PME
" S'adapter pour ne pas être submergé "

Dominique Bassot est pdg de l'entreprise "Le créneau industriel",
entreprise de 35 personnes, basée à Chambéry.

Qu'est-ce qui a changé au sein de votre entreprise depuis les débuts de la mondialisation ?

D'un côté, on exporte plus, mais de l'autre, nos concurrents ne sont plus les entreprises de la région ou des entreprises françaises, mais celles de Chine, d'Australie ou du Canada. On est présent sur le marché mondial, c'est l'échelle qui a changé. De la même façon, on se bat contre les autres pays en France. Comme nous allons à l'étranger, l'étranger vient aussi à nous. Nous avons donc été obligés de nous spécialiser. Nous avons abandonné le domaine du bois et du plastique, pour nous cibler sur l'aéronautique. Mais cette spécialisation nous a été imposée par le marché mondial : les Italiens sont d'abord entré en concurrence avec nous et nous ont fait perdre le marché, puis ensuite les Coréens et les Japonais. Cette spécialisation a été positive pour notre entreprise, ça nous permet de nous recycler et de rester toujours à la pointe. Si on est moyen, on est submergé par le flot, alors que si on cherche toujours la qualité dans un domaine qui l'exige, on peut rester sur le marché.

Si la mondialisation a permis la concurrence avec les entreprises du monde entier, ces concurrents sont-ils sur un pied d'égalité avec vous ?

Pas du tout, et c'est bien là le problème ! En France, les charges et les contraintes font que nous sommes beaucoup moins compétitifs sur le marché mondial. On a l'impression que les entreprises doivent se mondialiser et que d'un autre côté, l'Etat nous met des bâtons dans les roues avec des lois comme par exemple celle sur les 35 heures. Pour nous, ce n'est pas possible d'à la fois rester sur le marché mondial et à la fois travailler moins. Au contraire, il nous faudrait travailler bien plus. Si tout le monde fonctionnait de la même manière, ça ne poserait pas de problème, mais l'ennui, c'est justement la disparité qui existe entre les différents pays du monde et même d'Europe. Les Italiens, par exemple, sont soumis à des contraintes bien plus souples que nous. Lorsque nous vendons les même machines, c'est normal que les leurs soient plus compétitives. Tout le monde se mondialise, mais pas l'Etat ni les fonctionnaires !

Ce problème deviendra un vrai problème pour tous très bientôt : la mondialisation permet à tous d'aller travailler à l'étranger et l'état oblige presque les jeunes à partir pour pouvoir produire plus librement et gagner plus d'argent. Les jeunes aujourd'hui fuient donc souvent à l'étranger, ce qui, pour moi, est un réel danger pour l'avenir de la France.

Quel avenir voyez-vous à la mondialisation et à ses effets pour votre entreprise ?

Dans l'entreprise, nous ne sommes pas tous au même point. Certains encore ne sont pas prêts à partir en Chine ou au Canada pour aller vendre ou installer les machines que nous fabriquons. Nous ne sommes pas tous rentrés dans ce système.
Pourtant, pour nous ça a été une nécessité. Nous avons d'abord subi le processus de la mondialisation : en 1992, la Lire a été très fortement dévaluée, on n'a plus vendu aucune machine pendant 6 mois, les Italiens avaient raflé tout le marché. Là nous avons subi. Puis nous avons voulu être acteur pour pouvoir continuer à exister. Si nous avions continué dans notre première activité, on serait mort.

Notre but est maintenant de nous développer encore plus pour vendre des machines partout dans le monde, et pas seulement en Russie ou au Canada. D'autres, plus grands, sont forcés de délocaliser et de s'implanter en Chine ou ailleurs, mais pour nous, ce n'est pas encore d'actualité. Nous sommes une petite entreprise, et à ce titre, il est impossible d'agir de manière opérante sur ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c'est monter dans le train et y rester.