, vibrant prédicateur aux accents revivalistes qui déploie toute son énergie à inviter les chrétiens à un « engagement radical, un style de vie radical » et à ne pas se « vendre au système ».
Après trois jours de prédications, témoignages et conférences autour de ces thèmes, il ne manquait plus qu’à l’autre président baptiste, Bill Clinton, de clore la rencontre avec un discours très personnel et un appel poignant à tendre la main aux conservateurs de la SBC dans l’espoir qu’un jour, « qui ne sera pas demain », ils rejoindront ce mouvement d’unité...
Pierre de Mareuil, Pasteur de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France (FEEBF) à Compiègne