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II - Le débat

Nos valeurs : approches bibliques

Piste de petits cailloux blancs pour le monde du travail, dans la grande forêt des incertitudes

PREMIERE ETAPE : LE GRAND PATRON

Dans les évangiles bibliques, Jésus de Nazareth met régulièrement en scène 3 catégories de personnes en relation directe avec le monde du travail : le patron, l'ouvrier et l'intendant. Mais au bout des évangiles, le lecteur aura compris qu'il s'agissait de démontrer ce que les Ecritures affirmaient déjà : il y a un patron, Dieu. Et il y a un seul Dieu. Tous les autres sont intendants ou ouvriers. Intendants si on les considère sous l'angle de la propriété, ouvriers précaires si on les classe en termes de métier.

Tous gestionnaires

L'histoire dite du riche insensé, dans l'évangile de Luc au chapitre 12, illustre bien ce qui concerne la relation d'intendance. Jésus raconte une parabole : "les terres d'un riche particulier avaient beaucoup rapporté et le bonhomme se demandait : qu'est-ce que je vais faire ? Je ne sais pas où ranger pareille production ! Alors il dit : voici ce que je ferai : je démolirai mes entrepôts et j'en construirai de plus grands et j'y rangerai tout mon blé avec tous mes biens et je me dirai à moi-même : mon vieux, tu as des provisions pour des années, repose-toi, mange, bois, amuse-toi... Alors Dieu lui dit : pauvre fou ! Cette nuit, on te demande de rendre ton âme. Alors tout ce que tu as entrepris, c'est pour qui ? Tel est celui qui accumule pour son propre compte au lieu de s'enrichir pour Dieu" (Luc 12/16-21).

Ce texte est bien la parabole de la maîtrise illusoire, montrant comment même un propriétaire deux fois riche - de capital et du produit de ce capital - n'est en définitive maître de rien, pas même de son souffle.

Il n'y a donc devant Dieu et aux yeux du croyant que de faux propriétaires ou de vrais dépositaires, gérants d'un bien qui leur est au mieux confié, tous comptables devant un Autre de ce qu'ils croient détenir, ayant tous quelque chose à rendre (des comptes, de l'argent, leur vie...).

Avoir ou ne rien avoir, telle est bien la question de vie ou de mort, mais au tribunal du grand Patron, il n'existe pas de degrés de légitimité dans l'avoir. Il y a des dépositaires, des voleurs et des spoliés.

Tous précaires

Quant au rang d'ouvrier précaire, Jésus le définit dans ce passage de l'évangile de Luc où il demande : "Lequel d'entre vous, quand il a un esclave qui rentre le soir après avoir trimé toute la journée va lui dire : "viens vite te mettre à table" ? Bien au contraire, vous lui direz : "Prépare-moi à dîner et viens me servir à manger à boire - et proprement ! Après, tu pourras manger et boire à ton tour". Et lui témoignerez-vous de la reconnaissance pour avoir fait ce qui lui était prescrit... ?"

De même vous, quand vous avez accompli tout ce qui était prescrit, dites : "Nous sommes des esclaves inutiles ; ce que nous avons fait, nous avions besoin de le faire" (Luc 17/7-10).

Or, c'est à des patrons que ces mots sont destinés ("Lequel d'entre vous, quand il a un esclave... ?"). Ce qui signifie que pour tous ceux qui se croient utiles, le modèle de l'utilité se trouve entre les mains du dernier des manœuvres, celui qu'on peut virer à discrétion (il y en a 100 qui attendent devant la porte pour prendre sa place). Et si le titulaire d'un contrat de réinsertion embauché quelque ,, mois pour remplacer un répondeur téléphonique trouve qu'il exécute un travail inutile, il peut aussi se demander s'il est tellement plus utile de fabriquer des voitures, de vendre des chaînes HIFI qui reproduisent la musique mieux qu'elle n a été exécutée, de présider l'Assemblée nationale ou de filmer des caresses... I1 n'y a pas de sens à chercher dans le boulot, sinon celui de la survie auquel correspond l'effort du "serviteur inutile" : il gagne le droit de se mettre à table. Mais Balladur aussi. Et aussi Cantona. Tous chasseurs de bifteck. Avec plus ou moins de cérémonie autour du bifteck pour ceux qui l'ont attrapé.

