Assises 2004

Eglises, Mouvements et Associations
en quête de réconciliation et de paix

8-10 octobre 2004 à Clermont-Ferrand
ASSISES DE LA FÉDÉRATION PROTESTANTE DE FRANCE

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Dimanche 17 février 2002
Agnès von KIRCHBACH, pasteur de l'Eglise réformée de France à Asnières-Bois-Colombes.

Luc 7, 36-50
Le pharisien, la femme et Jésus

MUSIQUE : Psaumes de la Réforme, Psaume 25 , " A toi, mon Dieu ", §1 - plage 15 Naxos 8553025

Nicole Vergnes : " Pour moi m'approcher de Dieu, c'est mon bonheur,
je mets ma confiance dans le Seigneur.
Tu m'as pris par la main droite,
tu me guideras par ta sagesse,
puis tu m'accueilleras dans ta gloire. "

Agnès : Bonjour et bienvenue à vous qui êtes venus partager ce temps d'écoute et de méditation en ce premier dimanche du temps de carême.
Quarante jours avant Pâques. Quarante jours pour marcher avec le Christ. Quarante jours pour apprendre. Quarante jours pour nous laisser façonner par l'Esprit des Béatitudes. La croix reste l'interrogation la plus fondamentale de notre foi. Une croix qui ouvre la vie au-delà de la Mort et rend libre l'amour.

MUSIQUE : Psaumes de la Réforme, Psaume 25, " A toi, mon Dieu ", §2 - plage 15 Version Clément Marot et Paschal de l'Estoquart

Agnès : Se confronter à la violence, en discerner les faces cachées en nous-mêmes, c'est une tâche jamais finie. Renoncer au mal n'est jamais aisé. Accueillir une parole qui guérit n'est possible que lorsqu'au fond de nos violences muettes se met à sourdre le désir originel de la vie. Je vous invite à un moment de silence intérieur pour prier avec les mots de Jean Calvin.

Renaud Weber : Seigneur Dieu, Père éternel, nous reconnaissons et nous confessons devant ta sainte majesté que nous sommes de pauvres pécheurs. Nés dans l'esclavage du péché, enclins au mal, incapables par nous-mêmes de faire le bien, nous transgressons tous les jours et de plusieurs manières tes saints commandements, attirant sur nous, par ton juste jugement, la condamnation.

Mais nous avons une vive douleur de t'avoir offensé. Nous reconnaissons nos fautes et y renonçons de tout notre cœur. Nous recourons à ta grâce et te supplions de nous venir en aide dans notre misère. Veuille avoir pitié de nous et nous pardonner nos péchés pour l'amour de Jésus, le Christ, ton Fils et notre Sauveur. Amen

MUSIQUE : Telemann - " Orgue et hautbois " - 74321 Allegria 29892-2 - plage 6

Agnès : Que cherchons-nous quand nous cherchons à rencontrer le Christ ? La confirmation de nos idées reçues ? Une sécurité en matière religieuse ? Un soutien ? une parole pour vivre ou un regard ? une libération, la paix, une joie ?

Qui cherchons-nous quand nous sommes en sa présence ?
Pour nous le Christ est-il un ami ou un ennemi ? un juge ou quelqu'un à juger ?
Et finalement : comment voyons-nous Jésus quand nous sommes proches de lui ?
Est-il comme un convive à notre table ? un prophète ou un maître pour nous parler de Dieu ? Serait-il possible même qu'il soit plus ?

Avec en tête toutes ces questions, nous allons écouter un passage de l'Evangile selon Luc au chapitre 7, les versets 36 à 50.

