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Dimanche 24 février 2002 Corinne
AKLI, pasteur de l'Eglise réformée de France à Aubervilliers
Genèse
4,1-17
MUSIQUE : Higelin - Aï 1729562 - Bruits
de guerre et de violence. Dans une trentaine de minutes le bulletin d'information
se fera l'écho des tensions qui agitent notre monde. Pouvons-nous
faire comme si nous ne les entendions pas ? - Ce matin, avec une équipe de prédicateurs et de biblistes de la région parisienne, nous vous proposons un voyage : du champ de Caïn au jardin des oliviers. - Mortel combat du frère qui ne domine pas le mal couché à sa porte. Violence refusée par Jésus qui rengaine la haine de Pierre, recolle l'oreille de Malchus. - Que le Seigneur bénisse cette journée qui commence et qu'il bénisse ce temps que nous mettons à part pour retrouver des chemins de réconciliation et de paix. MUSIQUE : Yannick Noah - plage 7 - SAN 49970962 Voici un poème de Stan Rougier d'après le Psaume 37 : - N'entre
pas dans le jeu des méchants - Compte
sur Dieu, agis dans la droiture. - Repose-toi
sur le Seigneur dans le silence. - Les teigneux
courent à leur perte. - Heureux
les humbles, MUSIQUE : Yannick Noah - plage 7 - SAN 49970962 - Que celui qui a des oreilles pour entendre entende, au livre de la Genèse 4, v1-17, l'histoire de mon frère, cet ennemi. Abel était
éleveur de moutons et de chèvres, Caïn était
agriculteur. MUSIQUE : Yannick Noah - plage 1 - SAN 49970962 - Cette histoire de Genèse 4, c'est une histoire pleine de trous. Comme un film dont on aurait perdu des morceaux de pellicule ; un roman dont les pages auraient été arrachées. On a l'impression qu'il manque quelque chose et même quelque chose d'important. - Moi, j'aimerai bien savoir pourquoi Dieu ne fait pas attention à l'offrande de Caïn. Le texte est muet, malgré tout ce qu'on a voulu lui faire dire. J'aimerai connaître ce que Caïn et Abel se sont dit dans le champ. Le texte ne le dit pas. Comment Caïn a pu attirer Abel dans son champ ? Et qu'a-t-il fait de son corps, après ? - Caïn mon frère, mon semblable aide-moi à relire ton histoire, ton drame. Que s'est-il passé pour que surgisse cette bouffée de violence qui fera de toi le premier de tous les meurtriers ? De quel conflit non résolu, de quelle injustice non réparée, de quelle parole ou de quel affront a jailli ton geste irrémédiable ? Tu étais si triste, ton visage abattu, comment as-tu pu perdre la face devant ton frère, devant ton Dieu ? Et cette porte, pouvais-tu la refermer avant que ne surgisse la bête immonde, le désir du sang ? - Et Adam et Eve, comment ont-ils réagi face au drame ? Le texte ne le dit pas. Je voudrais savoir d'où vient cette femme que Caïn épouse et qui n'est ni sa mère, ni sa sur, j'aimerais savoir comment elle s'appelle... Mais c'est comme si toutes ces choses qui nous intéressent, n'avaient aucune importance pour l'écrivain biblique. - Nous ne saurons que ce que le texte nous dit et nous devrons nous en contenter, nous en savons suffisamment. - Que celui qui a des oreilles pour entendre entende l'histoire de la première mort et du tout premier crime, l'histoire de Caïn, fils d'Eve, fils de Dieu. - Qu'est-ce
qui nous est dit ? MUSIQUE : Yannick Noah - plage 1 - SAN 49970962 Nous sommes
tous des assassins ! C'était le titre d'un film. - Que celui qui a des oreilles pour entendre entende Dieu le Vivant qui s'adresse à Caïn le Vivant. - Lui qui
n 'a pas jeté un regard favorable aux offrandes de Caïn, il
lui adresse la Parole ? - Le texte