Si le boulot a un sens, il n'en a pas d'autre que celui-là, qui par ailleurs mérite tout le respect du monde puisqu'il représente le retour à la réalité : le casse-croûte, cause commune à toutes les créatures, racine de toute oeuvre et de tout métier. Car "tout ce que fait l'homme, il le fait pour sa bouche" (Ecc 6/7).

Tous sauvés

Mais qui dit : "le sens de la vie n'est pas à chercher dans le boulot", ne dit pas pour autant : "la vie n'a pas de sens". Surtout pas ! Ma vie a un sens quand elle le reçoit. Et elle le reçoit du grand Patron qui peut donner du sens à mon boulot aussi. (Cela s'appelle la grâce), mais qui ne me laisse pas privé de sens, bon à jeter aux chiens quand je perds mon emploi. Privé d'emploi, c'est de pain, d'argent, d'indépendance que je dois me mettre en quête, pas de sens : le sens de ma vie vient d'ailleurs, le sens de ma vie est ailleurs que dans le boulot.

Si je trouve quand même dans mon boulot un autre sens, c'est par surcroît, par grâce, en prime - ou par abus pathologique. Et si aujourd'hui la vie des chômeurs ou des retraités paraît si souvent privée de sens, ce n'est pas parce que sens égale travail, mais parce que le travail avait pris la place du sens. Et que le salariat avait pris tout le sens du travail (d'où, par ex., la dévalorisation du bénévolat par rapport aux fonctions salariées).

DEUXIEME ETAPE : LE GAGNE-PAIN ET LA GRACE

A lire la Bible et à vivre la vie, on s'aperçoit (on se rappelle) que "travail" diffère "d'emploi" et "qu'emploi" ne se confond pas avec "activité". Mais alors qu'est-ce que le travail ? Dans la Bible, le travail est un effort transformateur (Gen 1/31 - 2/4), un gagne-pain et un garde-création (Gen 2/5-6 ; 15-16 - Ecc 6/11), un combat et souvent une souffrance (Gen 3/16-19). Mais pas une source d'identité pour les personnes ou les groupes à l'exception de l'esclave à qui il fournit une définition négative de créature réduite à l'état d'objet productif. Or, aujourd'hui, le travail salarié reste plus que jamais le principal point de repère par lequel les individus se situent en société. Alors même que deux de ses composantes bibliques lui échappent de plus en plus : l'activité transformatrice et le gagne-pain. En effet, un certain nombre d entreprises transforment toujours la matière, mais les hommes qu'elles emploient n'ont plus guère part à cette action. Et comme ceux qu'elles n'emploient pas sont de plus en plus nombreux, de plus en plus nombreuses sont les personnes qui ne trouvent pas dans l'entreprise leur gagne-­pain - situation paradoxale puisque la redistribution sociale qui procure aux Français une part importante de leur pain continue à dépendre presque exclusivement du travail par le biais des cotisations versées par les personnes qui ont un emploi : pour plusieurs millions de Français, ce matin, le gagne-pain, c'est les autres.

Quant à sauvegarder la création, le moins qu'on puisse dire est que cette vocation de notre ancêtre Adam n'a pas encore trouvé son accomplissement sur le marché de l'emploi.

D'où le double problème posé au lecteur de la Bible : le livre semble dire à la fois que l'homme ne vivra pas de pain seulement (Deut 8/3 - Luc 4/4), et qu'il a un besoin invétéré de gagner le pain qu'il mange (Gen 3/19 ; Luc 10/7 ; 1 Tim 5/18 ; 2 Thess 3/10).

Si donc l'homme ne vit pas de pain mais de la Parole et de la grâce de Dieu, augmentons cette part de grâce que manifeste en société la redistribution gratuite des richesses collectives. Gratuite, elle l'est lorsque les indemnités et les allocations dont elle se constitue n'obéissent pas aux mérites ou au rang social des bénéficiaires mais à leur niveau de besoin. Chaque être humain noir, jaune ou blanc, gros, athlétique ou malade existe de plein droit devant Dieu ; il nous reste à garantir l'exercice de ce plein droit inconditionnellement.