Nicole : " Un pharisien invita Jésus à manger avec lui ; il entra dans la maison du pharisien et se mit à table.
Survint une femme de la ville qui était pécheresse ; elle avait appris qu'il était à table dans la maison du pharisien. Apportant un flacon de parfum en albâtre et se plaçant par derrière, tout en pleurs, aux pieds de Jésus, elle se mit à baigner ses pieds de larmes ; elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux du parfum.
Voyant cela, le pharisien qui l'avait invité se dit en lui-même : " Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse. "
Jésus prit la parole et lui dit: " Simon, j'ai quelque chose à te dire. "
" Parle, Maître ", dit-il. " Un créancier avait deux débiteurs ; l'un lui devait cinq cents pièces d'argent, l'autre cinquante. Comme ils n'avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce de leur dette à tous les deux. Lequel des deux l'aimera le plus ? "
Simon répondit : " Je pense que c'est celui auquel il a fait grâce de la plus grande dette. "
Jésus lui dit : " Tu as bien jugé. "
Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : " Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison : tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds, mais elle, elle a baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas donné de baiser, mais elle, depuis qu'elle est entrée, elle n'a cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu n'as pas répandu d'huile odorante sur ma tête, mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Si je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c'est parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. "
Et il dit à la femme : " Tes péchés sont pardonnés. "
Les convives se dirent en eux-mêmes : " Qui est cet homme qui va jusqu'à pardonner les péchés ? "
Jésus dit à la femme : " Ta foi t'a sauvée. Va en paix. "

MUSIQUE : Telemann - " Orgue et hautbois " - plage 5

Agnès : Le passage de l'évangile met en scène deux personnages, un homme et une femme. L'un comme l'autre cherche à rencontrer Jésus. Mais quel contraste entre eux : un pharisien et une pécheresse !

L'homme, dont nous apprenons qu'il s'appelle Simon, fait partie d'un groupe précis qui le situe sur le plan religieux et sur le plan de son comportement social. Au niveau théologique il est considéré comme pur, fidèle à Dieu, juste devant la Loi de Moïse. Les prescriptions de Dieu sont au centre de sa vie. Son obéissance rigide aux règlements de la Loi le tient à l'écart de ses contemporains. Pour lui l'impureté rituelle ne peut être qu'un obstacle insurmontable sur le chemin de l'accomplissement des Écritures.

Qu'avait-il en tête quand, il invita Jésus ? Sa table allait-elle devenir un lieu d'accueil et d'échange avec son hôte ? Cherchait-il à mieux comprendre comment pratiquer les prescriptions de la tradition ?
Se posait-il des questions sur sa manière de se représenter Dieu ?
Voulait-il confronter sa théologie à celle de Jésus ?

Tant de questions qui surgissent par la simple mention d'une invitation adressée à Jésus par un homme pour qui le respect de Dieu passe par le respect de la Loi.

Dans ce cadre bien balisé d'un repas entre hommes de bon aloi et de conduite religieuse sincère intervient alors un trouble. Une femme entre dans la salle. Une femme connue dans la ville. Une pécheresse.

Tout comme pour le pharisien, cette désignation la qualifie en premier lieu, au plan religieux. Elle est infidèle à l'accomplissement des Écritures. Ce que l'on sait d'elle, la rend non-fréquentable pour quelqu'un de sérieux. Elle incarne publiquement une vie dominée par le désir et le plaisir non pas de la Loi mais de la chair. Certains traducteurs vont jusqu'à rendre le terme de pécheresse par " prostituée " pour signaler comment son infidélité à la Loi du Créateur porte préjudice aux habitants de la ville. Elle constitue un déshonneur publique - comme s'il était possible d'être prostituée toute seule, sans le monde masculin.

La femme et le pharisien cherchent à rencontrer Jésus. Simon l'accueille dans sa maison, mais chichement. La femme, elle, se déplace et offre ce qu'elle possède de plus précieux : ses larmes et le parfum d'un amour qui se fait adoration et jubilation silencieuse.
Face à Jésus, le pharisien trône en juge ; la femme, abaissée se laisse reconnaître et juger dans sa vérité misérable. C'est en elle que devient visible ce que Jésus appelle la foi. Une foi qui restaure l'intégrité originelle.
C'est à cause de cette femme sans non que le miracle du pardon éclate.

