Le président de la Fédération protestante de France s’est rendu en Israël la semaine dernière. Il a suivi pendant trois jours Danielle Vergniol dans sa mission d’envoyée du programme EAPPI.
Protestants.org – C’était votre premier voyage en Israël. Cela revêt-il pour vous une dimension particulière ?
Claude Baty – On pourrait s’étonner qu’un pasteur comme moi qui s’est rendu dans bien des pays n’ait pas encore visité Israël ! Il faut croire que je n’ai pas l’esprit très pèlerin ! Et je dois dire que les « lieux saints » que j’ai aperçus ne me feront pas changer de point de vue !
Ceci dit, cette visite m’a beaucoup intéressé et touché, et puisque maintenant j’ai fait le premier pas, je vais devoir y revenir bien conscient de n’avoir vu qu’une infime partie de la réalité. Mais je reviens convaincu, en tant que protestant sans doute, qu’on gagnerait surtout en ce temps de Noël, à moins parler de « terre sainte » et davantage du Prince de la paix !
Après cette visite sur le terrain, quel regard portez-vous sur le programme EAPPI ?
Ce programme du Conseil œcuménique des Églises, et qui est soutenu par les Églises d’Israël-Palestine, part du principe qu’Israël ne respecte pas le droit international et qu’il occupe illégalement des territoires palestiniens. Ce point de vue légal est indiscutable. Et pourtant discuté… Il faut dire que dans notre monde le droit est souvent bafoué par les puissants, est-il alors étonnant que la force prévale quand elle prétend être au service de la sécurité ? Ajoutons que cette terre « sainte » est devenue un enjeu formidable. Des dizaines d’organisations à visée pacifique sont présentes. Le programme EAPPI a, lui aussi, comme premier mérite d’être pacifique et de préconiser une démarche de non-violence, il est donc à encourager, surtout quand il donne la parole à ceux qui sont sans voix, des pauvres, victimes de tous les extrémismes.
Quel rôle jouent les envoyés de l’EAPPI ?
Ils sont accompagnateurs, témoins. Ils accompagnent les Palestiniens et par leur présence découragent en principe les comportements injustes et / ou violents des forces armées. Ainsi l’équipe autour de Danielle Vergniol qui se trouve à Hébron est présente à un check-point et sur le chemin d’enfants palestiniens qui vont à l’école. Le harcèlement des « colons juifs », qui veulent reprendre une terre dont ils disent avoir été spoliés, est source de tension journalière. Les envoyés de l’EAPPI sont également en contact avec les organisations non gouvernementales qui œuvrent pour la paix et qui regroupent des Palestiniens et des Israéliens.
Alors que vous étiez en Israël débutait le sommet d’Annapolis. Qu’avez-vous entendu à ce propos ? D’après vous, quelles sont les principales sources d’inquiétude ? Discernez-vous des raisons d’espérer ?
Personne de ceux que j’ai rencontrés ne se faisait la moindre illusion ! Il y a évidemment des raisons pour cela. Mais faut-il vraiment baisser les bras ? Il est indiscutable que les extrémistes des deux camps ne veulent pas la paix mais la destruction de l’ennemi, ceux-là ont plus de pouvoir de nuire que les artisans de la paix n’ont de puissance pour bien faire. Du moins à vues humaines. Mais la Guerre de cent ans, elle-même s’est achevée. Alors, ne désespérons pas, et de toute manière, il faut essayer encore, plaider pour que la violence ne soit pas considérée comme la seule solution.
En tant que président de la Fédération protestante de France, quelles suites souhaitez-vous donner à ce voyage ?
On m’a déjà dit que je n’avais vu qu’un côté de la réalité et que je devrais y retourner pour écouter d’autres points de vue. Je suis ouvert à cela.
C’est vrai que, lors de ce voyage, j’ai entendu le plaidoyer de chrétiens palestiniens et ce n’est pas rien. Pour ma part, je souhaite bientôt encourager une action, au moins de prière, en faveur des chrétiens dans les pays du Moyen-Orient (Irak, Syrie, Liban, Israël-Palestine) qui sont souvent persécutés et qui émigrent en grand nombre. Est-il souhaitable que la présence chrétienne disparaisse de ces pays ? Certainement pas.
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