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Jean-Paul II et la politique

 

Jean-Noël BOUILLANE de LACOSTE, ancien Ambassadeur de France, et président de la radio Fréquence protestante

Né en 1920 dans une Pologne nouvellement rétablie sur la carte de l'Europe, adolescent sous le régime autoritaire des colonels, touché par la vocation sous l'occupation nazie, curé de paroisse durant les années les plus sombres du stalinisme, Jean-Paul II ne pouvait tourner le dos aux tourbillons politiques de son temps. Il a, tout au contraire, estimé que l'Eglise qu'il personnifiait devait faire connaître son message de réconciliation et de paix dans le monde entier. Et il s'est consacré à la transmission de ce message jusqu'à l'extrême limite de ses forces.

A-t-il été entendu ? Oui, sans aucun doute, par les foules que ses innombrables voyages ont vu accourir auprès de lui, et notamment par les jeunes, sensibles à la parole directe et au courage physique de cet homme au charisme indéniable. Mais par les gouvernements, auxquels il s'est adressé soit directement, soit lors de ses visites à l'ONU (deux fois), à l'UNESCO, etc. ? C'est moins sûr.

Un Etat a été ébranlé par sa parole : le sien, où il a effectué son premier voyage papal (en 1979), suscitant un enthousiasme qui n'a pu que galvaniser les militants catholiques, en particulier ceux de Solidarnosc dans les années qui ont suivi. Son hostilité déclarée à l'emprise soviétique sur le bloc de l'Est, sa réaffirmation du " droit fondamental à la liberté de conscience " de tout être humain a certainement contribué à abréger le régime Jaruzelski et à hâter les évolutions en Europe de l'Est - le rôle de M. Gorbatchev restant évidemment décisif en la matière.

Ailleurs, c'est sur un plan plus général que l'influence de Jean-Paul II s'est faite sentir, notamment lorsque ses voyages ont contribué à affermir les populations catholiques (surtout lorsqu'elles se trouvaient minoritaires), à normaliser leurs relations avec les pouvoirs centraux, à rappeler à ceux-ci, " en tant que fils de l'humanité et évêque de Rome ", leurs devoirs. Tâche relativement aisée avec les responsables occidentaux nourris de christianisme, moins simple devant les Sandinistes du Nicaragua ou le dictateur de tel pays musulman. En Amérique latine, on a su gré à Jean-Paul II, après une première approche sévère de la théologie de la libération, d'avoir compris à quel besoin de dignité humaine elle répondait. En Afrique, son invitation aux catholiques rwandais impliqués dans le génocide à rendre compte de leurs actes n'a pu passer inaperçue. Certaines paroles ou initiatives diplomatiques inspirées ont frappé : en Europe, on se souvient de son appel (Strasbourg, 1988) à l'élargissement du Conseil de l'Europe aux autres peuples " dont la culture, inspirée par la foi chrétienne, a profondément marqué l'histoire " ; au Proche-Orient, il reçoit Yasser Arafat au Vatican dès 1982, et reconnaît l'Etat d'Israël en 1993 : gestes opportuns, mais sans conséquences concrètes pour la paix dans la région.

C'est en fait la " mise à jour " de la posture politique de l'Eglise romaine dans le monde qui aura constitué la principale contribution de Jean-Paul II à l'histoire de son temps. En dénonçant publiquement le " manque de discernement " de trop nombreux chrétiens contre les totalitarismes, en déplorant " nos luttes opposant des chrétiens à des chrétiens ", ou encore " notre passivité face aux persécutions et à l'Holocauste des Juifs ", comme en soulignant avec éclat, à Assise, la nécessité d'un dialogue sans réticences avec les autres religions pour la paix, Jean-Paul II a voulu donner l'image d'une Eglise non plus triomphante mais consciente de ses faiblesses, non plus doctrinaire mais à l'écoute du monde et au service, avant tout, du message évangélique.