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22 avril 2005

Les orientations du pape Benoît XVI ?
C'est l'avenir qui le dira

 

 

 




Le cardinal Joseph Ratzinger, devenu le 19 avril le nouveau pape Benoît XVI, était considéré durant la papauté de Jean-Paul II comme la main de fer dans un gant de velours.

Joseph Ratzinger a été le cardinal chargé de rétablir la discipline et les valeurs traditionnelles d'une Eglise qui, pour lui et le pape, perdait de vue sa mission, et il s'est lancé dans ce qu'il considérait comme une bataille pour l'âme du catholicisme mondial.

Même s'il a été parfois décrit comme "le panzer qui écrasait la théologie de libération", le nouveau pape, dans le privé, est considéré comme un homme charmant et cultivé, passionné de Mozart. Tous les étés, le cardinal Ratzinger avait l'habitude de rencontrer certains de ses anciens étudiants dans les Alpes pour des discussions théologiques.

En choisissant, en 1981, Joseph Ratzinger, alors archevêque de Munich, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le pape Jean-Paul II a recruté un second très capable.

Joseph Ratzinger et Karol Wojtyla étaient comme des âmes-soeurs. Au deuxième conclave de 1978, convoqué après la mort de Jean-Paul Ier, Joseph Ratzinger a été l'un de ceux qui se sont employés à promouvoir la candidature de Karol Wojtyla, alors archevêque de Cracovie.

Tous deux ont été au début des penseurs progressistes; mais, par la suite, observant avec consternation cette Eglise catholique réformée qu'ils avaient aidé avec enthousiasme à façonner au Concile Vatican II au milieu des années 60, ils sont devenus des conservateurs. Jeune prêtre et évêque dans son Allemagne natale, Joseph Ratzinger avait été un détracteur du pouvoir de la Curie. Alors âgé de 35 ans, il s'est fait connaître en rédigeant un discours célèbre au Concile pour le cardinal Josef Frings de Cologne dans lequel il fustigeait les mandarins de Rome et leurs manières secrètes.

Ce sont les mouvements d'étudiants de 1968 qui ont fait changer Joseph Ratzinger, fils d'un commissaire de gendarmerie bavarois. L'ouverture de l'Eglise au monde, pensait-il, était une bonne chose, mais qu'arriverait-il si le monde lui-même constituait une menace? C'est alors qu'il est revenu à une vue plus traditionnelle du catholicisme.

Installé aux côtés de Jean-Paul II au Vatican, Joseph Ratzinger est devenu le fléau de théologiens radicaux comme Hans Küng, qu'il avait autrefois soutenus comme professeur de théologie à l'Université de Tübingen. Il contrôlait leurs écrits et prédications et les convoquait à Rome pour qu'ils expliquent ce qui lui semblait peu orthodoxe. Pour le franciscain brésilien Leonardo Boff, une des "victimes" les plus célèbres de Joseph Ratzinger, s'asseoir devant lui était comme pénétrer dans une chambre médiévale de torture.

Comme préfet du Saint-Office (Congrégation pour la doctrine de la foi) autrefois siège de l'Inquisition, Joseph Ratzinger s'est transformé en ce qui est décrit comme une sorte de figure médiévale, intolérant et plein de contradictions, se consacrant à défendre et perpétuer la règle absolue de la papauté. Pour beaucoup de catholiques libéraux - religieux et laïcs - il était devenu le symbole le plus puissant de tout ce qu'ils détestaient dans la papauté de Jean-Paul II.

Cette attitude était même encouragée tacitement par la machine du Vatican. Le cardinal Ratzinger est devenu ainsi le bouc émissaire pour toutes les choses impopulaires que le pape Jean-Paul II voulait faire mais ne voulait pas exécuter personnellement. Alors que le pape usait de son charisme naturel pour séduire les foules, en coulisses le cardinal Ratzinger appliquait la discipline draconienne et le conservatisme théologique. Le critiquer était d'une manière ou d'une autre vu comme une façon de critiquer la papauté elle-même.

Cependant, ce serait une erreur de voir seulement en Joseph Ratzinger un bureaucrate efficace, ultra-loyal, exécutant les ordres d'un autre homme. Homme d'une intelligence remarquable, il partageait avec Jean-Paul II la conviction que l'avenir de l'humanité était menacé par le laïcisme et que l'Eglise universelle devait rester forte et unie face à cette menace. Ils croyaient qu'un monde dominé par le capitalisme, le consumérisme et l'individualisme, devait être désintoxiqué par l'intégrisme catholique dans les sphères politiques, culturelles et sociales.

