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III - L'action

 

Introduction

Sans attendre le déplacement des consensus "tueurs d'emplois", sans attendre d'illusoires miracles venus d'en haut (le grand soir..., un référendum..., une révolution..., un homme providentiel...), il faut agir. Agir au quotidien dans son entreprise, son quartier, pour imaginer d'autres formes de travail, de modes de consommation..., participer à l'avancée démocratique des idées en suscitant des groupes de "partage (!)", de réflexion, c'est déjà un pas. Il faut le faire, mais c'est lent. Et l'exclusion est à nos portes.

Nombreux sont ceux qui l'ont compris et qui ont créé ou ont rejoint des associations qui aident les chômeurs ou favorisent les créations d'emploi. Ils animent des entreprises d'insertion dont la particularité est de s'insérer dans le tissu économique tout en employant et en "remettant à flot" ceux que l'on appelle des personnes en difficulté. Ce qui est en partie aussi le rôle des associations intermédiaires.

Recenser toutes les actions individuelles devient heureusement impossible. Il y en a plusieurs milliers. Ici, c'est un maire qui tente de transformer certaines subventions en emplois salariés. Là, c'est un groupe de bénévoles qui s'appuie sur la mission locale pour créer une association intermédiaire sur le plan régional. On trouvera un ancien ministre pour rassembler des chefs d'entreprise, ou encore un haut fonctionnaire dont le temps libre est occupé par l'animation d'une association d'aide aux chômeurs.

Toutes ces formes de lutte contre l'exclusion relèvent de l'initiative personnelle. Que les chrétiens semblent s'y trouver en majorité ne devrait pas être de nature à nous étonner. En somme, on pourrait déformer l'adage et dire : Aide-les et le ciel les aidera. Car, à chaque fois, il s'agit de redonner confiance par un mélange bien dosé de générosité et de compétence. Généreux, nous pouvons tous l'être. Compétents, c'est autre chose. Mais chacun n'a-t-il pas une compétence à mettre au service des autres ?

Quatre mouvements pour l'insertion

I - EUREKA-SERVICE

Association intermédiaire, créée par la Mission Populaire Evangélique à la Maison Verte (127 rue Marcadet, Paris 18è).

* But :
Créer des emplois à temps partiel pour des chômeurs de longue durée : à la fois remise immédiate dans le circuit du travail et de la socialisation, donc de la dignité, et passerelle souvent indispensable vers un travail stable à temps complet.

En parallèle, accompagnement individuel des personnes pas encore en mesure d'assumer un travail (bilan, suivi, réapprentissage des contraintes du travail, présentation, démarches, CV...).

* Moyens :
Une Association autonome ; un Organisme de formation comme partenaire (MEDIATION) ; les aides publiques pour les Associations intermédiaires ; les locaux de la Maison Verte ; un groupe de bénévoles engagés et de qualité, pour la plupart issus de la Maison Verte ou qui sont venus grâce à ce projet.

* Action :
Démarrée en juin 93, Eureka-Services crée de 1 000 à 1 500 heures de travail chaque mois pour une cinquantaine des 500 personnes inscrites dans son fichier (chiffres début 94).
Types de travaux : à domicile, ménage, courses, garde d'enfants ou de personnes âgées, bricolage, peinture, travaux divers, secrétariat. Pour particuliers et entreprises. Peut assurer la rénovation de presbytères et locaux paroissiaux !
L'heure de travail est facturée entre 60 et 80 F, toutes charges sociales et assurances comprises ; l'Association se charge des fiches de paies et autres démarches.

* Intérêt du projet :
Aide concrète à des personnes sans emploi, en "urgence sociale" ; articulation de la dimension entreprise et de l'accompagnement personnel ; occasion d'engagement pratique et efficace pour des bénévoles des paroisses ou des postes de la Mission Populaire ; visibilité et concrétisation de la foi d'une communauté.
EUREKA-SERVICE, 2 rue Diard, 75018 Paris - 46 06 06 00

II - MIRP ENTREPRISE

Une association créée en 1981, ayant pour objet l'accompagnement des chercheurs d'emploi, avec une équipe de conseillers professionnels.

L'association propose une structure d'accueil, c'est-à-dire :

- un suivi individuel ;
- des conseils en techniques de recherche d'emploi - un accompagnement adapté à la demande ;
- une initiation en bureautique ;
- des animations de groupe sur les techniques de recherche d'emploi.

