Assises 2004

Eglises, Mouvements et Associations
en quête de réconciliation et de paix

8-10 octobre 2004 à Clermont-Ferrand
ASSISES DE LA FÉDÉRATION PROTESTANTE DE FRANCE

Une contribution française et protestante
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Dimanche 10 février 2002

Samy COPPENS, directeur du domaine de Morfondé (Fondation de l'Armée du Salut) à Villeparisis
et Philippe SCHMITTER, aumônier de la Congrégation de l'Armée du Salut à Morfondé.

1 Samuel 18,10-12
Luc 22,49-51
L'incohérence, source de violence

MUSIQUE : Quintette de cuivres

Samuel : En ce jour mis à part pour méditer et recentrer nos vies sur Dieu et sa Parole, nous venons avec ce qui a fait notre semaine et nous le déposons devant Dieu. Nous répondons ainsi à l'appel de " Notre Père qui est aux cieux " pour venir à sa rencontre pour trouver grâce et être secouru.

Philippe : " Que la grâce, la miséricorde et la paix te soient données de la part de Dieu le Père et de Jésus? Christ notre Seigneur " (I Tim.1,2)

MUSIQUE : Quintette de cuivres

Samuel : La paix de Dieu ! que souhaiter de plus à chacun d'entre nous et pourtant quelle lutte pour la voir pénétrer dans notre vie au quotidien dans notre famille, dans notre quartier, dans notre travail et même dans notre église !
Je vous invite à méditer ensemble la prière de Saint François d'Assise :

Philippe :
Seigneur, fais de moi un instrument de Ta paix !
Là où il y a la haine, que je mette l'amour ;
là où il y a l'offense, que je mette le pardon ;
là où il y a le doute, que je mette la foi ;
là où il y a le désespoir, que je mette la confiance ;
là où il y a la tristesse, que je mette la joie ;
là où il y a l'obscurité, que je mette la lumière ;

0 Maître Divin, que je ne cherche pas tant
d'être consolé que de consoler,
d'être compris que de comprendre,
d'être aimé que d'aimer
car c'est en me donnant que je recevrai ;
c'est en pardonnant que je serai pardonné ;
c'est en mourant que je naîtrai à la vie éternelle.

(Saint François d'Assise - né en 1181 à Assise en Italie - nous apporte son message de paix et d'amour.)

MUSIQUE: Quintette de cuivres

Présentation

Samuel : Dans notre prédication à deux voix, nous méditerons aujourd'hui sur le thème " l'incohérence, source de violence " au travers de deux personnages de la Bible qui se sont laissés submerger par la violence.
Nous verrons ensuite les conséquences de leurs actes. Nous relierons ces situations à des exemples concrets tirés de notre milieu contemporain. Et surtout, nous redécouvrirons les moyens de grâce que Dieu donne pour chacun d'eux, mais aussi pour chacun de nous qui vivons des situations semblables.

Voici les deux personnes qui nous conduiront dans les parcours de ces vies passées et présentes :

Samuel COPPENS : Je suis salutiste, directeur du Centre de Morfondé de la Fondation de l'Armée du Salut qui accueille environ 80 jeunes adolescents de la banlieue parisienne en difficultés familiale et scolaire.

Et...

Philippe SCHMITTER : Je suis officier de la Congrégation de l'Armée du Salut et je travaille dans ce même établissement dans un ministère d'écoute et de suivi des familles des jeunes accueillis.

