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THEOLOGIE NOIRE DE LA LIBERATION
par James H. Cone

 

* Extraits de James H. CONE, Théologie noire de la libération, J.-B. Lippincott Company, Philadel­phie et New York, 1970.

© J.-B. Lippincott Company
Publication de la Commission générale d’Evangélisation de l’Eglise Réformée de France, 1977

  

Ma conviction profonde est que le christianisme est essentiellement une religion de libération. La fonction de la théologie c'est d'analyser le sens de cette libération pour la communauté opprimée de telle sorte qu'elle puisse savoir que sa lutte pour la justice politique, sociale et économique est compatible avec 1’Evangile de Jésus-Christ. Tout message qui n'est pas relié à la libération des pauvres dans la société n'est pas le message du Christ. Toute théologie qui est indifférente au thème de la libération n'est pas une théologie chrétienne.
Dans une société où les hommes sont opprimés parce qu'ils sont noirs la théologie chrétienne doit devenir une théologie noire, une théologie qui s'identifie sans réserve avec les buts de la communauté opprimée et qui cherche à interpréter le caractère divin de sa lutte pour la libération. « La théologie noire », c'est un titre particulièrement approprié pour l'Amérique contemporaine à cause de son pouvoir symbolique pour rendre compte à la fois de ce que les Blancs entendent par oppression et de ce que les Noirs entendent par libération. Cependant, je suis convaincu de ce que les significations centrées autour de l'idée de théologie noire ne sont en aucune manière restreinte à la scène américaine, puisque la condition noire symbolise l'oppression et la libération dans toute société.
Il est évident, par conséquent, que cet ouvrage* a été écrit primitivement pour la communauté noire et non pas pour les Blancs. Les Blancs ne peuvent le lire et dans une certaine mesure en donner une analyse intellectuelle : une compréhension authentique dépend de la condition « noire » de leur existence dans le monde. Il n'y aura pas de paix en Amérique tant que les Blancs ne commenceront pas à haïr leur couleur en se demandant depuis les profondeurs de leur être : « Comment pouvons-nous devenir noir ? » On espère que suffisamment de gens commenceront à se poser cette question et que ce pays ne sera plus, de la sorte, divisé sur la base de la couleur. Mais jusque-là c'est la tâche du théologien chrétien de faire de la théologie à la lumière du caractère concret de l'oppression humaine telle qu'elle s'exprime dans les questions de couleurs et d'interpréter pour l'opprimé la signification de la libération de Dieu dans sa propre communauté.

(Extrait de la préface.)

 

LE CONTENU DE LA THEOLOGIE

La libération comme contenu de la théologie

La théologie chrétienne est une théologie de la libération. C'est une étude rationnelle de l'être de Dieu dans le monde à la lumière de la situation existentielle d'une communauté opprimée qui met en relation les forces de libération et l'essence de l Evangile qui est Jésus-Christ.
Cela signifie que sa seule raison d'être est de mettre en un discours ordonné le sens de l'activité de Dieu dans le monde, de telle sorte que la communauté opprimée reconnaisse que sa confiance interne en la libération n'est pas seulement rendue consistante par l'Evangile, mais est l'Evangile de Jésus-Christ. II ne peut y avoir de théologie chrétienne qui ne s'identifie sans réserve avec ceux qui sont humiliés et exploités. En fait, la théologie cesse d'être une théologie de l'Evangile quand elle n'émane pas de la communauté des opprimés. Car il est impossible de parler du Dieu de l'histoire israélite, qui est le Dieu qui s'est révélé lui-même en Jésus-Christ sans reconnaître qu'il est le Dieu de ceux et pour ceux qui travaillent et supportent de lourds fardeaux.
La perspective et la direction de cette étude sont dès lors très claires. Le lecteur est en droit de savoir dès le départ ce qui doit être défini comme important. Cette définition et les présupposés sur lesquels elle est fondée doivent être mis à l'épreuve par la mise en œuvre d'une théologie qui peut être jugée selon son rapport avec le point de vue d'une communauté sur ce qui est ultime. Nous commençons maintenant par explorer quelques considérations préliminaires à propos de notre définition.
La définition de la théologie comme cette discipline qui cherche à analyser la nature de la foi chrétienne à la lumière des opprimés provient principalement de la tradition biblique elle-même.