Seulement, l'homme a besoin de mériter le pain qu'il mange, si bien que le pain de la redistribution est condamné à produire la rancœur de ceux qui les reçoivent : "Je ferai n'importe quoi sauf le trottoir pour avoir un salaire" - parole d'ouvrière. Pourquoi n'importe quoi ? Pour être indépendante. Pourtant, le salariat par définition, entraîne la dépendance. Mais contractuelle et conflictuelle à la différence de celle que provoque l'assistance sociale ou même les boulots plus ou moins fictifs, les stages plus ou moins factices, organisés autour de l'aide publique. "On nous occupe" observent alors certains lorsqu'ils perçoivent que dans de telles "entreprises", l'emploi des hommes prime sur l'utilité du produit.

Par comparaison, on attribuera alors un sens plein aux autres emplois, les "vrais". Aussi bien, le salarié qui fabrique des objets qui se vendent avec bénéfice (bagnoles, matériel HIFI, etc.) a physiquement la sensation de son utilité et de l'indépendance que lui procure le fait d'avoir mérité son salaire, gagné sa vie. Une telle sensation est-elle fallacieuse ? Peut-être bien. Mais précieuse aussi : le mirage du boulot utile est précieux parce que construit sur une expérience vraie : aucune aide n'est libératrice.

Sauf l'aide de Dieu car Il est le Seul devant qui je peux sans déchéance ne rien mériter. Le seul dont je peux dépendre sans perdre ma liberté. Et pour qu'une semblable relation soit tentée honnêtement entre les humains, il faut que Dieu y soit mêlé (qu'elle ait lieu "en Dieu" ou "en Christ" comme dit l'apôtre Paul). Hors de lui, la grâce existe mais elle n'a pas le même sens : elle est favoritisme et privilège ou suppléance et pitié. Ainsi, les Hébreux conduits au désert par Moïse et condamnés à vivre de la grâce de Dieu, regrettaient-ils l'Egypte et les travaux forcés qui leur rapportaient... un salaire (le pain quotidien). Et quand le désert contre toute attente les nourrit, ils restent plus désemparés que reconnaissants : qu'est-ce que c'est que ça (Manou) ?... ça ne se conserve pas... C'est insipide, ça ne vaut pas les menus du bagne égyptien, etc... (Ex 16 ; Nb 11).

Que faire donc lorsqu'on souhaite, à rebours des politiques engagées en Europe pendant les années 90, introduire une part supplémentaire de grâce dans la vie sociale ? Prier, payer, peser et inventer. Inventer, après la Sécu, le RMI et la CSG, modes de financement de la redistribution nationale plus larges que ceux d'aujourd'hui qui reposent uniquement sur le salaire des travailleurs. Inventer de nouvelles démarches de production pour transformer la matière et créer des richesses sans détruire la vie.

Prier parce que la conversion des mentalités ne s'établit pas par décret ministériel. Payer pour diminuer les inégalités. Peser sur les décideurs. Ensemble de démarches qui supposent qu'on se groupe, qu'on passe des alliances, qu'on soit nombreux. Afin que la grâce sociale, la providence publique soit l'affaire de tous ou presque. Car tant qu'il existera des gens qui partagent et des gens avec qui on partage, la grâce ne peut avoir pour ses bénéficiaires le goût du pain gagné : il est dur d'éprouver de la gratitude quand soi-même on ne reçoit jamais de remerciement. Quand on n'a jamais l'occasion ou les moyens de se montrer généreux. Grandeur du quémandeur qui pardonne ! Et honneur du cotisant qui assume ! Car, en plus, la grâce sociale laisse d'ordinaire à ceux qui paient l'impression d'avoir été volés, de faire partie de ceux qui sont "toujours" taxés. En société, le partage n'est vivable que lorsqu'il prend la forme de l'échange.

TROISIEME ETAPE : LA STERILITE PROMETTEUSE

Dans la Bible, deux expériences s'apparentent à celle, contemporaine, du chômage de longue durée : l'exil et la stérilité. L'exil parce que le chômage prolongé est un exil intérieur : "on sort plus : qu'est-ce qu'on irait faire dans la rue ? Regarder les magasins ? On peut même plus y entrer pour acheter ce qu'il y a derrière la vitrine... ". La stérilité parce que dans le Moyen Orient biblique, la femme sans enfants vit la honte, la réclusion, l'impression d'inutilité que connaissent aujourd'hui tous les marginalisés de l'emploi. Or, de l'exil surmonté est née la foi au Dieu universel, et d'une longue lignée de femmes stériles qui va de Sara à Marie sont nés par grâce de Dieu plusieurs des plus grands prophètes d'Israël.