Ensemble, nous faisons un bilan de compétence. Nous comparons ensuite le projet professionnel avec la réalité du marché du travail et nous indiquons de nouvelles pistes de recherche. Nous étudions le contenu des curriculum vitae, des lettres de candidature et nous réalisons des simulations d'entretiens.
Nos adhérents sont alors mieux préparés à mettre en valeur leurs qualités et compétences professionnelles, ce qui augmente leurs possibilités d'embauche.

Notre action s'adresse à toutes les catégories professionnelles moyennant une cotisation annuelle.
Notre permanence fonctionne du lundi au vendredi, de 9h30 à 18h.
MIRP ENTREPRISE 5 rue Roquépine - 75008 Paris Tél. : 1/ 42 66 09 83

III - BANQUE D'EXPERIMENTATION B.D.E.

Devant la montée du chômage et cette tendance à croire que sa croissance ou sa stabilisation à un niveau difficilement tolérable est inéluctable, le C.F.P.C. a mis en place une banque d'expérimentation visant à mettre en exergue toutes les expériences qui prouvent que l'on peut lutter, innover, pour aller contre cette tendance. Montrer que l'économie n'est pas plus forte que l'homme. Montrer que l'homme, quand il prend son frère en considération, peut inventer des chemins nouveaux pour partager le travail, être créateur de richesses, expérimenter des solutions évitant l'exclusion.

Le C.F.P.C. affirme que l'économie est au service de l'homme et non l'inverse et sa banque d'expérimentation veut simplement prouver que des chemins existent qui confirment ces dires.
Centre Français du Patronat Chrétien 24 rue Hamelin - 75116 Paris Tél. : 1/45 53 09 01

IV - UNE ENTREPRISE D'INSERTION

L'entreprise d'insertion a un double objectif :

1 - Economique :
Comme toute entreprise classique, elle doit atteindre le chiffre d'affaires nécessaire à son existence, répondre aux critères de qualité et de rapidité d'exécution imposés par sa clientèle.

2 - Social :
Insérer une main-d'oeuvre exclue, sans formation.
Le personnel accueilli en insertion est appelé à quitter l'entreprise dès qu'il aura acquis savoir-faire technique et savoir être social afin que l'entreprise puisse accueillir d'autres personnes en difficulté.

3 - Un exemple :
AFIT, (Association Loi 1901) créée le 3 mai 1989, a pour vocation de former et d'insérer par le travail les personnes rencontrant des difficultés familiales, sociales, judiciaires, médicales, enfin toutes celles qui sont en situation d'exclusion et de marginalité.
Pour y parvenir elle dispose d'une Entreprise d'Insertion dans le second oeuvre de bâtiment agréé en août 1991 par la Préfecture du Val d'Oise, la DDASS et la DDTE et reçoit le 8 mars 1993, l'agrément du Centre de Formation.
Nombre de salariés au 31/12/93 : 23
- Nombre de postes d'insertion subventionnés : 10
- Nombre de postes d'insertion en 1993 : 20
- Nombre d'heures de travail produites en 1993 : 43661
- Nombre d'heures d'insertion produites (P.I. + CES + CRE) : 17 902

AFIT - Association pour la Formation et l'Insertion par le Travail : 4 Place du Tertre, 95000 CERGY PONTOISE - Tél. 30 75 02 51

Trois cas concrets

I - QUAND LA SOLIDARITE COMMUNAUTAIRE ET L'AIDE DE L'ETAT CONJUGUENT LEURS FORCES

De nationalité iranienne, Mohamed K. est réfugié politique. Il a trente-sept ans. Emprisonnement sous le régime du Shah, puis pressions politiques l'avaient jeté dans la clandestinité et avaient interrompu un cursus d'études supérieures en télécommunications, ainsi qu'un emploi aux "PTT" iraniens.
Arrivé en France, il retrouve sa femme qui est au chômage. Dès lors, la solidarité de la communauté iranienne ne va cesser de se manifester : un ami iranien l'aide à poursuivre ses études en informatique, d'autres l'hébergent tandis que sa femme vit dans un foyer à Paris.
Mais de stages en emplois passagers comme technicien dans une société d'informatique puis comme gardien à temps partiel, il ne parvient pas à trouver de situation professionnelle stable. Entre le RMI de sa femme et son salaire de gardien (mi-temps, week-end), ils touchent 3 000 F. Résultat : depuis leur arrivée en France il y a près de dix ans, Mohamed K. et sa femme vivent séparément.
Devenu demandeur d'emploi, il décide de s'installer comme boulanger ambulant. Là encore, la solidarité communautaire joue son rôle en le mettant sur la voie du travail indépendant : un ami iranien l'emmène pendant trois mois sur les marchés où il vend du pain, de la pâtisserie et des boissons. "La clientèle a des goûts très différents d'un quartier à l'autre. Le pain que les Français aiment, n'a rien à voir avec celui des Italiens. Il faut connaître les bons marchés et les goûts. Sans mon ami, affirme Mohamed K., jamais je n'aurais pu me lancer là-dedans." D'autant que l'ami en question s'est engagé à lui fournir la marchandise, lui évitant de se constituer un grand stock qu'il n'aurait pu financer.
L'entourage, enfin, lui prête la moitié des 24.000 F que Mohamed apporte pour l'investissement de départ de son entreprise. Le FILOR (Fonds d'installation locale pour les réfugiés), avec l'appui de l'association Ressources, lui permet de boucler son montage financier en lui octroyant un don de 25.000 F et un prêt de 5 000. Mohamed K. doit pouvoir s'installer cet été à son compte, après inscription à la Chambre du Commerce et obtention d'une autorisation préfectorale.

