| Médicaments
Avantages et inconvénients Martin, diplômé d'HEC, a travaillé à Rhônes-Poulenc et à l'Institut Mérieux avant de créer sa société, Parteurop. Il est aujourd'hui le pdg de cette société de conseil dans les sciences du vivant. Il est également président du Fond mondial des vaccins, organisme qui aide les pays les pauvres (moins de 1 000 dollars de PNB/hab) à développer les activités de vaccination. Cette fondation aussi bien soutenue par les organismes publics comme l'OMS ou l'ONU que des fondations privée, comme la Fondation Bill Gates, la fondation RockFeller. Comment voyez-vous la mondialisation dans votre domaine des industries pharmaceutiques ? Les maladies infectieuses ne connaissent pas les frontières. En revanche pour les productions dans le domaine des biotechnologies, il y a de nombreux règlements et donc la volonté des marchés ne s'impose pas tout à fait comme dans d'autres cas. Le lieu où cela est fabriqué joue encore un rôle, c'est encore un peu une licence d'autorisation-un produit-un lieu de production, donc on ne délocalise pas comme on veut. Pour les vaccins, les licences pour accéder aux marchés nationaux sont plus faciles, exception faite des USA où la DEA restreint plus les choses. La mondialisation est moins le problème que celui du coût pour les pays du sud à ces produits. C'est plus une question de rapports nord-sud que de mondialisation. Et encore, il est bien moindre pour les vaccins que pour les médicaments de lutte contre le Sida, ce qui fait espérer que tous les pays pourront avoir accès au vaccin. La mondialisation accentue les coûts ? Dans le domaine du vaccin, avec le coût des recherches et la compétitivité qui réduit les marges, il y a une notion de masse critique qui évolue. Pour certains produits, il faut au moins tenir 10% du marché mondial pour qu'une production soit rentable. Je travaille avec beaucoup de sociétés de biotechnologie au niveau mondial. Dorénavant les choses se passent en temps réel, si une découverte est faite, elle est connue dans les deux jours dans le reste du monde. Mais ensuite, il faut souvent 10 ans pour passer de la découverte à la mise en application, aux produits qui en découlent. Dans ce laps de temps, il peut arriver de nouvelles découvertes qui réduisent à néant ces années d'investissement. Cela augmente d'autant plus les coûts de recherche, et du fait de la mondialisation, ce phénomène s'accélère. Pour les vaccins, la mondialisation a-t-elle des effets positifs ou négatifs ? On a toujours tendance à voir l'aspect négatif des choses avec la mondialisation. Inversement, l'UNICEF depuis une vingtaine d'années a pris l'habitude d'acheter ses vaccins de façon centralisée mondialement, avec un appel d'offre annuel mondial, ce qui a permis de faire baisser les prix. Mais c'est vrai que cela a encore accentué la concentration dans ce domaine - si on perd ce marché d'une année sur l'autre, cela peut mettre la société dans une situation difficile si elle n'a pas la masse critique. Moi je ne souhaite pas une concentration et une mondialisation qui a des effets pervers. De quels genres ? Les sociétés de vaccins et les sociétés de pharmacie regardent le retour sur investissement sans forcément prendre en compte les critères de santé publique. Si elles ont la taille critique, si la production est suffisante, si la rentabilité est suffisante, elles produiront. Sinon elles n'auront aucune difficulté à remettre en cause une production en direction du tiers-monde. Il faut les convaincre qu'il peut y avoir des stratégies de rentabilité sur quelques années ou des transferts de technologie vers des pays du tiers-monde. Mais nous avons de plus en plus de soucis liés à des décisions prises sur des critères de rentabilité. Y-a-t-il des évolutions dans cette situation ? Ce qu'on a vu se passer au Cap (Afrique du sud) concernant les médicaments sur le sida change les choses. Certes, il ne faut pas que la remise en cause de la propriété intellectuelle empêche la rentabilité car sinon les laboratoires risquent de ne plus prendre de risques et de ne plus produire de molécules nouvelles. En même temps, les laboratoires ont un devoir social, celui de proposer des prix différenciés pour les pays du nord et ceux du sud. Cela se pratique déjà pour les vaccins, cela peut se faire pour les médicaments sur le Sida. C'est une question de volonté politique du management mondial de ces entreprises. Il faut qu'elles fassent l'analyse qu'il est possible de faire une rentabilité globale avec des différences de prix et c'est la responsabilité des pays du nord de ne pas demander les mêmes prix que ceux pratiqués pour le sud. Mais c'est aussi la responsabilité des pays intermédiaires de ne pas demander les prix les plus bas. L'Afrique du sud ou le Brésil jouent de ce point de vue un drôle de jeu. Avec 7 000 dollars de PNB par habitant, peuvent-elles demander les mêmes prix que le Bénin qui n'a que 220 dollars ? Il faut aller contre la déréglementation, segmenter les marchés... Aller contre la libre-circulation, c'est vrai que ce n'est pas vraiment compatible avec l'air du temps et la tendance actuelle de la mondialisation. |