Retour à Protestantisme et société

Retour à l'accueil

Devant la mondialisation

Eglise et Société
1.2.2002

La Commission " Eglise et Société " a consacré sa réunion du 26 janvier 2002 à un débat sur la mondialisation.

Elle a d'abord entendu le journaliste Stéphane Lavignotte commenter les vingt interviews réalisées par lui auprès des interlocuteurs les plus divers pour fournir une base à la discussion. Trois de ses membres, Michel Vaquin, Bertrand Vergniol et Jean-François Collange, ont ensuite respectivement rendu compte de la pensée de J.-Y. Calvez (" Changer le capitalisme "), d'Amartya Sen (Un nouveau modèle économique ") et d'Alain Minc (" La mondialisation heureuse "), avant que Jean-Pierre Molina n'apporte au débat les vues d'un théologien protestant.

La discussion qui a suivi a abouti aux observations suivantes.

1) Le débat en cours sur la mondialisation présente deux faiblesses majeures. D'une part, il se complaît souvent dans des condamnations péremptoires de phénomènes qui ne sont pas tous négatifs (cf. l'abaissement des frontières), et dont il est trop facile de faire les boucs émissaires de certaines frustrations (Chr. Seytre). D'autre part, il tend à négliger le rôle que doivent assumer les Etats - y compris dans un contexte de libéralisme économique - et ne veut retenir que l'affrontement, il est vrai parfois spectaculaire, entre multinationales et organisations non gouvernementales (J. Varet).

La réalité est évidemment plus complexe. D'abord, la position des ONG dans le débat n'est pas toujours limpide : dans certains cas, elles servent involontairement les intérêts des grandes entreprises, qui peuvent grâce à elles donner à croire qu'elles se heurtent à une vraie opposition (J.-A. de Clermont). Ensuite, il est clair que l'issue du débat se situera dans le domaine de la " gouvernance ", au niveau des Etats mais surtout à celui des ensembles régionaux ou au contraire sub-étatiques (Fr. Scheer). Ce qui ne signifie nullement que les solutions soient purement politiques, ni que le gouvernement mondial hâtivement préconisé par certains soit à même de réguler le phénomène et d'en prévenir les excès (B. Vergniol).

2) Réguler la mondialisation signifie en premier lieu envisager la possibilité de réformer le système capitaliste dont elle est issue. Mais par où commencer ? Sans doute en s'interrogeant sur son essence même, cette aspiration à l'accumulation que rien, sur le plan éthique, ne justifie. Témoin le droit de l'héritage, qui appelle une triple réflexion politique, économique et éthique (O. Maes). Témoin la recherche du profit par la délocalisation, phénomène qui n'est assurément pas récent mais dont les conséquences sociales ne peuvent laisser indifférent. Témoin la rémunération du capital : Calvin l'a admise, mais sommes-nous tenus de le suivre ? La question mérite d'être posée, et étudiée (J.-F. Collange).

3) L'espérance que porte en lui le christianisme ne se reconnaît pas dans la mondialisation, qui engendre l'exclusion. Faut-il alors la déclarer perverse et lui tourner le dos, au risque de céder à ce " désenchantement programmé " (Jean-Pierre Molina) que certains reprochent au protestantisme ? Certainement pas. Il importe au contraire d'adopter une triple démarche : une contestation " prophétique " des excès reconnus de la mondialisation, accompagnée d'une analyse précise de son contenu, de ce qui s'y trouve d'inéluctable et de ce qui au contraire est maîtrisable, et d'une réflexion approfondie sur les remèdes à lui apporter(J.-F. Collange).

4) La Fédération, ou telle ou telle des entités qui la composent, sont-elles aptes par elles-mêmes à mener à son terme un débat d'une telle ampleur ? On peut en douter, car leurs analyses apparaîtront toujours insuffisantes. Mais c'est aux Eglises qu'il revient de dire ce qui est injuste et inacceptable (B. Vergniol), et c'est à elles qu'il appartient d'interroger les économistes, et de prendre en compte - comme l'a fait Eglise et Société - les vues des divers protagonistes de la mondialisation, ceux qui en bénéficient, ceux qui en souffrent, ceux qui l'observent.

En approfondissant sa réflexion sur la mondialisation, la Commission ne cherchera pas seulement à définir une position solidement argumentée sur un problème complexe, en vue de soumettre cette position au Conseil de la Fédération. Son espoir sera également de contribuer à une meilleure compréhension de ce problème par l'opinion publique, quitte à dénoncer au passage un certain nombre d'idées reçues (par exemple la montée en puissance, naguère présentée comme inéluctable en raison de la mondialisation, des sociétés de haute technologie). L'essentiel - qui pourrait constituer la conclusion du colloque en projet - sera de délivrer, face à une mondialisation qui ne relève que partiellement du cours naturel de l'évolution économique, un message clair, irrécusable, de sérénité et d'espérance (L. Schweitzer).