Prédication

Nous introduirons notre méditation avec le roi Saül, le roi au coeur partagé ou Dr. Jekill et Mr. Hide
(I Samuel 9 à 3 1)

Nous lisons à son sujet dans 1 Samuel 18,10-12 :

" Le mauvais esprit venant de Dieu saisit Saül, qui eut des accès de délire au milieu de la maison. David jouait, comme les autres jours, et Saül avait sa lance à la main. Saül leva sa lance, disant en lui-même : Je frapperai David contre la paroi. Mais David se détourne de lui deux fois. Saül craignait la présence de David, parce que l'Eternel était avec David et s'était retiré de lui. "

Mais qu'est-il donc arrivé à ce roi si prometteur que Dieu avait choisi pour Israël ?
Que s'est-il donc passé pour que ce jeune homme robuste, brave et humble en arrive là ? Un homme à l'humeur versatile, au caractère tourmenté, imprévisible dans ses accès de violence ?
Est-ce vraiment le même homme ?
Telles sont les questions que devaient se poser les proches de Saül. Après des débuts prometteurs, ce roi a suivi ses mauvais penchants, il a accepté des compromis et la désobéissance qui furent le début de sa chute. Cette rupture de cohérence dans son être le plus profond lui a fait perdre la paix ! Et plus que la paix intérieure, la paix avec son Dieu ! Ensuite l'écart va se creuser entre ces deux facettes de Saül qui l'habitent à la façon de " Dr. Jekill et Mr. Hide ", entre moment de lucidité et de démence, la violence. L'incohérence intérieure fut pour Saül source d'une vie tourmentée ... pour lui et les siens.
Cette incohérence, aujourd'hui encore les jeunes y sont particulièrement sensibles.

Samuel : René, Simone et Laurent vivent dans un petit village proche de l'aéroport de Roissy où René exerce le métier de cariste. Simone, elle, s'occupe de la maison, et de temps en temps, aide un vieux monsieur en lui faisant du ménage. Laurent, leur fils va à l'école. Il n'est ni brillant, ni stupide, mais un garçon dans la moyenne. La famille semble aller bien. Mais voilà le déroulement d'une vie n'est jamais linéaire.
René rentre de plus en plus tard du travail, il a fait la rencontre de copains de bistrot. On joue aux cartes, on plaisante, on boit. Une distance s'installe dans la famille. René est maintenant sous l'emprise de la boisson et des copains.
Simone essaie de le cacher à Laurent, mais elle souffre. De temps à autre, René va même jusqu'à lui taper dessus, il a le vin mauvais. Le lien familial se détériore. Simone, à son tour, se met à boire, seule chez elle.

Pour se protéger ? Peut-être, pour oublier le calvaire quotidien. Laurent, lui, fuit. Il quitte le foyer familial et s'en recrée un à l'extérieur, c'est la bande mais les copains sont souvent coquins et de petits coups en mauvais coups, tout y passe. Les voisins sont alarmés.
René perd son travail, licenciement. Simone est déprimée. Laurent ne va plus en classe.
L'école signale aux services sociaux son absentéisme. Enquête, le placement est décidé. Il sera retiré à sa famille. C'est la déchirure.
La famille s'écroule encore plus. Le père quitte le domicile, c'est l'errance. La mère se mure dans la souffrance. Laurent refuse son placement. Il se révolte. Il devient de plus en plus violent, il fugue. Il veut tout casser, il a mal, mal de vivre.
De sa bouche ne sortent qu'insultes, vis-à-vis des adultes, auxquels il avait pourtant cru et qui aujourd'hui ne représentent plus rien pour lui.
Il ne s'autorise pas à aller bien sans ses parents. En fait, il ne demande qu'une chose : occupez-vous de mon père et de ma mère. Il voudrait tellement que tout soit comme avant.
Il y a urgence à comprendre cette révolte.

Philippe : Cet exemple contemporain illustre tout à fait l'incohérence source de violence en soi et autour de soi.
Quel fut le moyen que Dieu employa pour secourir Saül, ce roi en péril ? Dans son amour, Dieu lui envoya deux personnes importantes : le prophète Samuel et le futur roi David. Tous deux, vont, tout au long de la vie de Saül, lui manifester en paroles et en actes la bonté de Dieu qui le pousse à se repentir et saisir le pardon de Dieu.
Dans nos incohérences, ne négligeons pas les visages amis qui nous manifestent l'amour et l'amitié de Dieu. Car chaque parole, chaque geste d'amitié sont un moyen de grâce pour Dieu.

