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Dimanche
17 février 2002
Luc
7, 36-50
MUSIQUE : Psaumes de la Réforme, Psaume 25 , " A toi, mon Dieu ", §1 - plage 15 Naxos 8553025 Nicole Vergnes
: " Pour moi m'approcher de Dieu, c'est mon bonheur, Agnès
: Bonjour et bienvenue à vous qui êtes venus partager ce
temps d'écoute et de méditation en ce premier dimanche du
temps de carême. MUSIQUE : Psaumes de la Réforme, Psaume 25, " A toi, mon Dieu ", §2 - plage 15 Version Clément Marot et Paschal de l'Estoquart Agnès : Se confronter à la violence, en discerner les faces cachées en nous-mêmes, c'est une tâche jamais finie. Renoncer au mal n'est jamais aisé. Accueillir une parole qui guérit n'est possible que lorsqu'au fond de nos violences muettes se met à sourdre le désir originel de la vie. Je vous invite à un moment de silence intérieur pour prier avec les mots de Jean Calvin. Renaud Weber : Seigneur Dieu, Père éternel, nous reconnaissons et nous confessons devant ta sainte majesté que nous sommes de pauvres pécheurs. Nés dans l'esclavage du péché, enclins au mal, incapables par nous-mêmes de faire le bien, nous transgressons tous les jours et de plusieurs manières tes saints commandements, attirant sur nous, par ton juste jugement, la condamnation. Mais nous avons une vive douleur de t'avoir offensé. Nous reconnaissons nos fautes et y renonçons de tout notre cur. Nous recourons à ta grâce et te supplions de nous venir en aide dans notre misère. Veuille avoir pitié de nous et nous pardonner nos péchés pour l'amour de Jésus, le Christ, ton Fils et notre Sauveur. Amen MUSIQUE : Telemann - " Orgue et hautbois " - 74321 Allegria 29892-2 - plage 6 Agnès : Que cherchons-nous quand nous cherchons à rencontrer le Christ ? La confirmation de nos idées reçues ? Une sécurité en matière religieuse ? Un soutien ? une parole pour vivre ou un regard ? une libération, la paix, une joie ? Qui cherchons-nous
quand nous sommes en sa présence ? Avec en tête toutes ces questions, nous allons écouter un passage de l'Evangile selon Luc au chapitre 7, les versets 36 à 50. Nicole :
" Un pharisien invita Jésus à manger avec lui ; il
entra dans la maison du pharisien et se mit à table. MUSIQUE : Telemann - " Orgue et hautbois " - plage 5 Agnès : Le passage de l'évangile met en scène deux personnages, un homme et une femme. L'un comme l'autre cherche à rencontrer Jésus. Mais quel contraste entre eux : un pharisien et une pécheresse ! L'homme, dont nous apprenons qu'il s'appelle Simon, fait partie d'un groupe précis qui le situe sur le plan religieux et sur le plan de son comportement social. Au niveau théologique il est considéré comme pur, fidèle à Dieu, juste devant la Loi de Moïse. Les prescriptions de Dieu sont au centre de sa vie. Son obéissance rigide aux règlements de la Loi le tient à l'écart de ses contemporains. Pour lui l'impureté rituelle ne peut être qu'un obstacle insurmontable sur le chemin de l'accomplissement des Écritures. Qu'avait-il
en tête quand, il invita Jésus ? Sa table allait-elle devenir
un lieu d'accueil et d'échange avec son hôte ? Cherchait-il
à mieux comprendre comment pratiquer les prescriptions de la tradition
? Tant de questions qui surgissent par la simple mention d'une invitation adressée à Jésus par un homme pour qui le respect de Dieu passe par le respect de la Loi. Dans ce cadre bien balisé d'un repas entre hommes de bon aloi et de conduite religieuse sincère intervient alors un trouble. Une femme entre dans la salle. Une femme connue dans la ville. Une pécheresse. Tout comme pour le pharisien, cette désignation la qualifie en premier lieu, au plan religieux. Elle est infidèle à l'accomplissement des Écritures. Ce que l'on sait d'elle, la rend non-fréquentable pour quelqu'un de sérieux. Elle incarne publiquement une vie dominée par le désir et le plaisir non pas de la Loi mais de la chair. Certains traducteurs vont jusqu'à rendre le terme de pécheresse par " prostituée " pour signaler comment son infidélité à la Loi du Créateur porte préjudice aux habitants de la ville. Elle constitue un déshonneur publique - comme s'il était possible d'être prostituée toute seule, sans le monde masculin. La femme
et le pharisien cherchent à rencontrer Jésus. Simon l'accueille
dans sa maison, mais chichement. La femme, elle, se déplace et
offre ce qu'elle possède de plus précieux : ses larmes et
le parfum d'un amour qui se fait adoration et jubilation silencieuse. Quelle antinomie
secrète sépare ces deux personnages ? D'abord il s'agit d'une femme. Pour Simon, elle est par définition une éternelle mineure, au niveau intellectuel, social, économique, juridique et religieux. En tout, elle dépend du monde des hommes. Même si économiquement elle subvient peut-être à ses propres besoins, sa parole n'ajoutera jamais rien à ce que les hommes ont et sont. Lui adresser la parole c'est perdre son temps. Mais, à
la tare d'être une femme, s'ajoute aux yeux de Simon encore une
autre, pire que la première : au lieu de se soumettre silencieusement
et servilement aux hommes, à la Loi de Moïse et ainsi à
Dieu, cette femme, qui entre dans sa maison sans être invitée,
est une insoumise. Pécheresse publique, elle s'insurge à
la fois contre Dieu et contre les hommes. Elle est dangereuse : son impureté
se communique. A son contact le pur se souille et devient inapte au service
de Dieu. Pour Simon, elle est définitivement exclue de la communauté
de ceux que Dieu peut considérer comme les siens. Il a fallu des siècles avant que les lecteurs et les lectrices de l'Evangile ne se rendent compte de la violence contenue dans ce double enfermement. Aussi longtemps que les sociétés ne reconnaissaient aux femmes aucune place publique, et aucune égalité dans les différentes dimensions de la vie de la Cité, le fait d'être femme était suffisant pour être tenu à l'écart aussi dans l'Eglise, dans les Eglises. D'ailleurs, aujourd'hui même, dans bien des cas la question est posée. C'est sur
le mode de cet enfermement dans la catégorie " femme "
qu'il faut comprendre le second jugement " pécheresse ".
