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 Fédération protestante de France

Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël

 

Les lettres

Journal de Danielle Vergniol

Trois mois en Israël-Palestine, et après ?

Je me sens encore plus petite au retour qu’à l’aller. Je ne sais plus trop si j’ai envie de lire la presse internationale à cause du fossé immense entre toute forme d’analyse et la réalité. Certes, on pourra me reprocher d’aborder les choses par le petit bout de la lorgnette. Mais il est totalement impossible de démêler l’écheveau et de trouver le point de départ objectif d’une situation qui paraît tout à fait inextricable. Le seul texte biblique que j’accepterais encore d’utiliser « à la lettre », serait sans doute quelques versets de l’Ecclésiaste dont : « rien de nouveau sous le soleil ».

EAPPI (Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël)

Il paraît qu’on trouve parfois les textes d’EAPPI trop «pro-palestiniens». On peut dire les choses comme cela si l’on veut rester sourd aux appels de nos frères et sœurs chrétiens de Palestine et plus largement du Proche-Orient. « Your presence is supportive of our existence », je garde en mémoire cette phrase du Secrétaire général des 13 Églises qui sont à l’origine de la création de ce programme par le Conseil oecuménique des Églises. Et il ne faut pas en demander davantage. Cette présence, même s’il va m’être difficile de rendre compte de tout ce que j’ai vécu, et qui est souvent fait de sentiments et de sensations plus que de faits et d’analyse, est irremplaçable. La succession des équipes sans discontinuer depuis 2002 est, pour les populations d’Israël et de Cisjordanie, le garant de ce qu’on ne les oublie pas. De ce qu’on ne les laisse pas se battre sans réagir.

Histoire

Comme souvent sans doute, l’Histoire qui s’est écrite, qui s’écrit et qui s’écrira, est à la fois l’histoire de chacun, et complètement différente de ce que chacun vit au quotidien. On se sent tout à fait démuni et on ose encore moins s’exprimer après avoir vu et entendu sur place.
Le but du programme, c’est d’accompagner ceux et celles qui cherchent des moyens pacifiques et non-violents, qui ne croient pas à la fatalité des armes, qui en appellent à la communauté internationale : ne nous laissez pas nous engluer davantage dans cette « autodestruction mutuelle » (expression employée par un membre de Rabbis for Human Rights).

Bilan

Partie et revenue sans parti-pris. Mais revenue avec le goût amer de la déception vis-à-vis d’un peuple que j’aime et où plongent mes racines. C’est pourquoi plus encore que la voix des Palestiniens, dont la souffrance, par la destruction et l’occupation, est patente, j’ai envie de faire entendre la voix des personnalités conscientes d’Israël. Saluer et transmettre les messages de New Profile, Women in Black, Machsom Watch, Breaking the silence, B’tselem, Hamoked, The 5th Mom, Bat shalom… et bien d’autres. Saluer aussi les autres ONG internationales même si je n’aurais pu m’y engager comme je l’ai fait pour EAPPI : Christian Peacemaker Teams, International Solidarity Movement.

Terre Sainte ?

Et surtout porter avec les Églises locales le souci de continuer à faire vivre le message de Jésus-Christ sur la terre où il a vécu. Loin de toute idolâtrie d’un lieu ou d’un autre, avec le décalage plein d’espérance de celui qui dit : « Vous avez entendu qu’il a été dit… mais moi je vous dis… aimez vos ennemis. »

Danielle Vergniol, janvier 2008