Ethique de principes, éthique de situations

Auteur(s) : DUMAS André;

Par le pasteur André Dumas
Source : Echanges, mensuel réformé régional, Février 1992

Il est deux façons de faire de la morale : partir de principes objectifs, universels, inchangeables ou partir de situations subjectives, particulières, variables. Chacune de ces approches a ses avantages comme ses inconvénients. J’aimerais vous les exposer honnêtement et brièvement. Une éthique de principes rappelle à chaque conscience l’exigence la meilleure dans l’absolu. Elle ne varie pas selon les temps et les lieux, selon les découvertes scientifiques, les données démographiques et les sondages d’opinion publique. Elle tient à des valeurs essentielles et elle s’emploie à en maintenir la vérité contre vents et marées. Mais une éthique de principes risque facilement de devenir abstraite, ce qui veut dire humainement sans écoute, sans miséricorde, sans soutien. Elle devient alors une sorte de loi, qui fait mourir de culpabilité et de solitude plus qu’elle n’aide véritablement à faire vivre.

Une morale de principes peut aussi devenir une source de démoralisation, quand l’on sait que ces principes ne sont pas réellement vécus et que la morale se contente alors de réaffirmer justement des principes qui ne convainquent pas. On en vient à se demander si cette morale s’attache à des valeurs véritables, à tout le moins si elle sait bien les formuler.

Au contraire, une morale de situations écoute chaque cas particulier, comprend les raisons, devine les motivations, accompagne les désirs. Mais elle les accompagne tellement qu’on peut se demander si elle est encore une morale au sens d’exigence, de responsabilité, du même coup de promesses, ou si elle n’est pas seulement le constat de l’évolution des mœurs. Par peur de se présenter comme une loi, elle risque d’engendrer une nouvelle sorte de solitude, celle où chacun est laissé seul avec ses propres réactions, sans que sa conduite n’engage ni bien, ni mal.

Dans ce cas, les morales de situation peuvent elles aussi êtres démoralisantes, en faisant comme si l’évolution des techniques et des mœurs supprimait désormais le choix moral, comme si les solutions étaient devenues simples, dans la mesure où nous savons intervenir dans des processus largement intouchés autrefois, faute de compétence et par crainte d’un sacré diffus.

Il me semble que la véritable morale n’est ni de principes seulement abstraits, ni de situations seulement décrites, mais de conflits. Il y a question morale quand des valeurs aussi respectables les unes que les autres entrent en conflit. On ne peut pas alors ni se retrancher derrière des principes, ni laisser aller toutes les situations.

Source(s) : ECHANGES;
Date de parution : février 1992