Cette semaine nous prions pour:

Stuttgart 2007 - Ensemble pour l'Europe - Paris, 12 mai 2007

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Ils étaient unis... et ils étaient estimés par tout le monde, nous dit le livre des Actes (2,44-47).

En reprenant le livre des Actes des apôtres, je retrouve un peu ce que nous vivons aujourd'hui dans la dynamique « Ensemble pour l’Europe » et je voudrais vous l'adresser comme un encouragement.

« Dieu n’est pas absent de l’histoire », disait Chiara Lubich en tournant nos yeux sur l’amour de Jésus crucifié et ressuscité.
Et voilà qu’au lendemain de Pentecôte, l'expérience de l'Esprit bouleverse encore la donne dans l’histoire et la communauté des humains. Le St Esprit donne un formidable élan à ces hommes et ces femmes démunis, repliés sur eux-mêmes… il leur donne une manière d’être différente, toute neuve : une unité incroyable, une fraternité puissante qui se traduit par le partage, le rassemblement et la louange commune ; une fraternité si forte qu'elle devient rayonnante (le livre des Actes prend la peine de le mentionner plusieurs fois) !

Vivre ainsi la fraternité sous l'impulsion de l'Esprit Saint, ça change la donne !
D’autant plus qu’il s’agit d’une fraternité inattendue, une fraternité « dépaysée » (pour reprendre le beau mot de Monsieur l’ambassadeur Pavel Fischer), une fraternité qui rassemble l’impossible : des hommes et des femmes, des juifs et des païens, des esclaves et des hommes libres, mais aussi diverses situations de vie, diverses les cultures, etc.

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Je voudrais insister sur quelques éléments qui me paraissent importants.

Le premier, c'est qu'ils ne font qu'un, ils sont unanimes...
Mes amis, nous ne pourrons pas vivre une fraternité rayonnante en Europe (ni dans nos lieux de vie), si nous ne recevons pas le don de l'unité, avec le Christ d’abord et puis entre hommes et femmes, entre esclaves et hommes libres de notre temps, entres diverses cultures, origines, diverses situations sociales, et entre chrétiens bien sûr : entre chrétiens de diverses tendances au sein même de chaque Eglises mais aussi entre chrétiens de diverses confessions.

Je sais bien qu'en France, le gros éléphant qu'est l'Eglise catholique doit tenir compte (et elle fait !) des petites souris que sont les Eglises anglicanes, orthodoxes ou protestantes (et c’est la même chose dans les mouvements ou communautés !). Il n'est pas facile de vivre alors la fraternité sans oublier personne, et à plus forte raison les petits, par le partage, le rassemblement, et la louange commune.

C'est ce que nous faisons modestement aujourd’hui dans quelques villes d'Europe, c'est ce que nous referons, de manière plus institutionnelle, à Sibiu en Septembre en rassemblant des représentants de toutes les Eglises de la grande Europe.

Recevoir le don de l’unité donc, et cela dans l’espace européen. Cet espace nous est donné comme un espace à vivre, c'est-à-dire à remplir de fraternité.

Il n’y a pas d’autres chemins que le don de l’unité pour vivre ce témoignage, accomplir cette mission. C'est à ce prix, au prix de la dynamique du rassemblement, et non au prix de la dénonciation ou de l’ignorance les uns des autres, c’est au prix du partage et de la louange commune (même si cela nous coûte !) que la fraternité devient rayonnante, évangélique au sens premier du terme : porteur de Bonne Nouvelle ! 

L'unité a donc un fondement très précis : l'accueil de l'Esprit Saint et la prédication apostolique ; elle a une traduction très concrète : la fraternité. Et cette fraternité a un contour très ciblé : il s’agit du partage, du rassemblement et de la louange de Dieu ensemble.

Nous n'avons pas autre chose à porter que cette fraternité ainsi fondée, ainsi concrétisée.
Mais elle ne sera crédible que dans la mesure où elle sera réellement vécue ensemble. C’est sans doute cela être ce « peuple prophétique » dont parlait Andrea Riccardi dans son intervention de Stuttgart, ou ce « peuple de guetteurs » comme le disait le P. Quris ici.