ajoute une connotation amoureuse, une fascination du désir. C'est
un verset parallèle à la phrase que Dieu dit à Eve
au moment de son départ du jardin : " Vers ton homme ira ton
désir, mais lui, il te gouvernera " (Gen.3 vl6) et ici : "
A l'entrée le péché est là, couché
à ta porte. Il te désire mais toi, gouverne-le." - Tapi dans l'ombre de la porte quelque chose ou quelqu'un est couché prêt à bondir, prête à assaillir celui qui osera faire le pas décisif. C'est la première fois que ce mot "péché" entre dans la Bible. Contrairement à nos souvenirs, ce n'est pas avec Adam, ni avec Eve que le péché fait son entrée mais ici, avec Caïn. - Avec le péché arrive aussi la première faute d'orthographe de la Bible, ce n'est pas rien : un mélange des formes masculines et féminines, une faute d'accord, une faute de genres. Ce péché - chose ou animal, masculin et féminin - est sur le point d'entrer. - Mais CaÏn aurait pu résister ! Il aurait pu ne pas toucher à cette porte, ne pas laisser la chose l'envahir. - Caïn
n'est pas condamné à commettre le mal, il peut le maîtriser. - Alors,
" en voix off ", Dieu éveille le soupçon. - De notre côté, nous disons combattre la violence, nous approuvons à voix haute les déclarations de l'ONU et du Conseil Oecuménique des Eglises pour une décennie contre la violence. Mais, en secret, nous savons bien que nous subissons une irrésistible attirance pour ce fruit défendu. Nous en sommes si friands qu'un film sans coups de feu, sans règlements de compte, sans voitures incendiées, sans frayeur ni palpitation nous semble insipide, et un journal télévisé sans catastrophe, sans émeute, sans attentat nous donne l'impression que les journalistes n'ont pas bien fait leur travail. - Cette parole de Dieu à Caïn, il pourrait bien la redire à chacun de nous " en voix off " quand la colère ou le désir de nuire ou le désir de mort risquent de nous submerger : "Toi tu peux rester maître de la situation tu n'es pas obligé de réagir à l'injustice par la violence, tu peux trouver mieux." MUSIQUE : Yannick Noah - plage 1 - SAN 49970962 - Maintenant,
le sang d'Abel est versé, Caïn semble dans un état
second, à demi-conscient de son acte. Surpris, stupéfait.
Dieu revient lui parler. C'est la deuxième fois. - Moi non
plus, quand je fais le mal je n'arrive pas à l'affronter, à
l'intégrer. Cela demeure comme en dehors de moi. La colère
peut me mettre hors de moi. Je ne sais plus ce que je fais parce que je
ne supporterai pas de le savoir. Le bourreau ne peut savoir ce qu'endure
sa victime ; s'il ressentait cette douleur il serait obligé de
la faire cesser. - Après
tout, sommes-nous gardiens de nos frères ? Nous ne savons
pas où sont passés nos frères, nous nous en doutons
bien un peu, nous savons même très bien comment faire pour
en savoir plus. - Que celui qui a des oreilles pour entendre entende aussi le cri du premier mort et de la toute première victime, l'histoire d'Abel, frère de Caïn, fils d'Adam et Eve, fils de Dieu. MUSIQUE : Yannick Noah - plage 1 - SAN 49970962 - Nous arrivons
à la troisième parole de Dieu à Caïn. - De même qu'il a couvert de vêtements de peaux Adam et Eve pour les protéger à l'extérieur du jardin d'Eden, Dieu va maintenant poser sur Caïn un signe de protection. Certes il sera banni à cause du sol et du sang versé, mais il sera protégé à cause de Dieu. - Le signe est accompagné d'une promesse : si quelqu'un venait à toucher à sa vie, Dieu lui-même interviendrait. Il promet de le venger sept fois, une plénitude, un chiffre placé là pour bien montrer que désormais CaÏn est intouchable. Dieu lui-même prend sa défense. - Il lui