Source : RESSOURCES
Soutien à la création d'entreprise
32 avenue de la Marne - 92600 ASNIERES Tél. : 1/40 86 01 01

II - DU CHOMAGE AU TRAVAIL INDEPENDANT

Depuis la fin des ses études secondaires, Bernard, âgé de cinquante-huit ans, a eu une carrière professionnelle riche de plusieurs expériences dans le commerce, carrière couronnée par un poste de directeur des ventes dans une société de commercialisation de matériel de cuisine. Licencié économique en 1979, il commence une longue période de chômage aggravée par des difficultés personnelles. I1 se retrouve sans domicile fixe, hébergé chez un ami. Monter sa propre activité économique finit par lui apparaître comme une vraie solution.
"Mon idée germe dans ma tête, peut-être, depuis que j'ai programmé des ; appareils à musique au début de ma carrière. Depuis, j'ai eu la chance de rencontrer un ami qui fourmille d'idées, il a créé un journal, le premier de hard-rock .C’est également en fréquentant ces dernières années beaucoup de jeunes passionnés de musique et c'est en voyant leur mode vestimentaire, qu'il m'est venu l'idée de leur vendre tous ces articles dont ils sont friands."
Et c'est ainsi qu'avec l'aide d'un organisme de formation (Accès 91), il élabore un budget prévisionnel et soumet à l'ADIE un projet de vente sur les marchés de tee-shirts, badges, écussons, ... L'appui de l'ADIE s'exerce en trois temps, autant d'étapes de test : un premier prêt 7 500 francs remboursables sur trois ans) lui permet d'acheter son stock de départ et de réparer son parasol. Ses échéances sont remboursées et un solde de 13 200 francs est même dégagé : Bernard obtient un second prêt (de 5 000 francs). L'expérience est concluante, il bénéficie alors d'un troisième prêt de 20 000 francs, remboursable sur dix-huit mois, pour l'achat d'un break d'occasion, devenu indispensable avec la croissance de l'activité et la diversification des produits vendus.
Actuellement, Bernard paie normalement ses dettes et dégage un bénéfice qui lui permet de gagner correctement sa vie et de payer un loyer.

Source : ADIE
(Association pour le Droit à l'initiative Economique) Fondation pour le progrès de l'homme
38 rue St Sabin - 75011 Paris Tél. : 1/43 57 44 22

III - FOYER PROTESTANT: LYON LA DUCHERE

Il était une fois... une vieille maison au pied d'une "barre" de 17 étages dans le grand ensemble de la Duchère, né en 1962. Après 20 ans de présence évangélique, d'animation sociale et d'ouverture au quartier, la Mission dans l'Industrie choisit d'y installer au quartier, en 1984, un service chômage : Lyon Recherche Emploi (LYRE). Seules existaient sur le quartier des actions pour l'accueil et la formation des jeunes chômeurs.

