Mission auprès des marins
Vers un rapprochement des nationalités

 

Hans Rohde, pasteur à la mission allemande des marins au Havre.

Pour moi, à la mission allemande des marins, ce qui change, c'est que le monde est devenu un petit village ! Tout est soudain si proche, même un pays lointain vient vers moi à travers les marins de nationalités très diverses. On découvre alors des coutumes, des manières d'être et de penser qui sont radicalement différentes des nôtres. Encore aujourd'hui, je me demande encore pourquoi certains marins étrangers agissent de telle ou telle manière ! Mais je pense qu'il ne faut pas se contenter de constater qu'ils ont des coutumes différentes, il faut aussi faire l'effort de communiquer, de leur parler et de réfléchir sur ce qui nous pose question. C'est absolument nécessaire.
J'ai connu des bateaux qui avaient à leur bord 17 nationalités différentes ! Sur 25 personnes, on peut imaginer les problèmes de communication. C'est très intéressant de voir comment les gens vivent ensemble et exploitent ou pas cette chance. Même s'il est clair que ce n'est pas leur choix, la situation est telle que la démarche à avoir est plutôt, maintenant qu'ils sont là, d'essayer de vivre le mieux possible. Sur ce bateau et dans tous les autres cas, le respect est essentiel. Respecter l'autre, même si je ne comprends pas pourquoi il agit comme cela. C'est évident que cela ne marche que sur la base de la réciprocité : pour respecter l'autre, il faut déjà être respecté soi-même.

Quel est votre rôle et votre statut lorsque vous rencontrez des marins de passage ?

Pour les marins, je suis celui à qui on peut faire confiance. Bien souvent, de nombreux sujets sont difficiles à aborder avec l'équipage. Ce que je retrouve le plus fréquemment, ce sont des questions qu'ils se posent suite à une incompréhension. Incompréhension de la culture du pays où ils se trouvent, pour moi la France, soit de la part des autres marins. Ils me font confiance, je suis un peu hors du système, ils savent que je ne vais pas aller voir immédiatement le commandant ou les syndicats. Je suis un peu le lien avec la France et la terre, je peux leur expliquer des choses qu'ils ne pourraient demander à quelqu'un d'autre. Quand on arrive dans un autre pays, avec des gens qui sont aussi différents de nous, on est forcément désorienté. A la mission des marins, on peut leur donner un peu d'orientation.

En ce qui vous concerne, quel avenir voyez-vous à la mondialisation ?

Je pense que c'est un processus positif, mais si on fait bien attention à se donner des garde-fous. Le. plus grand danger serait de vouloir tout uniformiser et tout mélanger. Il est important de savoir d'où vient telle ou telle tradition, de retrouver les racines de chaque pays ou région du globe. D'accord pour transformer le monde en petit village, mais chaque habitant doit y conserver son identité propre.

Il faut espérer que dans l'avenir, la mondialisation aura un visage humain. En mer, je pense que les mentalités sont bien plus avancées que sur terre. Sur un bateau, ça se joue entre des personnes, des marins qui doivent vivre ensemble au jour le jour, la communication et la compréhension sont les conditions sine qua non du vivre ensemble.
Sur terre, la mondialisation est encore très liée à l'économie, aux grandes entreprises ou à Internet, mais ce sont aussi les hommes qui y sont impliqués et je pense qu'il est important que la dimension humaine reste première. Nous devrions nous poser plus de questions dans le sens du rapprochement des nationalités, il ne faut pas en avoir peur. Dans la communication, l'étranger devient proche et la mondialisation, un processus positif.