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L'avenir du monde rural
(Témoignage)

Les statistiques nous informent qu'entre 1960 et 1993 le nombre d'actifs agricoles est passé de 3 000 000 à 1 000 000. Qu'est-ce que cela veut dire ?

La production agricole n'a pas pour sa part diminué, au contraire, ce qui aurait pu être l'objectif des dernières années dans le cadre de l'Europe. La politique des jachères est magnifiquement détournée par certains tenants de l'agriculture industrielle (Trans-rural Initiatives n° 21 du 3 juin 1994. Rédaction : 2 rue Paul Escudier, 75009 Paris). Sur le plan économique global cette évolution du nombre d'actifs est une catastrophe : lorsqu'un bassin de vie subit une telle récession de l'emploi principal, il faut y ajouter tous les emplois induits (commerce, artisans, services...). On peut aussi s'interroger sur les conséquences écologiques d'un tel exode : avalanches, incendies, inondations....

Sur le plan humain le bilan est encore plus lourd.

- Pour ceux qui restent à l'agriculture, la dégradation voulue des prix agricoles, la croissance des charges sur l'exploitation (fiscales, financières, d'exploitation...) sont un facteur de déséquilibre et un obstacle à toute forme d'embauche.

- Les progrès des techniques et des équipements ne peuvent compenser la perte de bras ni surtout de cerveaux. Dans beaucoup de régions l'exploitant familial doit effectuer journellement 12, 14, voire 16 heures de travail soit sur l'exploitation, soit pour des tâches d'animation coopérative, syndicale, mutualiste, municipale...

- La vie intellectuelle et familiale est réduite à sa plus simple expression : il en découle des problèmes de célibat, de vieillissement des , chefs d exploitation, de départ des jeunes qui n'acceptent pas cette existence sans avenir.

- Souvent, malgré la surcharge de travail, il y a nécessité d'une double activité pour le mari ou d'un emploi salarié pour l'épouse.

Les villages se dépeuplent et les villes grossissent avec leur corollaire de surcroît de charges pour les collectivités, de promiscuité, de délinquance. Globalement, sur le plan économique, les trente dernières années ne sont pas une vraie réussite, sur le plan humain et social, conséquences induites, le bilan est totalement négatif.

Nos gouvernements s'interrogent sur les mesures à prendre pour enrayer la montée du chômage, la désertification des campagnes, l'aménagement du territoire. Malheureusement, ces problèmes sont envisagés semble-t-il, de façon fragmentaire, au coup par coup.

- C'est oublier que le milieu rural possède d'énormes capacités de solidarité et de coopération et est ouvert à une foule de solutions tels les Gaec, les Cuma, les Groupements d'Employeurs... Encore faudrait-il les aider d'une façon concrète : aides à l'embauche envisagées pour les PME , primes à l'emploi, contrats emploi solidarité...

Il est temps de globaliser la réflexion et d'étudier ensemble toutes les incidences que peuvent entraîner certaines mesures, de prendre conscience des impacts positifs et négatifs de tous les choix.

Georges DESTANDAU
Mouvement d’Action Rurale
Lagelouse
64270 BELLOCQ