Violence à l'école : pour une mobilisation de l'ensemble de la Société

Auteur(s) : FEDERATION PROTESTANTE DE L'ENSEIGNEMENT ; FPE

La société civile reparle de la violence à l'école et formule des propositions pour y faire face et l'enrayer. Le sujet n'est pas nouveau mais l'approche de ce sujet s'est modifiée : le ministre de l'Éducation appelle à une mobilisation de l'ensemble de la société et non plus seulement des acteurs de l'école.

Malgré colloques, groupes de réflexion, formations... les enseignants et les personnels de l'éducation se sentaient bien isolés jusqu'ici pour lutter contre la violence des jeunes, expression de leur propre mal être, mais aussi du malaise de nombreux adultes. Car c'est à l'école, lieu de vie social des enfants et des adolescents, que s'expriment et éclatent les problèmes dont souffre la société dans son entier (et dont l'Enfant est la première victime) repères multiples et contradictoires, individualisme excessif au détriment du collectif, zones de non-droit dans certains espaces des villes, non respect des règles, société à vitesses et langages différents, normes confuses ou individualisées (confusion entre légal et illégal, entre bien et mal), communication verbale difficile entre groupes sociaux, décalage entre les modèles culturels défendus par l'école (travail, effort, vivre ensemble, apprentissage de l'attente, tolérance à la frustration... ) et ceux véhiculés par la société médiatico-économique que chacun met en pratique au quotidien (immédiateté, individualisme, refus de l'effort...).
Le ministre de l'Éducation a raison d'insister sur le lien indispensable entre école et famille, école et société. L'éducation ne saurait être découpée en séquences indépendantes les unes des autres. La même loi doit être dite par tous et pour tous. Cette transmission d'une loi commune est fondamentale pour développer chez les enfants et les adolescents les sentiments de continuité, de sécurité, de justice si nécessaires à leur construction personnelle et sociale. L'école ne saurait être un lieu ou on essaye d'imposer par la raison une loi, quand tout autour règne une zone de non droit.
A l'inverse l'école ne peut être un lieu où régnerait l'impunité, l'arbitraire et où la loi de la République ne serait pas appliquée. Il est à souhaiter que l'opinion publique ne transforme pas la grande fermeté exprimée par le ministre en demande répressive; demande qui, poussée à l'extrême, pourrait conduire l'institution scolaire à se décharger des actes de violence commis à l'intérieur des établissements sur la police.
Les cours d'éducation civique et morale théoriques sont certes utiles, mais ils seront inefficaces sans une réflexion régulière et en profondeur, concernant toute la communauté éducative, sur le sens de la loi en vue de faire changer les comportements (comportements individuels, collectifs, institutionnels...) qui rendent difficile la vie ensemble.
Il est réjouissant que les IUFM proposent des formations pratiques aux enseignants pour leur permettre d'acquérir des savoir faire afin de gérer les conflits et la violence dans les établissements scolaires. Mais il serait illusoire de se décharger sur " les adultes relais " pour assurer le lien entre la ville et l'école, entre l'intérieur et l'extérieur car la campagne de lutte contre la violence ne pourra être gagnée sans la cohérence et la cohésion du monde des adultes, quels que soient les milieux.
Nous sommes interpellés par cette question. La Fédération Protestante de l'Enseignement (FPE) a en 1997 organisé son congrès annuel sur le thème de la violence. " Vaincre sa peur, être acteurs de paix, une éthique pour vivre ensemble " congrès organisé avec la Société des Ecoles du Dimanche et l'Association pour l' Eveil à la Responsabilité à l' École (AERE). Les textes des interventions ont été publiés dans la revue de la FPE, " Foi et Éducation n° 99 ". La même année la FPE a organisé, avec les enseignants catholiques du réseau " Chrétiens - École laïque ", un colloque à Evry en abordant la question de la violence sous l'angle de la citoyenneté: " Ensemble - Apprendre et Vivre - une école de la citoyenneté". La FPE poursuit sa réflexion sur la loi symbolique et cherche des leviers pour désamorcer la spirale de la violence. Elle invite à son prochain congrès qui se tiendra du 16 au 21 juillet 2000 en Côte-d' Or sur le thème "Du zappeur à l'acteur-éveiller et s'éveiller à la motivation. "
Aider l'enfant à devenir acteur de sa vie et non à la subir est une des nombreuses pistes pour lutter en profondeur contre la violence.

Pour tout renseignement - Fédération Protestante de l'Enseignement (FPE) 47, rue de Clichy - 75311 Paris cedex 09).

Tél : 04 73 92 93 39 (Anne-Marie Boyer) ou 01 39 60 02 31 (Edith Tartar Goddet)

Bip 1490

Source(s) : BIP
Date de parution : 1-15 février 2000