L'économie a ses loi strictes et incontournables. Les ignorer, en faire fi, c'est se condamner au rêve et à la désillusion. C'est surtout entraîner les autres dans le rêve et le mensonge.
Reconnaissons que l'entreprise est ce qu'elle est, que sa mission en l'état actuel des choses, n'est pas de créer des emplois mais de faire des profits. Nous ne pouvons dénoncer des situations qui sont la conséquence logique du système que, par ailleurs, nous cautionnons.
En matière d'emploi, toutes les solutions économiques sont ardemment recherchées par les pouvoirs publics. Le chômage est hautement pénalisant pour l'homme politique au pouvoir. Cependant, les réponses de type économique restent inefficaces.
Que faire, si l'on est bien conscient que le chômage est une plaie indigne de notre civilisation, qu'il marginalise et humilie injustement des millions de personnes ?
Pour un chrétien, n'y a-t-il pas d'abord une réponse individuelle à apporter ? Nous avons à nous demander ce qui, relevant du comportement de l'individu, peut raisonnablement s'insérer dans le système économique.
Que fait chacun dans son entreprise ? Quel rôle joue-t-il dans les rapports sociaux ? Comment s'implique-t-il dans le syndicalisme ? Quelle valeur donne-t-il à l'emploi, etc. ?
Si nous reconnaissons que l'emploi est un statut, nous n'avons aucune raison d'en priver plusieurs millions d'individus. Et c'est à nous, individuellement, de refuser cet état de chose et de nous impliquer dans ce combat. L'action des agents économiques peut se révéler aussi efficace sur ce plan qu'elle l'est pour tout autre déterminant de l'économie. Faire en sorte que l'emploi ne soit pas la première variable de l'équilibre économique d'une entreprise, c'est promouvoir, non un partage du travail mais un partage des revenus (Martin Weitzmann, "L'économie de partage"). Il y a là une notion qui met en cause tout détenteur d'un revenu suffisant, non seulement le salarié, mais aussi l'indépendant et... le retraité. Qui met en cause aussi tout le système car elle suppose une mise en commun des responsabilités de la gestion afin que ce partage des revenus se fasse dans la clarté et selon des critères incontestables. Contestation du pouvoir ? Un chrétien doit pouvoir militer pour que se modifient les rapports à l'intérieur de l'entreprise, ce qui signifie un combat beaucoup plus difficile qu'on le croit. Il n'y a pas que le patron à se sentir menacé par cette perspective. Et la question la plus importante est bien celle-ci : dans quelle mesure, où que nous soyons, acceptons-nous ce type de partage ?
Le partage du travail est une idée "qui plait aux chrétiens, toujours sensibles à l'appel au partage" dit un évêque (Mgr ROUET, Président de la Commission sociale de l épiscopat) ; c'est une "idée généreuse mais trompeuse" dit un ancien ministre Martine AUBRY).
1 - On partage par nécessité et non par conviction
En matière d'emploi, le partage du travail est synonyme de perte et non de solidarité pour le Français moyen : "On va m'ôter quelque chose pour le donner à d'autres".
Des réductions de temps de travail, accompagnées de diminutions de salaire on été décidées dans une cinquantaine d'entreprises : ce sont toujours des expériences sur lesquelles on entend revenir dès que les jours seront meilleurs, elles sont défensives, c'est-à-dire qu'elles cherchent à éviter de nouveaux licenciements.
2 - Le partage institutionnalisé
La France a institutionnalisé un système de solidarité impressionnant en termes de partage : le budget de la protection sociale est plus élevé que celui de l'Etat. Le tiers de nos revenus provient des transferts sociaux. A ma connaissance, les Français sont attachés à leur protection sociale et, bon gré mal gré, acceptent d'en payer le prix.
Est-ce aux dépens de l'emploi ? "La France a toujours incliné sans se l'avouer dans le même sens : celui du chômage... Cette crise n'est pas fatale : elle est celle d'un consensus à la française, confortable et implicite, dont l'emploi a été la victime". (1)
3 - Un slogan réussi
Le partage du travail est un slogan car il se présente comme une solution à la crise de l'emploi... alors qu'il ne l'est pas. Un slogan réussi car "il introduit une connotation morale dans une formule à caractère économique. 11 n réussi car il a donné une parole de dignité à ceux qui, chômeurs, s'éprouvent comme exclus. II a réussi car il a induit l'idée que l'initiative individuelle pourrait peut-être relayer une action collective peu efficace." (2)
1 - rapport d'études du groupe d'experts auprès du Premier Ministre
2 - Un membre de la MIRP