De même, un jour, la traversée du chômage débouchera sur la prophétie, d'où sortiront un nouveau contrat social et de nouvelles clefs de répartition des richesses. Pour peu qu'elle soit vécue comme la traversée biblique de la stérilité : dans la prière (cf. 1 Sam 1/9-20). Ce qui impose que par tous les moyens avouables et inavouables, les croyants partagent l'expérience et le poids du chômage avec tous ceux qui, autrement, n'en seront jamais les prophètes mais seulement les victimes, partagent leur expérience et prennent le relais de leur révolte, qu' à eux seuls les sans-emploi ne parviennent jamais à faire entendre.

QUATRIEME ETAPE : EN ATTENDANT

Libérés d'Egypte où ils étaient esclaves, sortis du désert où ils ne gagnaient pas leur pain, on raconte que les Hébreux, à leur arrivée en terre promise, ont mis au point une loi conçue pour harmoniser la grâce et le travail. C'est la loi du sabbat, qui organise le calendrier en cycle de 7 jours, 7 semaines, 7 mois, 7 années, 7 "semaines d'années" (c'est- à-dire 49 ans). Chacun de ces cycles est ponctué par un repos d'un jour, d'une semaine, d'un an. Au cours de ces arrêts de la production, les hommes se reposent ainsi que la terre, les esclaves, les animaux et par conséquent les (rares) machines. Dans le même temps, les prisonniers sont libérés, les dettes remises et au bout du compte, les terres vendues reviennent à leur propriétaire initial : la collectivité (Gen. 2/2-3; Ex. 20/8; Lév. 25; Deut. 15/1-15; Es. 61/1-11 - 63/4; Jér. 34/8­22; Luc 4/16-21).

Cette loi, qui concilie la possibilité de s'enrichir individuellement et l'interdiction de rendre héréditaires les inégalités, s'appuie sur un article de foi extrêmement audacieux : Dieu répondra à la fidélité du peuple par l'abondance de la terre, de sorte que les années précédant la mise en jachère rendront double récolte... (Lév. 25/20-22 ; 26/2-13). Elle a été rendue inapplicable au temps de Jésus par l'absence de maîtrise politique sur les terres, devenues colonie romaine, ou pernicieuse au temps de Paul par les caprices météorologiques qui ont plusieurs fois fait précéder une année sabbatique par une année de disette ! Mais aujourd'hui, ne devrions-nous pas dire que la grande utopie sabbatique devient réaliste puisque le progrès des techniques permet de régulariser la production des richesses ? Et qu'à défaut de répartir l'emploi, nous allons pouvoir partager les ressources ?

On va sans doute nous répondre que le système sabbatique relève d'une société religieuse où le mot "commandement de Dieu" fait loi, et n'a plus aucune pertinence dans la société post-religieuse du XXè, et que, par ailleurs, l'internationalisation de l'économie rend illusoire toute maîtrise locale d'un projet aussi ambitieux... Et le problème redevient celui du pouvoir politique ! Ce n'est pas parce que nous vivons dans une société sécularisée que nous ne pouvons pas incarner l'esprit du système sabbatique car, naguère, la sécurité sociale, gigantesque entreprise de péréquation nationale a bel et bien pris racine et floraison dans une société industrielle et laïque. Mais parce qu'aujourd'hui, comme les Israélites au temps de Jésus, nous sommes privés de la maîtrise de notre sol. Nous sommes une colonie de notre économie. Condamnés à attendre que revienne la bonne année pour remettre les dettes, libérer les esclaves ou loger les chômeurs et la bonne conjoncture économique ("sortie du tunnel", "retournement de tendance", "reprise"...) qui permettra au politique de prendre les justes décisions dont il rêve. Telle est la nouvelle impuissance. Et la raison pour laquelle tant de bons esprits qui prétendent aujourd'hui s'attaquer aux problèmes du chômage et de l'exclusion sociale réforment le dictionnaire et restructurent les concepts mais ne touchent pas à l'injustice réelle.

