Appel de la Commission nationale "Justice et Aumônerie des Prisons" de la FPF aux citoyens et aux Eglises

Auteur(s) : COMMISSION NATIONALE JUSTICE ET AUMONERIE DES PRISONS;FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;

Un constat

Le débat actuel sur l'état des prisons françaises soulevé par le livre du Dr Vasseur, médecin-chef de la maison d'arrêt de La Santé, a permis l'ouverture des établissements pénitentiaires aux enquêtes, visites, reportages nombreux de la presse audiovisuelle et écrite, ainsi que la création de deux Commissions d¹enquête parlementaires, de l'Assemblée Nationale et du Sénat. Celles-ci ont rendu leurs rapports qui conduiront rapidement, nous l'espérons, à la présentation d'un grand projet de loi pénitentiaire annoncé par le Garde des Sceaux et le Premier Ministre, il y a peu.

Une cohérence indispensable

Trois têtes de chapitres de ce projet rejoignent les préoccupations des 235 aumôniers protestants qui travaillent en votre nom dans nos prisons françaises :
1) l'amélioration des conditions de détention,
2) la formation et la situation des personnels de l¹administration pénitentiaire,
3) un contrôle extérieur sur les prisons et la création d'un médiateur.

Il nous paraît indispensable que ce projet de loi fasse bientôt l'objet d'une concertation large et approfondie afin qu'il soit présenté rapidement au Parlement qui devra accorder au Ministère de la Justice les moyens de cette nouvelle politique pénitentiaire. Au nom de la Fédération Protestante de France, nous avons saisi le Gouvernement et avons demandé, sans attendre que cette loi soit adoptée et mise en oeuvre, que le budget 2001 intègre les besoins urgents en moyens matériels et humains pour améliorer dès maintenant les conditions de détention et le fonctionnement des prisons. Dans sa réponse, le Premier Ministre nous a laissés espérer un effort significatif de la part de l'Etat dans le sens de ce que nous demandions.

Une situation intolérable

Nos prisons en effet sont surpeuplées, parfois au-delà de l'admissible. Le recours trop systématique à la détention provisoire pour les prévenus et à l'emprisonnement pour les condamnés, ainsi que l'allongement de la durée des peines en sont les raisons principales. En outre, de plus en plus de personnes en prison ne devraient pas s'y trouver (malades mentaux, personnes âgées, étrangers en situation irrégulière). Par ailleurs, l¹augmentation de certaines formes nouvelles de délinquance (trafic de drogue, délinquance sexuelle, délinquance juvénile, violences urbaines) inquiètent beaucoup d¹entre nous et favorisent le sentiment confus d¹insécurité.

Dans ce contexte, la surcharge des prisons a pour premier effet de créer au sein des établissements pénitentiaires un climat de plus en plus violent, imprévisible et difficile à gérer tant pour les personnels que pour les intervenants extérieurs, dont les aumôniers.

Des mesures alternatives

Nous pensons que la prison n¹est pas le remède absolu à ce mal-être social et qu'il sera vain d¹envisager la multiplication du nombre de places en détention. S¹il est utopique de faire disparaître l¹univers carcéral, nous croyons qu'il est toutefois possible de multiplier les mesures alternatives à l'incarcération et les mesures d'aménagement de la peine. Le travail d'intérêt général, le sursis avec mise à l'épreuve, l'ajournement du prononcé de la peine avec obligation de réparer les dommages faits à la victime, la semi-liberté, la liberté conditionnelle, la surveillance à distance avec bracelet électronique sont des mesures à développer. Encore faudrait-il y sensibiliser les magistrats, y consacrer davantage de moyens en postes d'éducateurs et de travailleurs sociaux et impliquer davantage les collectivités locales et les associations aux mesures de réparation.

La prison : un aveu d¹impuissance

Car la prison est, au plan social, l'aveu d¹impuissance d'une société qui n'a pas toujours le courage de poser les questions de délinquance en termes de prévention, d'accompagnement et de soutien des victimes, d'écoute des détenus et de leurs familles, de réinsertion des sortants de prison.
Dans ce domaine, presque tout reste à faire, malgré les efforts de l¹administration et les actions nombreuses et exemplaires menées, tant par le milieu associatif que par certaines de nos églises locales.

C¹est l'affaire de tous les citoyens que nous sommes et de nos Eglises !

Appel aux membres des Eglises

o C'est pourquoi nous appelons chacun de vous, membres des diverses Eglises de la FPF, à entrer ­avec la confiance et l'expérience qui sont en Jésus-Christ­ dans le débat et l'action pour répondre à l¹appel des délinquants comme des victimes.
o Dans les Eglises proches d'un établissement pénitentiaire : constituez des équipes de réflexion sur les problèmes de justice et de prison pour soutenir le ministère des aumôniers en place et lancez des actions diaconales en faveur des détenus et de leurs familles, en faveur des sortants de prison - sans négliger les victimes, dont on oublie trop souvent la souffrance et l'angoisse.
o Place à l¹imagination pour favoriser aussi le travail de prévention indispensable à l'amélioration du climat social !

Les aumôniers de prison ont besoin de votre appui, de votre soutien matériel et financier, et de votre prière.
Ils sont à votre disposition pour participer à votre réflexion et vous aider dans votre action.

La Commission Justice et Aumônerie des Prisons
de la Fédération Protestante de France

47 rue de Clichy ­ 75311 PARIS Cedex 09
Tél. 01 44 53 47 09 ­ Fax 01 45 26 35 58
E-mail : fpf.prisons@protestants.org

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : janvier 2001

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