De la demande à la recherche d'emploi
Si pour l'ANPE, le chômeur est un "demandeur d'emploi", il s'agissait pour LYRE de lui permettre de devenir "chercheur d'emploi", d'être acteur de sa propre insertion en utilisant au mieux les moyens offerts par le Foyer Protestant et par le partenariat local. I1 fallait permettre de passer de l'isolement et de l'individualisation liés au chômage à la redécouverte des autres et d'un cadre relationnel accueillant. Tout en maintenant des permanences bihebdomadaires, des Ateliers" furent inventés : dactylo et traitement de textes - ménage - bois - cuisine (en cours de création).
Dans ces temps d'Ateliers, se conjuguent le technique et le convivial, le personnel et le collectif.
Des compétences naissent ou renaissent, des relations se créent ou se recréent.
Puis, les réunions mensuelles permettent l'échange entre chômeurs, le débat avec des chefs d'entreprise ou des responsables d'administrations. C'est le face à face où les vérités de chacun sont mises à jour. On s'interpelle, on se construit, de "battu", on devient... "battant" (mot exécré des chômeurs !). D"hésitant", on devient "motivé" (mot aussi exécré).
I1 serait plus modeste de dire que de "chômeur" tout court, on devient "quelqu'un", certes en recherche d'emploi, mais avec un nom, des convictions, des exigences, des projets, etc.

De la recherche à la création d'emploi
Une des vanités des dispositifs d'aide à la recherche d'emploi et d'insertion serait de croire qu'il suffit de bien re-dynamiser et de bien former pour insérer. Au mieux, les meilleurs gagnent...
Avec le cap des 3 000 000 de chômeurs, c'est plus que jamais l'ère du "à quoi bon" ? Et puis, de plus en plus de cadres et de diplômés sont au chômage : même les meilleurs ne gagnent plus !
Devant cette raréfaction des emplois, il ne restait plus qu'à en créer !
- Ainsi, l'Atelier Bois a quitté sa fonction de lieu de passage pour devenir un lieu de stabilisation pour deux RMistes en "emplois consolidés" * qui, grâce à leur production, assurent aujourd'hui 50% de leur salaire.
- De même, la création d'un Réseau d'une cinquantaine de particuliers a permis l'embauche de 12 salariés en 1993 dans le cadre des Emplois Familiaux.
Des couples actifs ou des retraités ont ainsi découvert qu'ils pouvaient contribuer à la création d'emplois durables en confiant leur ménage à une femme recrutée, formée et suivie par l'Association.

Et l'Evangile ?
En ouvrant une permanence emploi au Foyer Protestant, la MIRLY (Mission dans l'Industrie de la Région Lyonnaise) n'avait pas planifié les 15 salariés et les 900 000 F du budget d'aujourd'hui. Mais elle n'a pas refusé le poids et le risque d'être employeur ni d'avoir à gérer la complexité des procédures administratives et financières d'une telle aventure. Pourquoi ?
On peut fonder ou justifier cet engagement social et économique par l'Evangile. "Donnez-leur vous-mêmes à manger" disait Jésus à ses disciples devant la foule démunie...
Pour la Mission dans l'Industrie, c était une question de cohérence que de passer de la réflexion aux actes, de chercher des réponses concrètes aux situations d'exclusion. Cependant, son action a été orientée par l’histoire du Foyer dans le quartier : il aurait pu devenir "Maison des chômeurs , mais est resté "Maison pour tous", où se rencontrent une grande diversité de personnes autour du religieux, du social, de l'économique, du politique. Une maison où l’on cherche à reconnaître chacun pour ce qu'il est, homme ou femme accepté par Dieu, et non pour ce qu'il fait et gagne en argent et en considération

Du devoir de croire
Ce compagnonnage avec des personnes dans des situations de précarité inimaginables dans une société aussi riche et savante, n'invite-t-elle pas une conversion ? Car on sait maintenant l'impuissance de la charité et l'humanitaire à sortir les personnes et les peuples de la spirale de l'appauvrissement. Paradoxalement, on sait aussi le chômeur malade d'être sans travail et le travailleur malade de trimer... pour ne pas risquer son emploi. La peur habite chacun : peur de tomber "à la rue", pour le précaire et pour les autres, peur d'être dévalisé par la rue...! Comme si deux morceaux de société en s'excluant réciproquement, s'enfonçaient chacun dans le malheur.
Puisque aujourd’hui, l'embarras - voire l'impuissance - est partagé par tous, savants et ignorants, battants et perdants, élus et électeurs, comment ne pas voir les choses autrement ?

