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II - Le débat

Que valent aujourd'hui nos mythes fondateurs (le progrès... ) ?

Eléments pour une réflexion sur le sens de l'histoire

Sans trop idéaliser le passé, il semble que notre société occidentale, produit conjugué du Christianisme et des Lumières, a participé à la construction d'un modèle économique et industriel.

Ce modèle a vu son commencement et sa fin dans l'industrialisation du XIXè siècle et la délocalisation industrielle de cette fin de siècle.

Un ordre social et économique s'est alimenté d'analyses et d'interprétation de la réalité que nous pourrions aujourd'hui considérer comme des mythes. Ils se résument à celui d'une histoire qui avance vers un but, celui du bonheur de l'homme ou de l'humanité ; ils reposent sur des critères connus ; le progrès technique, l'expansion continue, l'humanisation du monde. Bref, notre société occidentale, avec ou sans ses colonies, a bâti une histoire dans laquelle l'humanité pensait gravir l'échelon du mieux-être. Certes, il fallait prévoir des soubresauts (guerres mondiales, guerres et conflits coloniaux, récessions, etc.), des péripéties, mais aux yeux de la grande Histoire, le progrès, l'expansion, bref le royaume approchait de jour en jour. Dans un premier temps, il s'agissait d'apporter un peu plus d'avoir, remplir le corps ; dans un second temps, il s'agissait d'apporter un peu plus d'être, remplir les esprits Le principe fondateur cohérent et intégrateur de la société était donc ce principe de réalité : l'histoire se caractérise par un progrès continu et une amélioration des conditions de vie.

Cette cohérence blanche, européenne et chrétienne, va s'imposer jusqu'aux extrémités de la Terre. Le travail s'affirme comme le passage obligé pour participer à cette nouvelle création. Dons ce champ, le protestantisme semble mieux faire que le catholicisme ou l'orthodoxie

* Première transformation

Le travail va perdre sa fonction essentielle : apporter la subsistance nécessaire à la vie ou la survie du groupe. L'industrialisation et le début de l'économie de marché à l'intérieur de cette histoire en mouvement, va ouvrir des perspectives nouvelles.

Le travail, bien réglé, réglementé, apporte plus que le nécessaire. Il peut donc de manière très pédagogique illustrer que l'on participe bien à cette expansion nouvelle. Petit à petit, l'ouvrier a le sentiment de devenir acteur pour ne pas dire auteur de son avenir et de sa promotion. Car là aussi, il faut penser en termes de promotion pour admettre une connivence, une cohérence entre ma vie personnelle et l'Histoire qui avance.

* Deuxième transformation

Le travail manuel, (celui de la grande industrie traditionnelle, minière ou de transformation), a des gains de productivité considérables grâce à 1'évolution et au progrès technique.

Ce progrès accepté et refoulé, désiré et méprisé, avance inexorablement ; l'homme fabrique de plus en plus et en moins de temps. Bref, une brèche s'ouvre dans son emploi du temps. Les congés payés, la retraite payée, la maladie payée, voilà des transformations radicales qui perturbent 50 siècles d'habitudes.

* Troisième transformation

L'industrie des services remplace l'industrie traditionnelle et avec elle tous les points de repères d'un siècle et demi de dialogues et de luttes va perdre de sa pertinence. L'industrie traditionnelle est délocalisée pour des raisons économiques. Les regroupements industriels permettent une meilleure compétitivité.

Un ensemble d'autres facteurs vont se conjuguer pour arrêter la spirale de l'emploi. Un déficit s'installe entre l'offre et la demande. Mais la cohérence fondatrice et intégratrice n'est pas mise en cause. Le progrès, l'expansion se poursuivent et nous assistons à un déplacement vers l'Asie de l'utopie en marche. Plus qu'une cassure, qu'une perte, nous participons au rééquilibrage d'une histoire qui poursuit sa longue avancée victorieuse. Certes, là aussi, il y a des soubresauts, des vides qui n'ont pour fonction que de favoriser le discours dominant. La relance chez nous aura cette vertu de maintenir le cap sans mettre en cause la route décidée depuis le commencement de la course.

* Premier constat

Il semble que l'idée du progrès, d'expansion continue (de géographique, elle est passée à l'économie et au technique), soit l'élément fondamental du projet d'intégration au modèle occidental. I1 fonctionne toujours. Les transformations, les soubresauts, ne mettent pas en péril cette vision au niveau international.

* Deuxième constat

Pour rentabiliser sa production, le système économique a besoin d'une main ­d'oeuvre bon marché, peu organisée syndicalement. L'économie et son support industriel font un retour en arrière du point de vue des acquis sociaux et culturels. Cette première brèche dans le consensus du progrès est rapidement colmatée par deux discours contradictoires mais, somme toute, articulés sur la même logique. Le premier consiste à maintenir une foi dans la reprise industrielle, dans la création de nouveaux produits et la découverte de gisements d'emplois. Le second s'oriente vers une utopie présentée de manière réaliste autour du thème du partage, de la diminution du temps de travail et la création d'une société nouvelle fondée sur le temps libéré.

L'histoire dans sa réalité universelle ou locale (européenne) reste perçue, comprise dans une perspective d'évolution, de progrès à tous les niveaux. Le discours et la pratique dominante imposent cette vision au-delà des difficultés rencontrées.

PERSPECTIVES

La société est ébranlée par un soubresaut plus intense que de coutume. Les vielles méthodes pour résoudre les problèmes ne portent plus les espérances souhaitées. Bref, les solutions envisagées dans le quotidien apportent plus de déficit de bénéfice aux intéressés. L'ombre d'un doute se réfléchit sur les modèles toujours affichés.

Le progrès est-il possible sans pauses ? Jusqu'où peut-il aller ? Faudrait-il renoncer à une partie essentielle de la promesse, à savoir ma promotion et celle des miens ?

Soulignons que cette formulation générale ne dit rien sur les inégalités existantes dans la société, quand elle ne les cache pas. A lire certains propos sur le partage, nous risquerions d'oublier les différents destinataires de cette nouvelle stratégie, sachant que le partage nécessite quelque chose à partager.

Plus que sur le travail, l'emploi, le salaire ou les revenus, il apparaît important reprendre à notre compte une réflexion sur le sens de l'histoire, sur les contenus des mythes fondateurs - tels que le peuple, le progrès, l'expansion, etc.

L'interprétation du monde et de l'histoire permettra ainsi de replacer le travail et son adjuvant, le salaire, dans une nouvelle perspective.