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"Que les responsables s'expliquent"
Daniel Steyaert est délégué de la filature Mosley à Hellemmes dans le Nord. Celle-ci est en liquidation judiciaire et suite à une occupation de plusieurs semaines a obtenu un protocole de fin de conflit plus conforme au souhait des salariés. Pour les employés de la société, cette fermeture est directement liée à la mondialisation et l'ouverture par le groupe auxquels appartient l'usine d'une filature en Turquie. Où
en êtes-vous dans le conflit ? Vous faites un lien entre votre situation et la mondialisation ? Oui, notre situation, c'est complètement une conséquence de la mondialisation. Je ne serais pas contre que les usines aillent dans les pays du sud si ça permettait qu'ils se développent. Mais il faudrait que la concurrence puisse être égale entre le Nord et le sud, que soient à la même hauteur la protection santé, les mutuels, les ASSEDIC, et les salaires. Ici, les salaires sont de 5 900 francs, le SMIC. On s'est fait envoyer leurs bulletins de salaire par des ouvriers de l'usine turque : ils sont à 1 500 francs ! On peut en vouloir aux patrons mais on en veut aussi à l'Etat qui ne fait rien, qui n'a même pas fait respecter son propre droit sur l'usine ici. On a trouvé plein de trucs illégaux quand on a fouillé dans les papiers et dans les ordinateurs. Après tout, les patrons ils sont dans leur logique de profit ! Mais si au moins l'Etat taxait les importations et exportations ! C'est quoi le plus dur dans la situation que vous venez de vivre ? Le plus difficile
c'est de se retrouver comme un chien à la rue du jour au lendemain
quand on a travaillé ici jusqu'à 37 ans pour certains. Que
ceux qui prennent ces décisions ne voient pas que les gens vont
souffrir. Après des actions illégales, l'occupation de l'usine,
l'occupation des bâtiments du siège social etc., on a réussi
à faire revenir le patron de l'usine. Mais on voulait que le vrai
responsable, Dominique Meillassoux, actionnaire principal de Mosley, groupe
auquel appartient notre usine, vienne lui-même nous expliquer. Il
a toujours refusé de nous répondre. Il est vice-président
de l'UIT, Union des industries textiles, affiliée du MEDEF. On
a joint le président de l'UIT, Guillaume Sarkozy, frère
de Nicolas Sarkozy, il nous a dit que lui non plus n'a pas réussi
à le joindre. L'actionnaire a envoyé un homme de paille
pour les négociations, quelqu'un d'arrogant, programmé pour
la liquidation. De même, on a contacté Damart. Il a fallu
qu'on aille occuper leur siège social pour avoir des réponses.
Dans un premier temps, ils refusaient de nous dire pourquoi ils avaient
cessé les commandes chez nous. On a appris ensuite par le CE qu'avaient
été évoqués des problèmes de qualité.
On en avait jamais entendu parler... |