* Contrat permettant de conserver une personne à la suite d'un Contrat Emploi Solidarité
La valeur du chômeur ne vaut-elle pas celle du travailleur ?
L'idée de l'exécutant ne vaut-elle pas celle du décideur ?
La parole des habitants ne vaut-elle pas celle des promoteurs ?
La conviction du citoyen ne vaut-elle pas celle du technicien ?
Dans les villes et les quartiers, il ne manque pas d'innovations et de mobilisations socio-économiques encourageantes qui bousculent les rôles habituels de chacun. Mais on les regarde trop souvent avec méfiance et distance, comme si ça ne concernait que les autres, exclus ou marginaux ! Toute nouvelle réponse aux questions sociales et économiques exige plus que jamais l'implication de chacun.
Une conversion urgente aujourd'hui, c'est de croire que ces réponses peuvent aussi donner sens à l'avenir de chacun ! C'est la tâche commune du Foyer Protestant et de la Mission dans l'Industrie à Lyon, que faire naître cette conviction chez tous.
Si la Bonne Nouvelle de l'Evangile inclut un "salut" personnel, il ne prend sens que dans la perspective du "Royaume" pour tous !

Robert OLIVIER Permanent Pasteur

Deux témoignages

I - L'ASSOCIATION INTERMEDIAIR …AU QUOTIDIEN

A - Travailler à l'insertion...
* C'est donner priorité à l'emploi, même précaire, plus ou moins valorisant, sur la formation, dont le besoin (re)naît sur la base d'un travail effectué.
* C'est accepter que l'insertion sociale, considérée seulement comme préalable à l'insertion économique chez certains, soit tenue pour finalité chez d'autres.
* C'est inventer des activités valorisantes, hors emploi.
* C'est pratiquer un suivi individualisé puisque l'exclu, à la différence de l'exploité, est peu porté à se solidariser avec ses semblables, cet objectif ne devant pas être perdu de vue.
* Compte tenu de la proportion de populations d'origine étrangère parmi les exclus, c'est promouvoir l'intégration, en commençant par en convaincre les autochtones (les Français de souche... )
* C'est rendre visible un monde qui se cache et qu'on se cache. Le RMI a rendu de ce point de vue un inestimable service. Ainsi peut se préparer la représentation spécifique des chômeurs (qui ne sont pas tous des exclus...) dans les instances les concernant (ANPE, ASSEDIC, AFPA, etc.).
* C'est titiller les entreprises qui se veulent citoyennes : voir les "Manifestes contre l'exclusion" de l'année 1992. Pratiquement, jusqu'où va cette intention affichée ?
* C'est alerter et mobiliser l'ensemble de la société pour qu'elle invente toutes les passerelles d'échanges et de solidarité entre exclus et inclus, afin de recoudre le tissu social. Car, "l'histoire est inséparable du sort réservé aux victimes" (O. Mongin).
* C'est utiliser dans ce but tous les moyens disponibles, en s'inspirant du "devoir d'association" (J.B. de Foucauld).

B - Petit lexique
Distinguons trois sortes de structures, imaginées au départ par des bénévoles, pour venir en aide aux chômeurs.
* L'association indépendante, type MIRP-Entreprise, à Paris, ou LYRE (Lyon Recherche Emploi) de la MIRLY, qui accueille, oriente et parfois place des chercheurs d'emploi. Par le biais des emplois familiaux, LYRE est devenu à son tour employeur.
* L'entreprise d'insertion (appelée précédemment "entreprise intermédiaire", d'où un certain nombre de confusions...), munie d'un agrément et bénéficiant de prises en charge de postes de travail pour des personnes en difficulté, surtout des jeunes au départ. Elle vend un produit ou un service (bâtiment, nettoyage, restauration, etc...). Elle est entrepreneur et employeur.
L'association intermédiaire, également agréée depuis 1987, met des personnes à disposition dans tous les secteurs d'activité, y compris les emplois familiaux. Elle est employeur, mais pas entrepreneur.