Quelle antinomie secrète sépare ces deux personnages ?
Le regard du pharisien sur la femme dévoile une double violence.

D'abord il s'agit d'une femme. Pour Simon, elle est par définition une éternelle mineure, au niveau intellectuel, social, économique, juridique et religieux. En tout, elle dépend du monde des hommes. Même si économiquement elle subvient peut-être à ses propres besoins, sa parole n'ajoutera jamais rien à ce que les hommes ont et sont. Lui adresser la parole c'est perdre son temps.

Mais, à la tare d'être une femme, s'ajoute aux yeux de Simon encore une autre, pire que la première : au lieu de se soumettre silencieusement et servilement aux hommes, à la Loi de Moïse et ainsi à Dieu, cette femme, qui entre dans sa maison sans être invitée, est une insoumise. Pécheresse publique, elle s'insurge à la fois contre Dieu et contre les hommes. Elle est dangereuse : son impureté se communique. A son contact le pur se souille et devient inapte au service de Dieu. Pour Simon, elle est définitivement exclue de la communauté de ceux que Dieu peut considérer comme les siens.
Le regard du pharisien l'enferme et la rejette doublement et définitivement : elle est une femme et elle est pécheresse.

Il a fallu des siècles avant que les lecteurs et les lectrices de l'Evangile ne se rendent compte de la violence contenue dans ce double enfermement.

Aussi longtemps que les sociétés ne reconnaissaient aux femmes aucune place publique, et aucune égalité dans les différentes dimensions de la vie de la Cité, le fait d'être femme était suffisant pour être tenu à l'écart aussi dans l'Eglise, dans les Eglises. D'ailleurs, aujourd'hui même, dans bien des cas la question est posée.

C'est sur le mode de cet enfermement dans la catégorie " femme " qu'il faut comprendre le second jugement " pécheresse ". Tout comme l'intruse ne peut se défaire de son état de femme, elle ne peut pour le pharisien, quitter son état de pécheresse. Elle l'est et elle le restera. Pour elle, pas de pardon possible. A la négation de la femme par l'homme s'ajoute la négation de l'injuste par l'homme juste, négation de l'impure par celui qui rituellement est pur.
Cette violence du pharisien n'est pas apparente: il croit que la différence des corps équivaut de fait à une différence de dignité devant le Créateur ; il croit que la différence devant les prescriptions de la Loi de Moïse équivaut de fait au Jugement de Dieu. Subtilement cachée dans sa foi, la violence du pharisien se présente comme un ordre éternel. Et c'est cela la troisième violence : un enfermement de Dieu. Il est prié de respecter les règles religieuses posées en son honneur. Sa sollicitude ne doit pas déborder le cadre de la Loi.

Lésée dans sa dignité, lésée dans sa vérité par le regard de Simon, la femme n'a rien à espérer. Mais Dieu non plus. Sauf si Jésus parvient à le détacher de la fixation religieuse.

Simon ne chasse pas la femme de sa maison. Il se sert d'elle pour examiner son hôte. Comment Jésus va-t-il réagir ? La réprimander ? La congédier ? Sa réaction lui permettra de mieux savoir qui est en face de lui. D'ailleurs le jugement du pharisien à l'égard de Jésus ne tarde pas à venir : cet homme ne peut pas être un prophète ni parler de la part de Dieu puisqu'il ne discerne même pas dans le comportement obscène de cette étrangère la contagion rituelle qu'il contracte.

C'est dans le fracas muet de ces jugements qui séparent et divisent que Jésus prend la parole. L'histoire qu'il raconte ouvre soudainement une porte invisible par laquelle entre une nouvelle lumière. S'il s'agit de faire les comptes de sa vie aujourd'hui même, tous et toutes sont des débiteurs. A quoi, bon s'attarder devant la comparaison de dettes à valeur inégale, puisque personne n'a de quoi rembourser ? C'est la grâce qui fait vivre, non la Loi.