fait grâce. Une nouvelle chance, un nouveau départ. Caïn
quitte le lieu de son crime pour s'éloigner vers l'Est. Un nouvel
avenir s'ouvre pour lui. Il va poser les fondements d'une ville en l'honneur
de son fils, ce nouvel homme qui vient de naître. La troisième
génération ne s'installera ni au jardin, ni aux champs,
ni au désert mais dans une ville qui se bâtit avec ses relations
sociales, commerciales, culturelles, humaines... A nouveau tout est possible,
l'histoire s'ouvre sur l'infini des possibles. MUSIQUE : Yannick Noah - plage 1 - SAN 49970962 - On pourrait s'arrêter là. Tout est dit. L'histoire se finit bien : Dieu ne réclame pas vengeance. Il brise l'engrenage. Il place le meurtrier sous sa protection et lui offre une seconde chance. - Est-ce que ça veut dire que les humains ne changeront jamais ? On peut continuer à s'entretuer et Dieu à chaque fois viendra nous tendre la main ? Lui " il peut tout, il n'est que bonté" et nous, nous ne pouvons pas changer ! - C'est cela
continuons à nous blesser, à nous déchirer, à
battre nos enfants et comptons sur l'éternelle bonté du
Seigneur ! Non, c'est trop facile. - En fait,
nous n'avons toujours pas résolu la question de fond : - Jésus nous propose cette alternative à la violence. Il nous faut quitter le champ cultivé de Caïn, et avancer vers une colline toute proche de Jérusalem, un jardin clos planté d'oliviers. - Que celui qui a des oreilles pour entendre entende l'histoire du complot et de l'embuscade au jardin des oliviers. - Juste avant
son arrestation, Jésus avait prévenu ses disciples, Luc
22 v36?38 : - Voilà
Jésus est sur le seuil. Jusque là ses compagnons n'avaient
aucun besoin d'argent, de provisions, ni d'armes, mais les temps changent.
Le moment crucial arrive, Jésus va être traité comme
un malfrat. Les épées sont prêtes. " Ceux
qui sont avec Jésus demandent : Seigneur, frapperons-nous avec
l'épée ? - Dans l'évangile de Jean, ce serviteur s'appelle Malchus, et Jésus ajoute, en s'adressant à Pierre : "Rengaine ton épée, remets-la en place". Le geste fatal a été stoppé net. Jésus rengaine la haine de Pierre, il recolle les morceaux. L'ouverture se referme. Le mal commis est réparé. - Alors, que celui qui a des oreilles pour entendre entende l'histoire du premier qui dit non à la mort, l'histoire de Jésus, fils de Dieu. - Cette porte
fermée, c'est un non à la brutalité. Comme une preuve
qu'il est possible, même au cur du plus sombre conflit de
dire : stop la violence. Il est possible de surmonter le goût du
sang et de la vengeance. - En fait,
déjà depuis Caïn et Abel, nous nous trompons d'ennemi. - Jésus
ne nous dit pas de ne pas avoir d'ennemis, au contraire pour arriver à
les aimer, il faut bien en avoir, des ennemis. Par contre, il montre comment
les combattre sans se nuire à soi-même, sans se rendre coupable,
sans entrer dans le jeu "infernal" de la vengeance. MUSIQUE : Yannick Noah - plage 7 - SAN 49970962 Avant de
nous séparer sous la bénédiction du Seigneur, je
vous propose l'exhortation que Paul adresse aux Galates (Gal 5 vl3-14)
: - Et qui est mon prochain ? - Suis-je le gardien de mon frère ? - Toute la loi se résume dans cette seule parole : " Aime ton prochain comme toi-même. " - Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu'il vous accorde la paix et la force de son esprit, dès maintenant et à jamais. MUSIQUE : Higelin - Aï 1729562 - plage 1
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