60ème Anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe

Auteur(s) : KEK;CONFERENCE DES EGLISES EUROPEENNES;CLEMENTS Keith

Message adressé aux Eglises membres de la KEK

Chers Ami-e-s, Le Présidium de la Conférence des Eglises européennes (KEK), réuni à Västeras, en Suède, du 6 au 10 avril 2005, est attentif au fait que d'ici un mois, le 8 mai, sera célébré le 60ème anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe. Nous lançons un appel aux Eglises, populations et gouvernements d'Europe pour prêter une attention spéciale à cette commémoration et réfléchir sérieusement à sa signification.

Le 8 mai, nous nous souviendrons comment 60 ans plus tôt, l'Europe a été délivrée d'une guerre ayant atteint un degré de carnage et de destruction jusqu'alors inégalé. Chez beaucoup d'entre nous des sentiments de gratitude pour la victoire et la libération de l'occupation et de l'oppression seront ranimés. D'autres se souviendront de l'humiliation de la défaite, de la trahison de leaders sans scrupules ayant attiré le carnage sur leur propre peuple et sur d'autres. Pour nous tous, malgré le temps qui passe, il n'est jamais trop tard pour nous rappeler que ce furent ces impulsions de domination, de militarisme et de racisme qui ont conduit l'Europe au désastre, et prendre conscience qu'il ne faut plus jamais autoriser ces fausses divinités à séduire à nouveau l'esprit des Européens, quels qu'ils soient.

Toute évocation de la Seconde Guerre mondiale dans son ensemble nous rappelle inévitablement les nombreux actes effroyables perpétrés et endurés par toutes les parties. Comme dans les nombreuses guerres qui ont eu lieu par le passé et qui éclatent encore de nos jours, c’est la population civile qui a le plus souffert. Nous dédions aux millions de victimes en Europe de la guerre 1939-45 nos prières, au nom de la mémoire et de notre engagement en faveur d'un monde dans lequel "... on ne brandira plus l'épée nation contre nation, on n'apprendra plus à se battre." (Isaïe 2.4).

Encouragés par cette parole prophétique, nous devons aussi parler de gratitude et d'espoir. Souvenons-nous de ceux qui ont résisté face à la tyrannie et au mal, jusqu’à mourir pour l’avènement d’un nouvel ordre de justice et de paix.

C’est ainsi que, réunis à Västeras cette semaine, nous célébrons un autre 60ème anniversaire: c'est un 9 avril qu'est décédé le pasteur Dietrich Bonhoeffer, exécuté pour sa participation à la résistance contre Adolf Hitler. Nous nous souvenons de ces dernières paroles, un message adressé à son ami anglais l'Evêque George Bell: “Dites lui, qu'avec lui, je crois en la réalité de la fraternité chrétienne internationale qui s'élève au-dessus de tous les intérêts nationaux et des conflits et que notre victoire est certaine." De telles paroles empreintes de foi représentent l'héritage le plus précieux et le défi le plus grand que nous ont laissés ceux qui, avant nous, ont témoigné.

Nous remercions Dieu pour les leçons qui ont été tirées de l'anéantissement et du carnage dans lesquels l'Europe a sombré, pour les visions nouvelles qui ont été perçues et les initiatives prises en faveur d'un nouvel ordre de vie pour les peuples et les nations. Nous saluons et affirmons chaque effort déployé et chaque étape franchie dans le sens d'une réconciliation en Europe après la guerre - qu'ils soient le fait de gouvernements, d'organisations ou d'individus œuvrant pour la paix et le respect des droits de la personne humaine, ou encore des Eglises qui n'ont pas été en reste dans ce domaine. Nous reconnaissons que la fin de la Seconde guerre mondiale n'a pas en soi comblé tous les espoirs de paix mais a, en réalité, débouché sur une nouvelle ère de division et de confrontation entre l'Est et l'Ouest. Cependant, nous nous réjouissons de l'opportunité offerte aujourd'hui à l'Europe - pour la première fois depuis des siècles - de devenir une communauté de peuples fondée sur des valeurs telles que la confiance, la coopération et l'interdépendance.

Nous affirmons le rôle que les institutions européennes jouent dans ce processus continu, notamment l'Union européenne, le Conseil de l'Europe et l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. Il importe de se souvenir que la vision fondatrice de l’UE consistait à faire en sorte qu’à l’avenir une autre guerre entre nations devienne impossible, en rendant ces dernières économiquement interdépendantes et en adoptant des standards communs au niveau de la vie publique. Nous nous félicitons plus particulièrement de la reprise dans le projet de texte de la Constitution de l'UE des valeurs fondamentales de respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, de l'égalité, de l'Etat de droit et des droits de la personne humaine, dans un souci de promouvoir la paix et de lutter contre l'exclusion sociale et la discrimination. En même temps, nous espérons que toutes les institutions européennes s'attacheront davantage, à l'avenir, à trouver des moyens de garantir la sécurité ne dépendant pas exclusivement des capacités militaires mais favorisant la prévention des conflits et la résolution non-violente de ces derniers.

Par ailleurs, nous devons insister sur le fait que les institutions ne réaliseront les objectifs qu'elles se sont fixés que si elles s'engagent réellement à mettre en œuvre les idéaux ayant présidé à leur création et que, à la lumière de ces idéaux, les peuples d'Europe demandent des comptes à la fois à leur gouvernement et à leurs institutions. L'Europe a besoin d'un mouvement en faveur de la paix, de la dignité humaine, de la solidarité et de la justice. Ce sont des valeurs qui à nos yeux de chrétiens sont enracinées dans l'Evangile du Christ et ne peuvent être alimentées que par une foi vivace et un engagement profond. Pour assurer leur promotion les Eglises ont donc un rôle vital à jouer, non seulement en proclamant mais en démontrant dans leur propre vie "... comment trouver la paix...!" (Luc 19.41). Les progrès vers une plus grande paix en Europe et dans le monde ne sont pas automatiques. Ils doivent être entrepris sans relâche.

Considérons donc le 60ème anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe comme une occasion de prière renouvelée et d'engagement actif pour la cause de la paix et de la justice en Europe et dans le monde entier.

Au nom du Présidium de la KEK,
Uni à vous en Christ,
Pasteur Dr. Keith Clements, Secrétaire général

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 10 avril 2005