1. Bien que la cause pour laquelle Dieu a élu Israël pour être son peuple ne puisse pas être entièrement claire, un point est évident : l'élection est inséparable de l'événement de l'Exode.
« Vous avez vu vous-mêmes comment j'ai traité les Egyptiens, comment je vous ai emportés sur des ailes de vautour et amenés vers moi. Désormais, si vous m'obéissez et respectez mon alliance, je vous tiendrai pour mien parmi tous les peuples... (Ex. 19, 4-5a). Cela signifie certainement, parmi d'autres choses, que l'appel par Dieu de ce peuple est en relation avec sa condition d'opprimé et avec l'activité libératrice de Dieu déjà dans l'Exode. « Vous avez vu ce que j'ai fait ! » : En délivrant ce peuple de la servitude de l'Egypte et en inaugurant l'alliance sur la base de cet événement historique, Dieu révèle qu'il est le Dieu de l'opprimé, impliqué qu'il est dans son histoire, le libérant de la servitude humaine.

2. Des périodes plus tardives de l'histoire israélite montrent aussi que Dieu est particulièrement concerné par l’opprimé à l'intérieur de la communauté d'Israël. L'essor de la prophétie de l'Ancien Testament est dû primitivement au manque de justice dans cette communauté. Les prophètes d'Israël sont des prophètes de la justice sociale, rappelant aux gens que le Seigneur est l'auteur de la justice. Il est important de noter dans cette mise en rapport que la justice de Dieu n'est pas une qualité abstraite dans l'être de -Dieu comme il en est ainsi dans la philosophie grecque. Il s'agit plutôt de la présence active de Dieu dans l'histoire, faisant bien ce que les hommes font mal. Le thème constant de la prophétie hébraïque ne tolèrera pas l'injustice contre les pauvres ; par son activité les pauvres vaincront. Encore une fois, Dieu se révèle lui-même en tant que Dieu de libération pour les opprimés.

3. Dans le Nouveau Testament, le thème vétérotestamentaire de la libération est réaffirmé par Jésus lui-même. Le conflit avec Satan et les puissances, la condamnation des riches, l'insistance de l'affirmation selon laquelle le Royaume est pour les pauvres et la localisation de son ministère parmi les pauvres - tout cela et d'autres faits encore de la carrière de Jésus montre que son œuvre était orientée vers les opprimés en vue de leur libération. Suggérer qu'il parlait d'une libération « spirituelle » consiste à ne pas prendre au sérieux la conception totalement hébraïque de l'homme que Jésus avait. Entrer dans le Royaume de Dieu cela signifie que Jésus lui-même devient l'objet ultime de la fidélité de l'homme parce qu'il est ce Royaume. Ce point de vue de l'existence de l'homme dans le monde a des implications très lointaines pour les institutions économiques politiques et sociales. Elles ne peuvent plus avoir de prétention ultime sur la vie de l'homme ; il est libéré et rendu ainsi libre de se révolter contre tout pouvoir qui menace la vie de l'homme dans le Royaume. C'est ce que Jésus a présent à l'esprit quand il dit :

L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré. Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, il m'a envoyé porter aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour de la vue, rendre la liberté aux opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. (Luc 4, 18-19).