C Une association intermédiaire : ASTERE à Lyon
Elle s'efforce de répondre à une demande des personnes qui cherchent un travail, petits ou grands boulots, pendant quelques heures ou un mi-temps, suivant l'offre favorable. L'information circule vite par le moyen des travailleurs sociaux, des PAIO (permanences d'accueil d'information et d'orientation) et autres missions locales, sans oublier le bouche à oreille... Le premier accueil débouche généralement sur un rendez-vous, ce qui donne un premier aperçu de la disponibilité du demandeur, car 40% ne donnent pas suite ! S'agissant de mettre immédiatement ces personnes au travail, leur degré d'employabilité doit être bien évalué... n'en déplaise aux âmes charitables ! Toutefois, le rendez-vous peut déboucher sur une autre orientation pour les personnes en mauvaise santé (il y en a beaucoup parmi les exclus) ou sans domicile fixe (comment les atteindre lorsqu'une offre pourrait leur convenir ?) : d'où les nombreux partenariats mis en oeuvre. La grande majorité des accueillis ont de petits niveaux de qualification, à ne pas confondre avec l'absence de compétences, alors même qu'elles ne sont pas "vendables" sur le marché de l'emploi. En 1993, un millier de personnes ont été accueillies, 400 ont été placées... ne serait-ce que quelques heures !
Encore faut-il que cette demande rencontre une offre. Trois personnes, salariées et bénévoles, prospectent dans ce but. Le démarchage téléphonique nous a mis en relation avec 700 entreprises. Des visites permettent de bien connaître la nature de l'offre, afin d'éviter un placement malencontreux : nos usagers ont déjà eu leur ration d'échecs ! Dans la grande majorité des cas, le salaire offert correspond au SMIC et souvent, il faut verser un acompte... en espèces, car le compte en banque fait défaut. Un nouveau champ d'activité a été ouvert en 1992 avec les emplois familiaux, ce qui a permis de fournir des heures de ménage à une cinquantaine de femmes, pour la moitié étrangères, chez 195 particuliers. Au SMIC, l'association ajoute 3 F de l'heure pour les frais de déplacement. Ce secteur a représenté 10 000 h de travail en 1993, sur les 75 000 fournies par ASTERE.
Des activités annexes sont menées par ASTERE à la demande de partenaires locaux (municipalités, centres sociaux). C'est ainsi que des jeunes très menacés socialement, préparent un projet professionnel, tout en étant employés en CES à la remise en état d'un parc municipal. Des allocataires du RMI défrichent un terrain prêté par une congrégation religieuse pour le transformer en jardins ouvriers. Certaines de ces personnes transitent ensuite par le service placement de l'association, dès qu'elles progressent dans l'aptitude à l'emploi classique.
Des fonctions spécifiques
Le caractère de médiation d'ASTERE se manifeste de différentes manières. Tout d'abord par la mise en oeuvre d'un suivi des personnes dans l'entreprise, dans la collectivité ou chez les particuliers. Bien qu'insuffisant à notre gré, ce suivi a permis de corriger les inévitables ratés de la (re)mise à l'emploi, tel l'absentéisme. Par ailleurs, l'ajustement offre-demande s'est réalisé de telle manière que nous n'avons eu à déplorer aucun incident majeur : un seul en un an, .... un fer à repasser cassé !
En plus de sa fonction d'insertion, l'association intermédiaire joue un rôle d'intégration qui n'était pas forcément prévu au départ. On mesure toute les préventions qu'il faut parfois vaincre pour faire accepter une femme de ménage maghrébine dans un foyer ordinaire très classe moyenne. Le pari est tenu et la plupart du temps, gagné.
L'objectif de l'association n'est pas de "vendre des missions" en s'intéressant de préférence au "haut de gamme" des exclus. La visée demeure l' embauche, précaire d'abord, durable ensuite. C'est ainsi que sur les 400 personnes employées en 1993, 151 sont sorties (à notre connaissance...) du dispositif avec des solutions diverses. Parmi elles, 83 dépourvues de protection sociale, se sont ouvertes des droits à la sécurité sociale.

Ainsi, 29 personnes

(dont 4 allocataires du RMI)

ont trouvé un CDI (1)

9

2

CRE

59

24

CES

16

5

un stage de formation

38

4

CDD

Dans un cadre modeste, ces organismes démontrent que la grande majorité des exclus est capable de travailler, que le lien social peut se renforcer par l'échange économique et qu'un nouveau type d'entreprise est en train de naître. Celui qui, associant des usagers, des salariés et des bénévoles, est apte à produire des biens et des services, sans être obsédé par la recherche d'un profit maximum.
Mais ceci est une autre histoire...

Guy BOTTINELLI - Président d'ASTERE Mission dans l'Industrie - Lyon
"Les Arcades" - 22 rue du Petit-Revoyet 69600 OULLINS

Pour mémoire :CDI = contrat à durée indéterminée
CRE = contrat de retour à l'emploi (plein-temps)
CDD = contrat à durée déterminée
CES = contrat-emploi-solidarité (mi-temps)

II - L'INSERTION PAR L'ECONOMIOUE, UNE IDEE QUI FAIT SON CHEMIN.

C'est avec certaines hésitations qu'en 1989, la Mission dans l'Industrie du Pays de Montbéliard décidait de participer, avec la Mission locale, à la création d'une association intermédiaire :
- donner des petits contrats de travail d'une journée, une semaine, quelques mois au plus à des personnes en situation de chômage longue durée, n'était-ce pas cautionner "des boulots de misère" ?
- créer une sorte d'agence d'intérim, à vocation sociale, n'était-ce pas accepter la séparation entre des travailleurs encore un peu "établis" et des travailleurs précaires ?
- bref, n'était-ce pas se résigner au "sacrifice" de quelques-uns pour le confort relatif du plus grand nombre ?

