Pour s'y retrouver dans les Accords avec les anglicans

Auteur(s) : DAUDE Gill;

C'est presque devenu une valse : Porvoo, Meissen, Reuilly, voilà pour les relations anglicans-protestants d'Europe ; ARCIC I, ARCIC II, ARCIC III, voilà pour les relations Anglicans-Catholiques.

Au moment où 4 Eglises luthéro-réformées françaises signent un accord de communion avec les Eglises anglicanes de Grande Bretagne et d'Irlande (26 juin à Canterbury, 1er juillet à Paris), essayons de nous y retrouver dans la forêt des accords ecclésiaux.
Cette forêt n'est pas vraiment vierge ! Est-il nécessaire de rappeler que les Anglicans se sont engagés dès les origines dans le mouvement oecuménique ?
Déjà en 1888, ils proposaient une unité de toutes les Eglises autour de 4 points : les Ecritures, les confessions de foi anciennes, les sacrements et épiscopat. Avec les Anglicans, l'unité est en marche depuis longtemps ! Et depuis longtemps aussi, elle ne signifie pas uniformité mais reconnaissance mutuelle comme étant chacun pleinement l'Eglise de Jésus-Christ.
Ces accords ne sortent donc pas du chapeau des théologiens-magiciens, ils sont le fruit d'années de dialogue qui cherchent à tenir ensemble fidélité à l'évangile et avancement vers des marques visibles de l'unité de l'Eglise. Au plan international d'abord : dialogues entre Anglicans et Fédération Luthérienne mondiale depuis 1972, et Alliance réformée mondiale depuis 1981. Et depuis quelques années, ils se traduisent au plan " local ", c'est-à-dire dans diverses régions du monde. Ainsi, des accords luthériens-épiscopaliens (anglican américains) sont signés en Amérique, ouvrant la pleine communion et l'échange des ministères (et participation réciproque aux ordinations) entre ces deux Eglises.
Depuis 1982, les rapports de la commission internationale anglicane-catholique (ARCIC) se succèdent aussi : la doctrine eucharistique, ministère et ordination, le Salut et l'Eglise, l'Eglise comme communion, l'autorité dans l'Eglise (Publication de ces dialogues au cerf).

PORVOO (1992) : d'accord sur tout !

L'affirmation commune de Porvoo fut approuvée à Järvenpää (Finlande) en 1992 et ratifiée par chacune des Eglises Anglicanes Britanniques et Irlandaises d'un côté, Luthériennes Nordiques et Baltes de l'autre (Danemark, Angleterre, Irlande, Norvège, Suède, Pays de Galle, Ecosse, Estonie, Finlande, Islande, Lettonie, Lituanie).
Elle est caractérisée par l'accueil mutuel à l'eucharistie, l'accueil des membres respectifs des Eglises mais surtout par la reconnaissance et l'échange mutuel des ministres (évêques, prêtres et diacres), la participation aux ordinations des autres Eglises (notamment épiscopales), et des consultations conciliaires communes sur les sujets touchant à la foi et la constitution de l'Eglise. Mais ce n'est pas une fin en soi, dit l'accord, il s'agit pour ces Eglises de toujours plus concrétiser, vivre et élargir cette pleine communion. La particularité de Porvoo, c'est qu'il est signé par des Eglises qui ont en commun un ministère épiscopal et sa succession historique (épiscopè, supervision pastorale au niveau local et supra-local). Il n'est qu'un signe de la succession apostolique de toute l'Eglise, mais un signe assez fort pour être nécessaire au témoignage et à la sauvegarde de l'unité et de l'apostolicité de l'Eglise.

MEISSEN (1988) : d'accord sur presque tout !

Cet Accord entre Anglicans britanniques et Protestants allemands (Luthériens, Réformés et unis de l'Est et de l'Ouest) avait conduit à l'hospitalité eucharistique réciproque et à la reconnaissance des ministères mais restait en retrait sur l'échange des ministères et la succession apostolique. En effet, pour les anglicans, il fallait une étape supplémentaire pour arriver à une totale " réconciliation des Eglises et des ministères " : la pleine unité visible incluait pour eux la succession historique de l'épiscopat. Cette étape, franchie à Porvoo, ne l'était pas à Meissen car le protestantisme allemand ne s'y reconnaissait pas.

Cependant la succession apostolique était pour tous le retour constant au témoignage apostolique par tous les croyants, le ministère ordonné en témoignait et en était un point de focalisation. L'accord était donc assez fort pour admettre une hospitalité réciproque à la cène et une reconnaissance mutuelle des ministères.

REUILLY (2000) : d'accord sur presque-presque tout !

Les Eglises Protestantes Françaises auraient pu s'associer aux Allemands et simplement signer l'accord de " Meissen ". Mais les situations sociologiques des deux protestantismes sont tellement différentes qu'il valait mieux dans un premier temps traduire cette communion de manière spécifique.
Il a donc fallu surmonter les disparités sociologiques entre Anglicans britanniques/irlandais et luthéro-réformés français, ainsi que la disparité théologique avec des Eglises Anglicanes pour qui la question des ministères et la succession épiscopale sont essentielles. Même si chacune de nos Eglises se reconnaît maintenant un ministère épiscopal (dans ses formes personnelle, collégiale et communautaire), elles butent sur l'exercice du ministère épiscopal historique et sa succession auxquels tiennent les anglicans.
Ce travail qui reste à faire n'hypothèque cependant pas toute la reconnaissance acquise. Sur tout le reste, on est d'accord (* Même si on le formule différemment!). Et tout cela a été ratifié et validé par chacune des Eglises concernées. Prédication, sacrements, accueil de nos membres respectifs... on peut vivre ainsi des cultes communs avec participations des ministres, des échanges de services pastoraux, des jumelages, des échanges, des services communs, et toute activité qui peut resserrer les liens de communion.
Même si pour l'instant, la reconnaissance mutuelle de nos ministères dans chacune de nos traditions n'entraîne pas pour les Anglicans leur interchangeabilité, avec cet accord, un pas décisif est franchi.

DES POINTS DE DEPARTS

Depuis 1989, les relations et les échanges entre les peuples ont eu pour corollaire la précipitation des accords entre Eglises. Accords théologiques mais aussi accords pratiques : voir par exemple la Charte Oecuménique signée par la majorité des Eglises chrétiennes de la grande Europe.
Tous sont des points de départ et non des lignes d'arrivée. Il faut maintenant travailler plus globalement au plan européen pour aboutir, c'est possible, à un accord paneuropéen incluant dans un premier temps les Eglises anglicanes, luthériennes, réformées et méthodistes, suggère le professeur Birmelé (La communion ecclésiale, Cerf et Labor et Fides - une mine de renseignements). Il reste aussi à concrétiser cela au plan local. Tout reste à vivre !
Mais la grande avancée, c'est que chacun reconnaît l'autre avec ses propres formulations de foi et son propre vécu ecclésial comme une légitime et pleine expression de l'Eglise de Jésus-Christ.

Gill DAUDE, responsable du Service des Relations oecuméniques de la Fédération protestante de France
In Bulletin d'¹information protestant n°1519 - 15-30 juin 2001

Source(s) : BIP;BULLETIN D'INFORMATION PROTESTANT;
Date de parution : 15 juin 2001