| Multinationales Vers l'uniformisation
Pour moi,
la mondialisation n'est pas un phénomène nouveau. Je travaille,
depuis 20 ans, dans une multinationale dans le domaine de l'informatique,
et nous vivons la mondialisation depuis toujours. Nous sommes déjà sur le marché de l'Asie depuis longtemps. Notre politique a toujours été de développer des marchés ou des services vendables partout à travers le monde, ce n'est pas un marché nouveau aujourd'hui. Ce qui est nouveau, c'est l'achat de composants qui se fait de façon plus mondiale, avant on était plus "locaux" dans nos achats. Quels effets négatifs la mondialisation a-t-elle engendrés ? Il y a beaucoup de changements et d'évolution dans l'intérêt du travail. Quand je développais un produit, par exemple un terminal d'ordinateur, j'avais le choix de mes fournisseurs, mes contacts étaient locaux, à la limite, européens. Aujourd'hui, nos fournisseurs nous sont imposés, ils sont décidés, une fois pour toute, à tel endroit. Donc la contribution personnelle qu'on peut apporter est bien moindre, l'intérêt du boulot est faible. C'est un exemple concret d'uniformisation. Pour moi, c'est le mauvais côté de la mondialisation. En ce qui concerne la formation, elle était essentiellement locale. C'était des formations françaises, données par des français dans une culture française. Aujourd'hui, tout cela a disparu, nous n'avons plus que des "e-training" standard ! Ce n'est pas la même chose de discuter une semaine avec un consultant français extérieur qui a un vécu que d'écouter des bruits sur ordinateur ! HP et Compac vont fusionner, ce qui va nous rendre encore plus puissants sur le marché mondial. Cela m'inquiète. Il ne sera même plus question de compétition. Je veux bien croire qu'on peut éprouver du plaisir en entrant dans le jeu de la compétition et en gagnant. Mais là, tout est différent, la décision a été prise d'en haut, on va devenir les plus gros, mais on n'emportera plus les marché parce qu'on est les meilleurs, mais parce qu'on est les plus gros. Quand on est plus gros, les avantages, c"est qu'on a plus de poids vis-à-vis des fournisseurs, et donc, en interne, on fait des économies d'échelles. Mais pour ça, on détruit des équipes et on licencie. On travaille tous en patois "HPéien ", un anglais technique très appauvri dans lequel le seul temps que l'on connaisse est le présent. Il est donc très difficile de communiquer, pourtant, impossible de dire qu'on ne comprend pas à cause de la langue, on est censé parler la même ! Mais il est évident qu'avec un seul temps et un vocabulaire pauvre, de nombreuses nuances nous échappent ! Les réunions se passent par téléphone, toute la gestuelle qui compte au moins autant que la partie vocale est perdue. De même, face à un diktat qui vient des USA, un italien, un allemand ou un finançais ne vont pas réagir de la même façon, nous sommes différents, ce qui est riche si on a le temps de la communication, et ce qui devient vite conflictuel si on n'a pas le temps ou si on ne se rencontre pas. Le marché de l'information est devenu un marché difficile, avant les bénéfices coulaient à flot. Depuis quelques temps, c'est beaucoup plus difficile. Là où avant, nous avions un pouvoir de décision, une liberté d'action et de moyens, aujourd'hui tout nous est imposé. Peut être qu'on est en avance, et que la mondialisation ça va bientôt être ça partout. Quel avenir voyez-vous à la mondialisation ? Je vois l'avenir
avec des employés jetables et très spécialisés,
très encadrés, sans grande liberté d'action. On aura
besoin de gens très spécialisés pendant un moment
donné, après leur spécialité ne sera plus
pertinente, ils ne serviront plus ! |