Mais tout le monde ne peut pas se contenter d'attendre. Se pose donc la question : quoi faire en attendant et à quelle échelle agir ?

Pour les élus et les financiers, le niveau visé est celui de la planète ou de grands ensembles comme l'Europe. A ce niveau, une certaine gouvernabilité existe théoriquement grâce aux grands organismes internationaux de concertation politique et d'organisation commerciale. Mais en pratique, on risque fort de s'y retrouver devant ce que représente, au temps de jésus, l'attente du Jubilé : un espoir et des possibilités d'autant plus différés que leur destinataires sont plus bas dans les hiérarchies. Quand, du moins, des stratégies mondiales n'aboutissent pas tout trivialement â servir des intérêts particuliers...

Le niveau opposé est ici et maintenant. C'est le terrain privilégié par Jésus de Nazareth en son temps : rompant avec l'attente du moment de la grande maîtrise qui permettra la grande réparation... proclamer le Jubilé tout de suite, ici, à l' échelle du voisinage. Et promener la nouvelle. Aujourd'hui, le voisinage, c'est la caisse de solidarité plus ou moins légale à l'aide de laquelle un groupe librement constitué, aide quelques copains à franchir un mauvais pas et c'est aussi le jumelage du même groupe avec une association d'Indianapolis, Budapest ou Pinerolo. Ainsi, avec très peu d'argent, les Equipes Ouvrières Protestantes réussissent à créer et tisser de vrais liens sociaux sur le terrain local et à l'échelle de l'Europe. Parce qu'elles n'attendent rien d'en haut : le haut (de l'Etat, de l'Union européenne...) est un niveau avec lequel il faut certes compter, mais dont on ne doit pas attendre des solutions, puisqu'il faut au contraire les lui apporter. Sans les EOP, l'Europe est fichue !

Ici encore, il ne s'agit pas de renouveler le Big Bang, mais de suivre le modèle d'action évangélique. Ainsi, jésus, devant la foule affamée, multiplie les pains. Du dénuement, il fait sortir l'abondance (Marc 6/30-44 et 11). Parlant du fossé qui sépare le riche du pauvre, il déclare à l'intention des riches : "Ils ont Moïse et les Prophètes, qu'ils les écoutent (Luc 16/29-31). Et "Moïse et les prophètes" sous-entendent certainement la loi du Sabbat-Jubilé. Contre la misère, Jésus agit donc par le miracle et la loi. A nous d'en faire autant. En logeant les sans-abri (cotisons-nous avec une foule de non-protestants qui n'attendent qu'un geste et achetons... Roubaix par exemple) ; en transformant la matière (réparons... Roubaix par exemple) ; en instruisant les pauvres en esprit (des personnes éclairées fabriquent plus, gaspillent moins, échangent mieux, n'obtempèrent pas à la publicité...) ; en répartissant du fric (recommençons à créer des caisses communautaires de solidarité tout en visant à renouveler l'alliance avec la Sécu... côté usagers) etc.

Ces images ne sont pas les meilleures et ce paragraphe est mauvais, mais il n'est plus tolérable d'achever un exposé traitant du malheur d'autrui sans ouvrir la foire aux propositions et prendre au moins le risque d'en sortir ridicule. Car il est certain que le miracle est possible, à condition de partager du fric et de la foi. C'est ainsi qu'il a déjà eu lieu dans l'Histoire ancienne et dans l'Histoire récente : comme Jésus multipliant les pains a fait jaillir de l'indigence la fraternité et l'abondance, les fondateurs de la Sécurité Sociale ont rendu de très pauvres gens "capables" de se payer les soins hospitaliers les plus coûteux ! Ils ont opéré ce miracle en s'appuyant sur une foi religieuse : celle qui visait dans la lère moitié du XXè, un ersatz du Dieu nommé "Progrès social". Cette religion est éteinte aujourd'hui. I1 serait fâcheux que, disciples du vrai Dieu, les Chrétiens ne reprennent pas désormais l'initiative de la multiplication des pains.

Jean-Pierre MOLINA