En face de cet accent biblique mis sur la libération, il ne semble pas seulement approprié mais nécessaire de définir la communauté chrétienne comme la communauté des opprimés qui ont rejoint le Christ dans sa lutte pour la libération des hommes. La tâche de la théologie est alors d'expliquer le sens de l'action libératrice de Dieu de telle sorte que ceux qui souffrent sous les puissances de l'esclavage verront que les forces de libération sont l'activité de Dieu lui-même. La théologie chrétienne n'est jamais limitée à une étude rationnelle de l'être de Dieu. C'est plutôt une étude de l'action libératrice de Dieu dans le monde, son activité en faveur des opprimés.
Si l'histoire d'Israël et la description que fait le Nouveau Testament du Jésus historique révèlent que Dieu est un Dieu identifié avec Israël parce qu'Israël est une communauté opprimée, la résurrection du Christ signifie que tous les opprimés deviennent son peuple. C’est en cela que réside le caractère universel impliqué dans le message évangélique de Jésus. L'événement de la résurrection signifie que l'action libératrice de Dieu n'est pas seulement pour la maison d'Israël mais pour tous ceux qui sont asservis par les principautés et les puissances. La résurrection procure l'espérance en Dieu. Il ne s'agit pas ici de l' « espérance » d'une promesse de récompense dans les cieux qui compenserait la souffrance de l'injustice sur la terre. Ce qu'on espère plutôt concerne l'avenir de telle sorte que les hommes soient rendus capables de refuser de tolérer l'actuelle iniquité. Voir le futur de Dieu, tel qu'il est révélé dans la résurrection du Christ, c'est aussi voir la contradiction de toute injustice terrestre avec l'existence en Christ. C'est pourquoi Camilo Torres avait raison quand il décrivait l'action révolutionnaire comme une « lutte sacerdotale, chrétienne » (1). La tâche de la théologie chrétienne alors c'est analyser le sens de l'espérance en Dieu de telle sorte que la communauté opprimée d'une société donnée risquera tout pour la liberté terrestre, une liberté rendue possible par la résurrection du Christ. Le langage de la théologie met en cause les structures sociales parce qu'il est inséparable de la communauté souffrante. La théologie ne peut jamais être neutre ni manquer de prendre parti sur les positions relatives à la condition des opprimés. Pour cette raison on ne peut jamais engager de conversation sur la nature de Dieu sans confronter ces éléments de l'existence humaine qui menacent l'existence de l'homme en tant que personne. Quoique la théologie dise à propos de Dieu et du monde, cela doit ressortir de sa seule raison d'être en tant que discipline : assister les opprimés dans leur libération. Son langage est toujours un langage en rapport avec la libération humaine, qui proclame la fin de la servitude et interprète les dimensions religieuses de la lutte révolutionnaire.

(1) Cité dans José Bonino « Christians and the political revolution » in S.C. Rose & P.P. Van Lelyved, Ed. « Risk » (1967), p. 109.

La libération et la théologie noire

Malheureusement la théologie blanche américaine n'a pas été impliquée dans la lutte pour la libération des Noirs. Elle a été fondamentalement une théologie de l'oppresseur blanc, donnant un satisfecit religieux au génocide des Indiens et à l'esclavage des Noirs. Depuis son origine jusqu'à aujourd'hui, la pensée théologique blanche américaine a été « patriotique », soit en définissant la tâche théologique indépendamment des souffrances noires (l'approche libérale nordiste) soit en définissant le christianisme comme compatible avec le racisme des Blancs (l'approche conservatrice sudiste). Dans les deux cas la théologie est devenue une servante de l'Etat et ne peut que signifier la mort pour les Noirs. Il n'est pas étonnant qu'un nombre toujours croissant de Noirs trouvent difficile d'être Noir et en même temps de s'identifier avec les formes de pensée de la théologie traditionnelle.
L'apparition de la théologie noire (2) sur la scène américaine est par conséquent due exclusivement au manque, de la part des Blancs, de mise en relation de l'évangile de jésus avec la souffrance d'être noir dans une société raciste blanche. La Théologie noire est apparue à partir du besoin qu'éprouvent les Noirs de se libérer des oppresseurs blancs. La Théologie noire est une théologie de la libération parce qu'elle est une théologie qui émane d'une identification avec les Noirs opprimés en Amérique, cherchant à interpréter l'Evangile du Christ à la lumière de la condition noire; la théologie noire croit que la libération des Noirs EST la libération de Dieu.
La tâche de la Théologie noire est alors d'analyser la nature de l'Evangile de Jésus-Christ à la lumière des Noirs opprimés de telle sorte que les Noirs puissent voir l'Evangile comme inséparable de leur condition humiliée, et leur procurant la force nécessaire pour briser les chaînes de l'oppression. Cela signifie que c'est une théologie de la communauté noire, cherchant à interpréter les dimensions des forces de libération dans cette communauté.

(2) Cf. James CONE, Black theolo, PY and Black Power, N. Y. 1969.