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Voilà ce que nous sommes invités à vivre au sein de cette Europe qui se cherche, dont les déchirements ne sont pas loin dans les mémoires, et qui est parfois tentée, comme les premiers disciples, de s'enfermer à clé par peur des autres.

Je n’oublie pas en effet, que l‘Europe a exporté dans le monde entier ses divisions religieuses (et pas seulement religieuses !) qui ont décrédibilisé l’annonce de l’Evangile. Elle a donc une vocation tout particulière dans le travail de réconciliation.

Je n'oublie pas que le mouvement œcuménique, pour une part, est né de l'horreur de deux guerres mondiales, dans le siècle dernier, pourtant entre pays dits chrétiens. Cela a ouvert les yeux des Eglises et les a engagées dans un travail de réconciliation entre elles mais toujours au service de leurs contemporains.

Je n’oublie pas que l'Europe politique aussi est née de cette même prise de conscience au sortir de la seconde guerre mondiale. 

C'est dire qu'entre la dynamique œcuménique, la marche européenne et ce que l’on pourrait appeler la « conscience (ou communion) universelle », il y a plus qu'un parallèle, il y a une véritable synergie, une réelle imbrication.

C’est pourquoi la fraternité chrétienne vécue (reçue !) à fond, cette fraternité fondée dans la communion du Père, du Fils et de l’Esprit (comme le rappelle nos amis orthodoxes à la suite des conciles), cette fraternité-là a une dimension citoyenne qui dépasse les Eglises et qui nous offre de vivre dans la société une unité sans confusion et une diversité sans séparation, ou pour le dire autrement, une fraternité sans pensée ni praxis unique et une diversité sans exclusion. Notre humanisme prend sa source ici.

Chers frères et sœurs, nous sommes donc là pour vivre une fraternité inédite… Non pas pour imposer cette fraternité chrétienne à nos contemporains (une fraternité ne s’impose pas !), mais pour la vivre en toute simplicité et humilité, au milieu d'eux, avec eux, « dans la proximité » comme l’a évoqué l’une des témoins de cet après midi, ...

Conclusion

Alors, vivez cette unité dans l'accueil de l'Esprit Saint et la prédication apostolique. L’Esprit Saint et la Parole : il nous faut les chercher ensemble, les accueillir ensemble, pour qu’ils nous convertissent ensemble… c’est exigeant pour le cœur autant que pour l’intelligence, mais sans cela nous sommes des chrétiens de la division, qui véhiculons un esprit de division, c'est-à-dire, étymologiquement, un esprit diabolique (diabolos = diviseur) ! C’est bien là le drame de notre incapacité à partager ensemble la cène-eucharistie, le repas de la communion où le Christ se rend présent et fait de nous son corps, où il donne corps à la fraternité.

Concrétisez-là déjà, cette unité, dans une fraternité du partage, de l’écoute du dialogue ; dans une fraternité du côte-à-côte plutôt que du face-à-face ou du dos-à-dos ; dans une fraternité de la louange et de l’action de grâce en paroles et en actes.

Demandez vous, dans vos cellules, vos mouvements, vos groupes, vos Eglises, vos instances, comment mieux entrer dans cette fraternité-là. Peut-être alors, les rayons de l'amour de Dieu diffuseront bien au-delà, dans cet espace à vivre qu'est l'Europe.

Permettez-moi de conclure avec Daniel de Moldavie, évêque orthodoxe roumain (l’un des derniers pays entrés dans la communauté européenne) qui a impulsé le thème du rassemblement européen de Sibiu en sept (La lumière du Christ brille pour tous) :

La foi chrétienne exige de la part des chrétiens qu’ils regardent, comprennent et aiment toute la création, toute l’histoire humaine et toute la vie humaine avec les yeux du Christ, avec la pensée du Christ et avec le cœur du Christ.1

Et j’ai envie d’ajouter : et avec la fraternité du Christ.

Pasteur Gill DAUDE
Fédération protestante de France
Service œcuménique
12 Mai 2007

1 Document préparatoire au 3e rassemblement œcuménique européen, Sibiu, 4-8 septembre 2007 « La lumière du Christ brille pour tous, espoir de renouveau et d’unité en Europe ».