MUSIQUE : Quintette de cuivres

Philippe : Parlons maintenant de Pierre, le disciple de Jésus, lors de l'arrestation de Jésus au jardin de Gethsémané :
Pierre, le justicier des causes perdues : (Luc 22,49-51 ; Mat 26,51-54 ; Marc 16,46-47 ; Jean 18, 10-11)

Je lis dans Luc 22, 49-51 :

" Comme il parlait encore, voici, une foule arriva ; et celui qui s'appelait Judas, l'un des douze, marchait devant elle. Il s'approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Jésus lui dit : Judas c'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme ! Ceux qui étaient avec Jésus voyant ce qui allait arriver, dirent: Seigneur frapperons-nous de l'épée ?... Mais Jésus prenant la parole, dit : Laissez, arrêtez ! "

C'était trop pour Pierre, de supporter de voir Jésus, son Rabbi non seulement livré aux mains des pharisiens hypocrites mais encore trahi par un de ses proches. Comment Dieu pouvait-il laisser faire une chose pareil ! Où était-il dans ces heures de ténèbres ? C'était vraiment trop injuste ! Injuste, intolérable pour Pierre. Il fallait faire quelque chose pour que cela cesse. Dans un geste désespéré, Pierre s'insurge contre cette injustice, il dégaine son glaive et tranche l'oreille de Malchus, serviteur du souverain sacrificateur.
Contrairement à Saül, pour Pierre, l'incohérence ne vient pas de l'intérieur mais de l'extérieur.
Elle est introduite par l'irruption de l'impensable dans son échelle de valeurs, dans sa façon de voir le monde ! Ce n'est pas logique ! ce n'est pas " juste " ! et cela atteint profondément Pierre.
Là encore l'incohérence va provoquer une réaction violente. Car Pierre essaie de résister à sa façon contre une injustice, une atteinte grave sur quelqu'un qui a beaucoup de valeur pour lui, il ne peut pas laisser faire sans réagir! Mais la violence de son geste va pourtant blesser gravement Malchus serviteur du sacrificateur et mettre Pierre lui-même en danger.
Pour nous aussi, l'atteinte de quelque chose qui a de la valeur pour nous, est source d'incohérence et de violence.

Samuel : Qu'il est bon de naître et vivre dans un foyer confortable, entre Papa et Maman. Ils sont là, rassurants, sécurisants, soutenants, aimants, n'est-ce pas l'image du bonheur ? Un père fort que l'on admire, une mère douce et protectrice. Et pourtant, voilà qu'un jour, pourtant, tout se brouille, tout dégringole.

L'amour n'a plus la même douceur, l'amour devient abus. Et là, c'est le chaos, l'irruption de l'impensable, de l'insupportable, de l'insoutenable, c'est la nuit qui nous oppresse, celle qui fait mal. Son père l'a abusé. Il croyait pourtant..., il pensait que..., mais pourquoi ? il a mal.
Comment a-t-il pu faire cela ? Qui est-il pour lui ? Il pense que cela n'est pas possible. Il pense même qu'il a rêvé ou plutôt cauchemardé. Il n'a, tout à coup, plus envie de vivre ou alors ce sera pour faire payer, il devra payer lui, son père, et les adultes, vengeance ! Ils sont tous pareils, dégoûtants, écœurants.
Il ne veut pas leur ressembler. La violence monte, elle doit sortir, elle doit s'extirper comme elle peut, en vrac, en désordre, elle va tout casser... peut-être pour réparer ensuite, ou alors elle restera là au fond, comme une honte à porter. Il est submergé, envahi, il crie qu'il veut se supprimer, qu'il n'en peut plus.