Il y a deux raisons pour lesquelles la Théologie noire est une théologie chrétienne et peut-être la seule expression possible de la théologie chrétienne en Amérique :
1. II ne peut y avoir de théologie de l'Evangile qui ne provienne pas d'une communauté opprimée. C'est ainsi parce que Dieu en Christ s'est révélé lui-même en tant que Dieu dont la justice est inséparable de la société humaine faible et sans secours. Le but de la Théologie noire est d'interpréter l'action de Dieu en tant qu'elle est en relation avec la communauté noire opprimée.
2. La théologie chrétienne parce qu'elle est centrée sur Jésus-Christ. Il ne peut y avoir de théologie chrétienne qui n'ait Jésus-Christ comme point de départ. Quoique la Théologie noire affirme la condition noire comme le premier critère de la réalité avec lequel on doive compter, cela ne signifie pas qu'elle rejette la révélation absolue de Dieu en Jésus-Christ. Bien plus, elle l'affirme. Bien que la théologie blanche tende à faire de l'événement du Christ une idée abstraite, intellectuelle, la théologie noire croit que la communauté noire elle-­même est présente précisément là où le Christ est à l'oeuvre. L événement du Christ au XXe siècle en Amérique, c'est un événement noir, c'est-à-dire un événement de libération prenant place dans la communauté noire dans laquelle les noirs reconnaissent qu'il leur incombe de rejeter les chaînes de l'oppression blanche par quelques moyens, qui leur semble approprié. C'est ce que signifie la révélation de Dieu pour les Américains noirs et blancs, et c'est pourquoi la théologie noire peut être la seule théologie possible en notre temps.
On peut s'attendre à ce que quelques-uns demandent : «Pourquoi une Théologie noire ? », «N'est-il pas vrai que Dieu est sans couleur ? N'est-il pas vrai qu'il y en a d'autres qui souffrent autant, sinon plus que les Noirs ? » Ce genre de question révèle un manque fondamental de compréhension en ce qui concerne la théologie noire et aussi un point de vue superficiel sur le monde au sens le plus large. Il y a au moins trois points à éclaircir ici :
a. Dans une situation révolutionnaire il ne peut jamais y avoir de théologie juste. C'est toujours une théologie qui s'identifie avec une communauté particulière. Ou bien elle s'identifie avec ceux qui infligent l'oppression ou bien elle s'identifie avec ceux qui en sont les victimes. Cette seconde théologie, c'est l'authentique théologie chrétienne ; où une théologie noire est une théologie qui provient d'une identification avec la communauté blanche, c'est-à-dire situant l'approbation de Dieu sur l'oppression blanche de l'existence noire.
b. Dans une société raciste, Dieu n'est jamais incolore. Dire que Dieu est sans couleur cela revient à dire que Dieu est indifférent à la justice et à l'injustice, à ce qui est bien et à ce qui est mal, au droit et à la fausseté. Ce n'est certainement pas l'image de Dieu révélée dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Yahweh prend parti. D'une part il prend parti pour les Israélites contre les Cananéens lorsque les israélites parviennent en Palestine. D'autre part il prend parti pour les pauvres dans la communauté d'Israël contre les riches et autres oppresseurs politiques. Dans le Nouveau Testament, Jésus n'est pas POUR TOUS, mais pour l'opprimé, les pauvres et les rejetés de la société et contre les oppresseurs. Le Dieu de la tradition biblique n'est pas délié ou neutre à l'égard des affaires humaines ; bien au contraire, il est tout à fait impliqué. Il agit dans l'histoire humaine, prend parti pour les opprimés de la terre. Si Dieu n'est pas impliqué dans l'histoire humaine, alors toute théologie est inutile, et le christianisme lui-même n'est qu'une plaisanterie, un vide, une diversion dénuée de sens.
Le sens de ce message pour notre situation contemporaine est clair : Dieu, parce qu'il est le Dieu des opprimés, prend parti pour les noirs. Il n'est pas indifférent à la couleur dans une lutte qui oppose les Blancs et les Noirs, mais il s'identifie sans réserve avec les Noirs. Cela signifie que le mouvement pour la libération des Noirs est l’oeuvre de Dieu lui-même, réalisant sa volonté parmi les hommes.