Tout comme l'intruse ne peut se défaire de son état de femme,
elle ne peut pour le pharisien, quitter son état de pécheresse.
Elle l'est et elle le restera. Pour elle, pas de pardon possible. A la
négation de la femme par l'homme s'ajoute la négation de
l'injuste par l'homme juste, négation de l'impure par celui qui
rituellement est pur. Lésée dans sa dignité, lésée dans sa vérité par le regard de Simon, la femme n'a rien à espérer. Mais Dieu non plus. Sauf si Jésus parvient à le détacher de la fixation religieuse. Simon ne chasse pas la femme de sa maison. Il se sert d'elle pour examiner son hôte. Comment Jésus va-t-il réagir ? La réprimander ? La congédier ? Sa réaction lui permettra de mieux savoir qui est en face de lui. D'ailleurs le jugement du pharisien à l'égard de Jésus ne tarde pas à venir : cet homme ne peut pas être un prophète ni parler de la part de Dieu puisqu'il ne discerne même pas dans le comportement obscène de cette étrangère la contagion rituelle qu'il contracte. C'est dans le fracas muet de ces jugements qui séparent et divisent que Jésus prend la parole. L'histoire qu'il raconte ouvre soudainement une porte invisible par laquelle entre une nouvelle lumière. S'il s'agit de faire les comptes de sa vie aujourd'hui même, tous et toutes sont des débiteurs. A quoi, bon s'attarder devant la comparaison de dettes à valeur inégale, puisque personne n'a de quoi rembourser ? C'est la grâce qui fait vivre, non la Loi. Et cette grâce s'atteste aujourd'hui. Ce que la parabole indique sur le mode narratif, Jésus le réalise dans la maison de Simon. La rémission réelle des péchés réels est comme une théophanie : ébranlement de toutes les certitudes, lumière fulgurante qui manifeste Dieu ; parole qui crée un nouveau commencement où Dieu se révèle guérissant les blessures de l'amour. La rémission
réelle des péchés réels dans la parole du
Christ met une croix définitive sur le temps des spéculations
: quand est-ce que je serais prêt pour me présenter devant
Dieu ? A quelle condition me pardonnera-t-il ? Le pharisien,
un homme qui a tout ; un homme sans manques ni désirs profonds.
Il représente la part d'humanité qui vit refermée
sur son savoir et sa puissance, tellement satisfaite d'elle-même
qu'elle ne peut pas en sortir. Jésus
renverse la logique de la violence qui au nom de Dieu, tenait captive
et le pharisien et la femme. A l'un et à l'autre il offre la possibilité
de quitter la haine secrète de la vie. MUSIQUE : Haendel - " Orgue et hautbois " - Allegro - plage 15 Agnès : Nous pouvons confesser ensemble la foi des chrétiens telle qu'elle a été formulée suite aux premiers grands conciles de notre ère : Renaud :
Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout puissant, Nicole :
Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le fils unique
de Dieu, Renaud :
Nous croyons en l'Esprit-Saint, qui règne et donne la vie, MUSIQUE : Bach - Sinfonia en si mineur - " Orgue et hautbois " - plage 4 Renaud : Quarante jours avant Pâques. Quarante jours pour marcher avec le Christ et apprendre de lui les chemins de la foi. Agnès
: 0 Christ, Viens dans
nos maisons, et viens à nos tables Permets-nous
de reconnaître en toi toute la plénitude de Dieu ; MUSIQUE : Bach - Sinfonia en si mineur - " Orgue et hautbois " - plage 4
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