Et cette grâce s'atteste aujourd'hui. Ce que la parabole indique sur le mode narratif, Jésus le réalise dans la maison de Simon. La rémission réelle des péchés réels est comme une théophanie : ébranlement de toutes les certitudes, lumière fulgurante qui manifeste Dieu ; parole qui crée un nouveau commencement où Dieu se révèle guérissant les blessures de l'amour.

La rémission réelle des péchés réels dans la parole du Christ met une croix définitive sur le temps des spéculations : quand est-ce que je serais prêt pour me présenter devant Dieu ? A quelle condition me pardonnera-t-il ?
Dieu est présent, en Christ, dans nos maisons, à notre table, dans nos rencontres. Et son jugement est effectif dès aujourd'hui : Tous tes péchés sont pardonnés.

Le pharisien, un homme qui a tout ; un homme sans manques ni désirs profonds. Il représente la part d'humanité qui vit refermée sur son savoir et sa puissance, tellement satisfaite d'elle-même qu'elle ne peut pas en sortir.
La femme, elle, n'a rien ; rien que son tort et la reconnaissance de ce tort, convertie en geste de service et de louange.
Face au Christ, c'est elle qui reconnaît la première que nous sommes visités par " l'astre levant venu d'en-haut ". Par elle nous pressentons que pour Dieu, il n'est jamais trop tard ; pour lui, personne n'est exclu du rayonnement de la grâce.

Jésus renverse la logique de la violence qui au nom de Dieu, tenait captive et le pharisien et la femme. A l'un et à l'autre il offre la possibilité de quitter la haine secrète de la vie.
Et toi ? pharisien ou femme pécheresse, l'entendras-tu? " Tous tes péchés sont pardonnés; va en paix, ta foi t'a sauvé ! "
Amen.

MUSIQUE : Haendel - " Orgue et hautbois " - Allegro - plage 15

Agnès : Nous pouvons confesser ensemble la foi des chrétiens telle qu'elle a été formulée suite aux premiers grands conciles de notre ère :

Renaud : Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout puissant,
Créateur du ciel et de la terre,
De toutes choses visibles et invisibles.

Nicole : Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles,
Dieu de Dieu, lumière de lumière,
vrai Dieu de vrai Dieu,
engendré et non créé,
d'une même nature que le Père et par qui tout a été fait ;
qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux,
s'est incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme.
Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il a souffert et il a été mis au tombeau.
Il est ressuscité des morts le troisième jour, conformément aux Ecritures ;
il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père.
De là il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n'aura pas de fin.

Renaud : Nous croyons en l'Esprit-Saint, qui règne et donne la vie,
qui procède du Père et du Fils,
qui a parlé par les prophètes
qui, avec le Père et avec le Fils est adoré et glorifié.
Nous croyons l'Eglise une, sainte, universelle et apostolique.
Nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés ;
nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen

MUSIQUE : Bach - Sinfonia en si mineur - " Orgue et hautbois " - plage 4

Renaud : Quarante jours avant Pâques. Quarante jours pour marcher avec le Christ et apprendre de lui les chemins de la foi.

Agnès : 0 Christ,
viens dans nos maisons et à nos tables.
En toi nous voulons accueillir une parole qui guérit,
Mais il nous est difficile de discerner les faces cachées de la violence.
Nous en sommes à la fois victimes et auteurs.

Viens dans nos maisons, et viens à nos tables
Pour que nous n'oubliions pas de renoncer à la violence,
Celle qui s'exerce contre toi
Comme celle qui écrase nos frères et nos sœurs.

Permets-nous de reconnaître en toi toute la plénitude de Dieu ;
Permets-nous de retrouver les gestes audacieux de l'accueil,
Dans nos maisons, à nos tables, dans les Eglises et dans notre pays ;
Les gestes audacieux de l'amour. Amen.

MUSIQUE : Bach - Sinfonia en si mineur - " Orgue et hautbois " - plage 4

MEDITATIONS RADIODIFFUSEES
France Culture Dimanche 8h30
Minitel 3615 Code France Culture


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