Après quatre années de fonctionnement, où en est-on ?
Sur l'année 1993, l'association intermédiaire DEFI a employé 401 personnes, l'essentiel pour des missions à durée déterminée. Le nombre d'heures effectuées représente 75 "Equivalents Temps Plein". DEFI est une moyenne entreprise.
Sur ces 75 salariés Equivalents temps plein, 15 travaillent aux tâches administratives et à l'accompagnement des personnes. C'est là toute la différence avec une entreprise classique ; l'accompagnement pédagogique et social est une priorité. Il consiste à accueillir, définir les compétences, suivre les personnes dans une démarche globale (pas seulement dans le travail et ses aspects techniques, mais aussi sur le plan économique, des relations sociales, voire affectives...), et enfin chercher des issues à cette situation "intermédiaire".
Les 60 salariés Equivalents temps plein (en fait 380 personnes) en insertion, se partagent entre des missions chez des particuliers (jardinage, travaux de proximité....) et dans des entreprises (un gros contrat par exemple "d'essayeurs" de mobylettes. Peugeot MTC embauche, par notre intermédiaire, des jeunes chômeurs qui essaient les mobylettes neuves. Ca plait, sauf quand il pleut...
On peut noter que toutes ces personnes, même les jeunes, ne sont pas payées plus que le SMIC. Mais pas moins non plus !
Depuis 4 ans, DEFI a "essaimé" des entreprises d'insertion dans le secteur de la rénovation de palettes (fort prisées dans l'industrie locale), le second oeuvre du bâtiment, la rénovation de matériel électroménager et bientôt la production de légumes !

Aujourd'hui, où en sont les hésitations du départ ?
Une triple motivation anime 1 équipe bénévole du conseil d'administration de cette "PME" un peu originale, parce que toute économique et sociale.
* Le caractère de plus en plus intolérable de la montée croissante de l'exclusion et de la misère qu elle génère ;
* l'impuissance des schémas économiques "classiques" à résorber, voire enrayer, la progression du chômage ;
* la conviction profonde que la production de richesse et l'occupation d'un emploi sont encore les formes les moins imparfaites de l'insertion sociale.
En 1993, 401 personnes ont réalisé un contrat dans le cadre de l'association intermédiaire. A l'issue de ces contrats, 74 personnes ont été embauchées par des entreprises pour des contrats à durée déterminée, indéterminée ou retour à l'emploi. Il faut donc bien le dire : pour la grande majorité, le passage par une telle association ne débouche pas sur une solution un peu définitive. Par contre, pour toutes ces personnes, à des très rares exceptions près, l'accueil dans l'association et la mise au travail ont marqué la fin d'une spirale. Cette spirale qui entraîne vers le bas, vers la régression et l'exclusion. Car c'est bien là l'aspect dramatique et angoissant du problème. Les personnes sans activité depuis longtemps, non seulement n'avancent pas, mais surtout régressent. Le peu qui fut appris, que ce soit en lecture, en écriture, en calcul, mais aussi en sociabilité, en respect des horaires, en respect de soi-même... est "désappris".
Il s'agit donc, avant même que de penser à trouver une solution définitive, de casser cette dynamique de régression, de casser cette spirale de l'exclusion.
Une équipe de bénévoles aide, depuis le démarrage, à l'administration, à la réflexion et au développement de l'association. Ces personnes, souvent, disent apprécier le mélange d'action concrète, visible, "efficace" à la réflexion. Mais j'ai pu constater que plusieurs, dans le même temps, ont laissé un peu de côté leurs anciens engagements politiques et syndicaux. L'économie sociale est, pour elles, un nouveau terrain de militantisme, plus concret, plus efficace.
Positivement, on ne peut bien sûr que se réjouir de voir des personnes se mobiliser et contribuer par leur énergie et leurs compétences, à une dynamique. Le danger est de trop rester "le nez dans le guidon" et de ne pas voir les virages, les pièges et les enjeux.
Car, autant le rôle et l'efficacité des structures d'insertion par l'économique sont indubitables pour les personnes qui en bénéficient, autant il est nécessaire de réfléchir parallèlement aux effets induits. Réfléchir par exemple au rôle de l'emploi dans la constitution de l'identité et l'insertion. Reconnaître que ce rôle est aujourd'hui de simple bon sens.
Mais renforcer ce rôle ou même feindre de penser qu'il en sera toujours ainsi serait tout simplement la crispation sur l'ordre passé et le refus d'évoluer. D'autres aspects de l'activité humaine peuvent être valorisés aujourd'hui. Sans parler de la provocation évangélique, plus que jamais pertinente, de l'identité non pas gagnée mais reçue par grâce, donc par gratuité. Réfléchir, par exemple aussi à la forme que pourrait prendre une solidarité de toutes les personnes exclues donc isolées. Solidarité entre elles ; solidarité également entre elles et la majorité pour qui il reste, somme toute, un peu de stabilité et de protection. Stabilité et protection existent dans les faits, même si l'angoisse de les perdre évolue rapidement.
L'action visible et la réflexion critique vont de pair. L'une sans l'autre et l'ensemble est bancal. On rencontre souvent un certain "professionnalisme" qui refuse de lever le nez du guidon, qui refuse ce qu'il appelle la parlote, qui refuse la recherche de sens à moyen ou long terme. On le rencontre d'ailleurs autant sinon plus sur le terrain social que sur le terrain économique. Le professionnalisme est aussi dangereux que l'intellectualisme Et vice-versa ! Et puisqu'il me faut bien justifier de mon gagne-pain, je dirai que la Mission dans l'industrie est un lieu trop rare qui accepte et développe action ET réflexion, principe de réalité ET esprit critique, efficacité ET justice, fromage ET dessert !

