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LES ENJEUX DES ASSISES CHRÉTIENNES DE LA MONDIALISATION Déclaration de Jérôme Vignon, le Président des ACM, lors de la conférence de presse de lancement le 14 janvier 2002. ACM ET SOCIETÉ FRANÇAISE Les ACM sont le fruit d'une initiative prise en 2001 par 7 mouvements et organisations de laïcs chrétiens ainsi que par un ordre religieux, selon une volonté cuménique. Motivés par les enjeux et le sens à construire de la " mondialisation ", ils ont décidé d'en faire le thème d'un vaste rassemblement public qui se tiendra à LYON, les 24 et 25 janvier 2004. Les moments du lancement et du déroulement de cette initiative ne sont pas fortuits. Ils viennent en écho à ce qui est ressenti à la fois comme un malaise et une attente de la société française à l'égard de la mondialisation. On peut en effet considérer que les dernières élections présidentielles françaises ont été la manifestation de ce malais et de cette attente : attente d'un débat et d'une clarification qui n'ont pas eu lieu, tant est grand le malaise face à l'évolution du contexte mondial qui semble avoir pris le pas sur la capacité des pouvoirs politiques et publics d'orienter ou d'organiser la vie nationale. Mouvements de laïcs et ordre religieux largement conditionnés par l'importance reconnue aux situations économiques, sociales et culturelles sujettes à la mondialisation ou à l'internationalisation, nous nous sentons parties prenantes à ce débat. Le moment est venu de contribue par notre identité propre à son évolution, sans ignorer que nous y avons été précédés par uns société civile active. Mais nous avons aussi conscience de constituer une composante de la société française, représentative de la diversité de ses structures sociales ou géographiques, porteuse aussi d'une expérience originale qui ne doit pas être laissée sous le boisseau. ACTUALITÉ DE LA MONDIALISATION ET SIGNE DES TEMPS Les multiples
phénomènes de la "mondialisation" méritent
aujourd'hui un travail de compréhension et d'intelligence, faisant
la part de leur nouveauté et de leur imprévisibilité.
Au-delà du constat de la permanence des réalités
transnationales, de l'interaction séculaire entre les civilisations
à l'échelle mondiale, nous avons affaire à une manifestation
particulière, sans précédent de la mondialisation
comme situation sociale. Les repères connus sont effectivement
bouleversés et les faits mondiaux d'aujourd'hui ne peuvent être
automatiquement ramenés à un cadre de pensée connu
d'avance. Reconnaître cette nouveauté, c'est déjà
faire une sorte d'acte de foi ; car pour des croyants, cette nouveauté
est le signe même de l'irruption, toujours dérangeante, de
l'appel d'un Dieu-Amour à voir et à vivre autrement. RATTACHER DES ACTES A UN SENS Mais quelle peut être la valeur ajoutée d'une contribution chrétienne ? Elle ne sera sans doute pas dans l'énoncé de solutions originales aux questions posées par l'humanisation de la mondialisation, même si là se trouve l'origine de l'initiative. Il s'agira plutôt, dans une perspective spirituelle et évangélique, de tenter de découvrir un sens à l'épreuve de la mondialisation et d'y rattacher des diversités d'engagements à tous les niveaux collectifs et personnels. Le malaise de la société française vient peut-être de la contradiction entre sa disponibilité culturelle à l'égard d'un cadre universaliste où s'inscrivent son institution et son sens de la démocratie, et la difficulté de remettre en cause certains aspects importants du cadre actuel (tels que la relation des agriculteurs à la société, la hiérarchie entre public et privé face à l'intérêt général, le rôle de l'entreprise et de l'Etat), pour tenir compte de faits nouveaux touchant, par exemple à l'exercice de la souveraineté, ou à la prise en compte du long terme dans le présent. Etablir dans une vision cohérente, en raison du sens spirituel qui les éclaire, des actes de portée très différente, par là, contribuer à la recherche d'un sens de la mondialisation pour la société française, au-delà des seuls croyants, serait donc l'enjeu, ambitieux des AMC. On dira que justement le débat ne manque pas d'affirmations de sens, ni de références à des valeurs fondamentales. Il est possible que si le débat apparaît en partie sans issue, c'est parce que le sens invoqué de part et d'autre est présupposé à l'avance, enfermé dans des affirmations de principe, ayant pour effet la recherche de simples boucs émissaires. Ce que nous pourrions apporter, comme chrétiens, c'est une démarche suggérant que le sens soit à recevoir, à l'écoute des événements et des acteurs, comme si la mondialisation, justement, apportait des éléments inédits sur qui est l'homme et ce qu'attend l'Humanité. Se réclamer d'une transcendance, ce n'est pas projeter sur le monde une affirmation religieuse ; c'est au contraire admettre que Celui qui donne sens à la vie se révèle dans le monde. Pourquoi cette démarche n'interpellerait-elle pas toute forme de dogmatisme ? D'où l'importance, dans la pléiade de mouvements qui composent les ACM, de sensibilités diverses, notamment la sensibilité évangélique qui se nourrit d'abord de la prière et de l'écoute, de la simple présence aux réalités humaines. UNE DÉMARCHE VIVANTE Ces intuitions sur ce que pourrait être la valeur ajoutée d'une contribution chrétienne à la recherche d'une humanisation de la mondialisation commande les conditions pratiques d'organisation de la démarche des Assises, selon les trois termes rappelés dans la Charte des ACM, autour de laquelle se rassemblent une vingtaine de mouvements et associations très divers. Il s'agit
d'abord, dans un esprit de communion, d'entreprendre à l'échelle
des mouvements chrétiens, cette tentative d'exprimer un sens commun,
au prix d'un échange, voire d'une intense discussion entre des
points de vue et des situations opposées. Ce sera l'enjeu des prochaines
assises territoriales qui se tiendront en divers lieux de France, au cours
du second trimestre de 2003. Les mouvements ACM y seront "puissances"
invitantes. Mais la présence des témoins non chrétiens
et non Français y sera particulièrement utile, dans l'esprit
d'une recherche ouverte, dont les croyants n'ont pas le monopole. Enfin, et ce sera sans doute le pus difficile, on tentera, notamment à l'occasion des Assises elles-mêmes en janvier 2004, de dégager une proposition de sens commun, susceptible d'intéresser au-delà des seuls croyants. |