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d'entreprises Pour plus de mondialisation Diplômé de l'ENA, ayant travaillé au Cabinet de Jacques Delors, Alain Jouffroy est le pdg de une société de transaction financière installée à Paris. Depuis 1985, il en était le directeur et il l'a rachetée en janvier 2000. En quoi consiste le travail que vous faites ici ? Ma société assure des transactions, principalement en dollars, assure des liquidités pour des sociétés. Nous ne faisons pas de spéculation. Des sociétés ont besoin d'assurer une trésorerie à court ou moyen terme pour couvrir des grosses sorties en dollars, on leur trouve des prêteurs quelque part dans le monde, au meilleur taux. Nous sommes payés à la commission. Ces prêts sont de l'ordre de plusieurs dizaines de millions à plusieurs milliards de dollars. La seule spéculation que nous faisons, c'est sur l'achat et la vente au comptant, mais cela représente une toute petite partie de notre activité. Nous sommes agréés par la Banque de France, contrôlés par la Banque de Banque de France et les fonds propres de la société y sont bloqués. La mondialisation des marchés financiers vous paraît-elle inéluctable ? La mondialisation, je travaille avec depuis vingt ans en travaillant sur les monnaies. Mais il n'y a pas moyen de spéculer sur les prêts. Quand des mouvements comme ATTAC s'en prennent globalement à la mondialisation, ils mélangent tout, il faut compartimenter. Mon métier, c'est de participer à l'échange naturel des monnaies entre elles, le reste n'a rien à voir. Actuellement, il n'y a plus de barrière monétaire. Quant au début des années 80, on a essayé d'en mettre, essayé d'utiliser la monnaie pour développer notre économie, en mettant en place un "livret monétaire" qui limitait les échanges possibles, on n'a fait qu'affaiblir le fisc. Les seuls contrôles qui persistent sont là pour lutter contre le recyclage de l'argent sale. Si un banquier reçoit quelques dizaines de millions en argent liquide, il doit le déclarer, sinon il peut être inculpé de complicité. Mais une fois que l'argent est rentré dans le circuit, plus rien ne peut être fait. Pour autant, il arrive qu'une banque soit boycottée par les autres acteurs financiers parce que ses fonds sont considérés comme douteux. La mondialisation ne vous semble pas forcément l'ennemi de l'emploi et l'allié de la spéculation ? En allant chercher des prêteurs à l'autre bout du monde pour des entreprises ici, nous favorisons le commerce et donc l'emploi. Tout le monde a les mêmes informations et les mêmes prix partout. Quand on critique la mondialisation, on critique l'existence d'un marché unique. Mais c'est l'existence de plusieurs marchés où l'on trouve la même chose à des prix différents - des valeurs immédiates - qui permet la spéculation. D'ailleurs la spéculation n'est pas toujours mauvaise, elle permet souvent de remettre des choses à leur juste prix. Mais dans vos métiers également il y a une concurrence mondiale ? La plupart des Cabinets comme le nôtre ont quitté Paris pour s'installer à Bruxelles ou Londres, parce que les charges sociales ou la pression fiscale y est moindre. Cela coûte à la France beaucoup d'emplois, et d'emplois à valeur ajoutée. Un emploi dans une société comme la nôtre induit 4 à 5 autres emplois. Par exemple, nous employons du matériel informatique sophistiqué et cher que nous devons changer souvent pour rester concurrentiels. Nous faisons moins de bénéfice donc moins d'investissement, et il y a donc le risque d'être moins concurrentiel, s'affaiblir et donc d'être racheté. C'est ce qui est arrivé à beaucoup de petites sociétés comme la nôtre. Moi, j'ai toujours refusé de vendre ma société, alors que si je le faisais, je pourrais avoir assez pour vivre tout le reste de ma vie sans travailler. Mais ça ne m'intéresse pas. Mon seul bonheur, c'est de bons restaurants, du bon vin de temps en temps. Les luxes que je me reconnais, c'est de ne jamais avoir à me soucier de ce que j'ai sur mon compte en banque, un parking depuis seulement quelques semaines pour ma " deux-chevaux ". Ce qui me motive, ce n'est pas l'argent mais la vie associative, le bénévolat en hôpital pour des gens en longue maladie, je fais ça le soir, la nuit, en dehors de mes 60h de travail hebdomadaire. Mais pour revenir à ce que je disais avant, moins d'investissement, c'est le risque d'un développement moins rapide. Nous nous en sommes sorti en ayant des idées que d'autres n'ont pas eu, en s'installant sur une niche, un marché que d'autres n'avaient pas vu, en faisant le choix d'une certaine qualité de travail et donc pour cela d'entretenir dans la société un certain esprit d'équipe. La France devrait aligner sa pression sur les autres pays, à la baisse ? ça ne me gêne pas de devoir donner une partie de mes bénéfices, je l'accepte, car je crois que nous avons raison de défendre une certaine politique sociale, un respect du salarié. Mais je trouve fou qu'avant même de gagner un seul franc, je doive en dépenser autant. Et surtout que toutes les entreprises ne soient pas placées dans les mêmes conditions en fonction du pays où elles sont implantées et que la concurrence soit ainsi faussée. Que la pression fiscale soit faible ou forte, même forte, ce n'est pas mon problème, mais je veux que tout le monde soit sur un pieds d'égalité. Au bout du compte, une vision positive ou négative de la mondialisation ? Moi la mondialisation, j'y suis très favorable si elle est gérée, encadrée et si elle ne se fait pas qu'au profit des plus forts. Si elle accroît les disparités, il ne faut pas l'accepter. Mais la taxe Tobin (taxation de 0,01 % des mouvements financiers), je n'y crois pas. Les plus gros arriveront à s'en arranger tandis que ce sont les petites sociétés pour lesquelles cela coûtera. Je crois qu'il faudrait plutôt aider à la mondialisation des syndicats pour que les salariés puissent se défendre partout et que l'égalité soit rétablie vers le haut.
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