Etienne PETITMENGIN
Mission dans l'Industrie au Pays de Montbéliard 24 avenue Wilson - 25200 MONTBELIARD


Une Paroisse
Chômage et liturgie

Consciente que le chômage est source d'inquiétude pour tous et parce que plusieurs de ses membres déjà touchés vivent des déstabilisations et des souffrances difficiles à exprimer, l'Eglise Evangélique Baptiste de l'Orléanais a voulu manifester une solidarité de foi et de fraternité dans le cadre public du culte.
Cette Eglise pratique déjà, de temps en temps, une liturgie pour les "fatigués et les chargés". C'est dans ce cadre qu'elle a intégré le partage et la prière avec les chômeurs. Conformément à la tradition courante, dans les Eglises de professants, du témoignage personnel librement partagé lors du culte, les personnes en recherche d'emplois ont été invitées à partager avec l'assemblée, leur situation et leur attente.
Lors du premier service de ce type, sept personnes, hommes et femmes, essentiellement des jeunes, manifestèrent leur besoin de la prière communautaire.
Après ce partage, l'assemblée a été invitée à une prière d'intercession nourrie de ce qui avait été confié, puis deux ou trois membres du Conseil presbytéral proclamèrent la fidélité de Dieu et la communion fraternelle. Les échos recueillis témoignent d'un sentiment très positif chez les personnes concernées : ceci, parce qu'il leur a été possible de dire dans un cadre de prière, à la fois personnel et respectueux, leur inquiétude, et parce qu'il leur a été donné le signe d'une véritable solidarité fraternelle attestant que la foi rassemble et fortifie ceux que la pression du chômage tend à pousser à l'isolement.
A la suite de ce culte, s'est mis en place à l intérieur de la communauté un cercle de chercheurs d'emplois qui allie la prière, le partage fraternel et les démarches classiques avec la particularité que la recherche directe auprès des entreprises se fait à plusieurs et qu'au lieu de rechercher chacun pour soi, l'un démarche pour l'autre. Le matériel informatique de l'Eglise est à la disposition de ce cercle.

Richard GELIN
Eglise Evangélique Baptiste de l'Orléanais 41540 St jean de la Ruelle


Où s'adresser

Des idées pour l'emploi
Le Comité d'information et de mobilisation pour l'emploi (CIME), créé en mai 1993, rassemble des représentants des entreprises, des pouvoirs publics, des associations et institutions diverses, ainsi que des particuliers.
Leur objectif : faire connaître les initiatives locales, rechercher les synergies pour favoriser la multiplication d'actions et la création d'emplois.
* Vous pouvez consulter sa banque d'Idées et d'Expériences (déjà plus de 300 expériences répertoriées) sur Minitel 3615 IDEMPLOI.
* Vous pouvez proposer votre action ou votre idée pour l'emploi en remplissant un dossier-type qui sera expertisé en rue d'enrichir la banque d'idées.
* Vous pouvez adhérer (1 500 F) et participer aux travaux du CIME.