Pour le cardinal Ratzinger, en des temps aussi extrêmes, il fallait des méthodes extrêmes. Ceux qui, au sein de l'Eglise, n'étaient pas d'accord, n'avaient qu'à se taire ou être condamnés au silence. Interpellé à ce sujet, il répondait que si certains étaient accusés à tort, ils devaient souffrir pour la vérité dans le silence et la prière pour le plus grand bien de l'Eglise catholique.

Il y avait, cependant, des différences visibles entre Joseph Ratzinger et son maître d'alors. Sur certaines questions centrales, le cardinal Ratzinger était plus conservateur que Jean-Paul II, notamment à cause de l'antipathie profonde qu'il éprouvait pour la théologie de la libération en Amérique latine. En privé, Jean-Paul II soutenait souvent ceux qui la défendaient. C'était Joseph Ratzinger qui faisait les déclarations contre les théologiens de la libération et rappelait à l'ordre leurs partisans dans l'Eglise.

D'un autre côté, en avril 1989, lors d'une réunion publique, le cardinal Ratzinger a semblé critiquer l'empressement de Jean-Paul II à créer trop de saints sous son Pontificat. Même s'il devait plus tard nuancer ses remarques, Joseph Ratzinger ne pouvait s'empêcher de montrer une méfiance instinctive à l'égard des mesures populistes.

Cette transformation de Joseph Ratzinger - de libéral à réactionnaire - consternait certains de ceux qui avaient été proches de lui lorsqu'il était un jeune professeur populaire avant sa nomination comme archevêque de Munich en 1977. C'est ce que l'on a pu constater en 1989 lors de la publication de la Déclaration de Cologne, qui condamnait ce qu'elle considérait comme les orientations totalitaires et la théologie de Jean-Paul II et implicitement les activités de Joseph Ratzinger et du Saint-Office. Parmi les signataires figuraient onze professeurs de Tübingen, son alma mater.

L'oecuménisme n'a jamais été vu comme faisant partie du vocabulaire du cardinal Ratzinger au Vatican, et sous sa direction, la Congrégation pour la doctrine de la foi a réussi à freiner les progrès au sein de la Commission internationale anglicane-catholique romaine. Après que le pape Jean-Paul II eut visité la cathédrale de Cantorbéry en 1982, un grand nombre espéraient qu'après la bénédiction papale, la fracture historique entre l'anglicanisme et Rome allait être guérie. En réalité, le geste de Jean-Paul II n'était qu'une façade pour les caméras, Joseph Ratzinger s'employant après cet événement à ralentir le dialogue pour finalement, une décennie plus tard, publier un rapport écartant toute suggestion qu'un "accord substantiel" puisse être atteint entre les deux Eglises.

Et en 2000, une déclaration publiée par Joseph Ratzinger, Dominus Iesus, selon laquelle les Eglises protestantes ne sont "pas des Eglises au sens propre", a suscité les nombreuses critiques de responsables d'autres Eglises.

Pourtant, dans sa première homélie après sa nomination comme pape Benoît XVI, Joseph Ratzinger a déclaré qu'il était "disposé à faire tout ce qui était en son pouvoir pour promouvoir la cause fondamentale de l'oecuménisme".

Il reste encore à voir ce que cela signifie en pratique.

Pour le théologien Hans Küng, né en Suisse, à qui le Vatican a interdit d'enseigner la théologie dans une faculté catholique, l'élection de Joseph Ratzinger est une immense déception. Pourtant, a-t-il fait remarquer, "l'expérience enseigne que celui qui entre au conclave comme cardinal progressiste peut en ressortir comme un pape conservateur... Mais le contraire peut aussi arriver." Seul le temps nous le dira. (1270 mots)

ENI-05-0150\F

Le 22 avril (ENI\Peter Stanford*)

 

* Peter Stanford est un journaliste de Londres qui s'exprime régulièrement à la télévision sur les questions religieuses et éthiques. Ses livres: The Devil: A biography et The She-Pope (sur la légende de Jeanne la papesse) ont été traduits en plusieurs langues et présentés sous forme d'émissions télévisées.

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