c. Il y a, c'est certain, beaucoup de gens qui souffrent, et ils ne sont pas tous noirs. Beaucoup de libéraux blancs éprouvent une certaine joie lorsqu'ils rappellent aux militants noirs que les deux-tiers des pauvres en Amérique sont blancs. Naturellement on pourrait remarquer que cela signifie que la proportion des Noirs pauvres est cinq fois celui des pauvres blancs, si on considère la population totale de chaque groupe. Mais ce n'est pas notre intention d'ouvrir le débat avec les libéraux blancs sur cette question, puisque ce n'est pas l'intention de la Théologie noire de minimiser les souffrances des autres, y compris celle des Blancs. La Théologie noire essaie simplement de discerner l'action de Dieu en tant qu'il réalise son projet dans la libération de l'homme vis-à-vis des forces d'oppression. Nous DE­VONS prendre des décisions sur la question de savoir où Dieu est à l'oeuvre de telle sorte que nous puissions le rejoindre dans son combat contre le mal. Mais il n'y a pas de guide parfait pour discerner le mouvement divin dans le monde. Contrairement à ce que beaucoup de conservateurs diraient, la Bible n'est pas si claire sur cette question. C'est un symbole valable pour discerner la révélation de Dieu en Christ, mais elle ne s'interprète pas elle-même. Nous sommes donc placés dans une situation existentielle de liberté dans laquelle le poids est sur nous pour prendre des décisions sous la garantie éthique d'un guide. C'est le risque de la foi. Pour le théologien noir, Dieu est à l'oeuvre dans la communauté noire, donnant la victoire aux noirs contre l'oppression blanche. Il lui est impossible d'être indifférent sur cette question. Ou bien Dieu est pour les Noirs dans leur combat pour la libération, ou bien il n'est pas. Il ne peut être à la fois pour nous et pour les oppresseurs blancs.
A ce propos nous pouvons remarquer que la Théologie noire prend au sérieux la description de la nature symbolique de tout discours théologique, de Paul Tillich (3). L'homme ne peut décrire Dieu directement ; il doit utiliser des symboles qui visent des dimensions de la réalité dont on ne peut parler littéralement. Par conséquent, parler de Théologie noire, c'est parler avec la compréhension tillichéenne du symbole à l'esprit. L'accent mis sur les Noirs ne signifie nullement que les noirs seuls souffrent en tant que victimes dans une société raciste mais que le Noir est un symbole ontologigue (4) et une réalité visible qui décrit le mieux ce que 14oppression signifie en Amérique.
L'extermination des Indiens, la persécution des Juifs, l'oppression des Américains Mexicains, et toutes les autres inhumanités concevables au nom de Dieu et de la Patrie - ces brutalités peuvent être analysées en termes d'incapacité américaine de reconnaître l'humanité dans des individus de couleur. Si les opprimés de ce pays veulent mettre en cause le caractère oppressif de la société blanche, ils doivent commencer par affirmer leur identité dans les termes de cette réalité qui est antiblanche. Le fait d'être noir, alors, c'est le fait de toutes les victimes de l'oppression qui se rendent compte que leur humanité est inséparable de la libération de l'homme par rapport au fait d'être blanc.

(3) Voir Paul TILLICH, La dynamique de la foi, (trad.) Castermann.
(4) Ontologique : qui se rapporte à l'être.

Nota : Le lecteur fera bien de prendre note de deux caractéristiques de la définition de « noir » :

1) noir c'est un trait physiologique. Il se réfère à un peuple particulier à peau noire en Amérique et qui a été victime de la brutalité raciste blanche. C'est le peuple qui a les cicatrices qui portent témoignage de l'inhumanité commise contre eux. La Théologie noire croit qu'il est la seule clé Qui puisse ouvrir les portes à la révélation divine. Par conséquent, aucune théologie américaine ne peut même tendre vers une théologie chrétienne sans entrer en relation avec les Noirs d'Amérique.
2) noir est un symbole ontologique pour tous les peuples Qui participent à la libération de l'homme vis-à­-vis de l'oppression. C'est ici le caractère universel de la Théologie noire. Elle croit que tous les hommes ont été créés pour la liberté, et que Dieu prend toujours parti avec les opprimés contre les oppresseurs.