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Le pape et l'œcuménisme

 

Jean TARTIER, pasteur, président du Conseil exécutif de l’Eglise évangélique luthérienne de France, et membre du Groupe des Dombes

Le portrait sera, à coup sûr, contrasté dans l'appréciation et le bilan, car personne n'ignore les origines polonaises de Jean-Paul II, ce qu'était son terreau de foi, son catholicisme avec toute cette piété mariale, jusque dans ses expressions les plus populaires, voire les plus superstitieuses et plusieurs en contre-point ne manqueront pas de souligner ce dépassement de soi qui en a fait un pape d'ouverture œcuménique, et un témoin de la foi attentif à toutes les expressions de la spiritualité de ce monde.

Les deux approches peuvent se justifier tant le personnage était riche et complexe, et tant les pressions des divers dicastères de la curée romaine lui faisait endosser des déclarations, sans doute, au-delà ou en deçà de ses propres convictions. C'est dire, que sur bien des points de son engagement et de son témoignage au sein de la chrétienté et dans le monde, le pape Jean-Paul II mérite nuances dans les appréciations et beaucoup de recul pour évaluer la réalité de son engagement œcuménique.

J'ai eu le privilège de le rencontrer personnellement quatre fois, en audience privée comme à l'occasion de ses voyages en France. Chaque fois j'ai été frappé de son souci de la rencontre des représentants des autres confessions ou religions ; chaque fois, j'ai bien noté son attention à la situation œcuménique en notre pays et les avancées qu'elle peut et doit suggérer. Ce grand pèlerin de la foi, plus à l'aise en voyages et dans les rencontres que dans sa prison dorée romaine, avait la passion de la paix et de la réconciliation. Il ne fut pas toujours compris dans ses initiatives et son talent à utiliser les médias, mais je continue à croire à l'authenticité de sa démarche et à son souci de servir l'humanité, par et au-delà de sa propre conviction catholique.

Jean XXIII, le Pape bien-aimé, fut celui qui eut le courage, l'audace du Concile Vatican II pour une vraie réforme de l'Eglise catholique. Paul VI, souvent méconnu et pourtant tout autant courageux, eut à gérer la fin de Concile et ses retombées multiples et marqua son pontificat par cette symbolique et pourtant encore discutée, réconciliation avec le patriarche Athénagoras à Jérusalem. Jean-Paul II se situe dans cette continuité, dans cet esprit de la réforme interne et ce souci du rapprochement et de la réconciliation.

D'aucuns ne manqueront pas de souligner que Jean-Paul II au travers de ses encycliques, ses motu proprio ou brefs n'a jamais manqué de souligner le spécifique de la foi catholique, l'idéal chrétien vu par le catholicisme tant dans son expression éthique que théologique, et en ce sens ce Pape est bien à la hauteur de ces retours identitaires que l'on retrouve à tous niveaux, chez nous aussi, dans toutes les confessions comme dans les autres religions… et qui lui reprocherait de dire le point de vue catholique quand on revendique, par ailleurs, la liberté d'expression protestante ?…

Mais parmi toutes ses déclarations, je retiens de Jean-Paul II essentiellement son encyclique " Ut Unum Sint " sur l'œcuménisme, trop vite oubliée et méconnue, et surtout je retiens de son propos, l'insistance pour une formation œcuménique à tous niveaux de la vie de l'Eglise, la prise en compte de tous les dialogues théologiques entre les confessions et la remise en cause de la forme d'exercice de son ministère d'unité, comme successeur de Pierre… Trois domaines où nos Eglises protestantes se trouvent interpellées, souvent muettes, parce qu'insuffisamment structurées sur le plan mondial et universel. L'interpellation pourtant demeure et aucune confession ne peut éluder, même avec son bon droit ou son auto-suffisance théologique, ce qui est là suggéré par Jean-Paul II pour la recherche de la communion entre les chrétiens.

Ce pape fut-il seulement catholique, parce que la mode est aujourd'hui à réaffirmer les identités particulières de chacun et que gérer la grande diversité catholique est déjà en soi un long et patient ministère d'unité ? Je l'ai vu et je l'ai cru au -delà de ces limites confessionnelles et de ce regard centripète, pour une vision plus large qui fait place à la surprise de Dieu. Et c'est cela, par des témoins comme Jean-Paul II, qui continue de faire ma grande espérance œcuménique !