MUSIQUE : Piano

Philippe : Cette atteinte à des valeurs que nous jugeons fondamentales, voir existentielles, nous rappelle un autre type de réaction qu'ont eu les disciples Jacques et Jean (Luc 9,54) lorsque les Samaritains refusèrent de recevoir Jésus en route vers Jérusalem. Comment osent-ils refuser de recevoir notre Rabbi (maître) ! Ils iront jusqu'à dire : " Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume ? Jésus se tourna vers eux, et les réprimanda, disant : Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ". Quel décalage, quelle incohérence entre la violence des intentions des disciples et le message d'amour, de compassion de Jésus !

Samuel : Tout cela nous parle de cette violence très actuelle liée au piège de toutes les formes d'extrémisme, d'intégrisme, de fondamentalisme...
C'est le piège de penser qu'au nom du bon droit, de la bonne idéologie, la bonne cause,... on peut oublier que les autres en face de nous sont des êtres humains ayant droit à la différence, bien plus à l'existence. C'est le piège de se permettre des exactions qui, elles, sont pleines d'incohérences et de mort. Des croisades, aux attentats du 11 septembre en passant par les camps de déportation, cet esprit de violence et de haine n'appartient pas au passé.... et menace encore...

Philippe : Jésus dénonce clairement cet esprit d'intolérance. Cet esprit d'intolérance s'oppose au ministère du Saint Esprit dans le cœur du croyant. Esprit de Dieu qui lui donne force, amour, sagesse pour répondre avec douceur de l'espérance qui est en lui.
En fait, plus qu'une atteinte des valeurs de la personne, il s'agit ici d'une atteinte du " moi-je " qui veut avoir toujours raison. Il est, comme le dit Roy Hession, comme un serpent qui est prêt à se dresser et mordre pour injecter son venin.
Jésus nous rappelle comme à Pierre que la violence n'est jamais une solution acceptable. Il ira dans son amour jusqu'à réparer l'irréparable en guérissant l'oreille du serviteur (réparer l'offense) pour sauver son disciple.
Cela nous invite à réfléchir sur toutes nos intolérances, nos sectarismes, nos préjugés, ... et à l'instar de Jésus soyons prêts à réparer l'offense, la blessure que nous avons causée avec le glaive de notre langue. Et qui sait Jésus pourra réparer l'irréparable

MUSIQUE : Quintette de cuivres

Philippe: Le sentiment d'abandon est commun aux deux situations de Saül et de Pierre, face à une incohérence, source de désarroi, de culpabilité, de violence qui parfois peut se retourner contre soi? même. Cette violence devient véritablement une malédiction quand elle s'installe avec l'incohérence dans nos vies car elle nous prive des biens que Dieu nous réserve et de sa paix. Et même elle nous soustrait aussi à l'affection de nos amis et de nos proches.

Samuel : " Je lève les yeux vers les montagnes... d'où me viendra le secours ? le secours me, vient de l'Eternel qui a fait les cieux et la terre " (Psaume 121,1)
Paul dira avec sincérité : " Misérable que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ?... Grâces soient rendues à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur " (Romains 7,24-25)

Prière

Philippe : Je vous invite à vous approcher dans la prière de ce Dieu généreux et aimant, prêt à nous secourir en Jésus-Christ : " Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins " (Hébreux 4,16)

Samuel : Le chant de la chorale du Poste de La Villette nous guidera dans ce moment de recueillement :

CHORALE : " Pardonne-nous "

Philippe : " Si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous purifier de toute iniquité. " (1 Jn.1, 9). Ce pardon nous a été acquis à un grand prix, le sacrifice de son fils Jésus-Christ.
Dieu nous aime à ce point ! Il nous offre son pardon et l'œuvre de restauration de Christ en nous. Il nous suffit de les recevoir avec foi. C'est alors que la communion et la paix avec notre Seigneur seront rétablies. Et tout alors devient possible !

Samuel : Allons dans la paix du Christ avec ce refrain de la chorale, " Bénis nous "

CHORALE : " Bénis nous "

MEDITATIONS RADIODIFFUSEES
France Culture Dimanche 8h30
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