L'école entre l'exclusion et le partage

Auteur(s) : FEDERATION PROTESTANTE DE L'ENSEIGNEMENT;FPE

L'échec scolaire est la première exclusion vécue par l'élève.
Les mécanismes y conduisant sont divers et l'école n'a aucune prise sur eux: pauvreté, chômage, familles désunies et angoissées.
C'est à partir de ces violences vécues au quotidien qu'il faut transmettre, donc partager. Nous ne parlons ici que de la fraction la plus difficile de la jeunesse, celle qui risque de connaître à l'âge adulte l'exclusion sociale ajoutée aux précédentes.

Ce que fait l 'école et ce qu'elle devrait faire

1 - Refuser les logiques sociales en classant prématurément les élèves.
Prendre en compte, non seulement les connaissances abstraites, mais les compétences et les comportements.
Donner importance et dignité à l'enseignement professionnel, technique, à l'expérimentation, à la formation en alternance. Mettre ainsi en valeur la variété des modèles de réussite en proposant des parcours différenciés et des passerelles.
Refuser d'exclure ou d'enfermer dans une structure différente celui qui n'a pas d'aptitude pour les savoirs abstraits. Un élève qui acquiert en classe une image positive de lui-même saura mieux par la suite refuser d'être dévalorisé. Il saura se battre pour sa dignité et en aura la volonté.

2 - Lutter par tous les moyens contre la paresse intellectuelle, l'assimilation mécanique des connaissances, la démission résignée devant la complexité des problèmes.
Retrouver la force de vouloir comprendre, d'analyser personnellement un problème. Une telle attitude peut être génératrice de solutions inédites devant les difficultés de la vie. Elle s'oppose à la passivité, à l'attente de solutions venant de l'extérieur.

3 - Apprendre à s'intégrer dans une classe, dans un établissement, est un gage pour plus tard. Cela veut dire lutter contre sa violence intérieure, reconnaître la place d'autrui dans le groupe, accepter une autorité, se maîtriser.
Ces qualités sont pour certains élèves aujourd'hui inimaginables, ravagés qu'ils sont par leur propre violence.

4 - Vivre dans le cadre des études, un autre temps que le temps émietté de la T.V. ce qui implique de faire des projets, de les conduire à leur terme. "L'éducateur est celui qui tient parole" (Ph. Mérieux). Les jeunes destructurés pourront ainsi connaître, un instant, une plage de cohérence dans leur vie agitée.

5 - La société ne peut se décharger entièrement sur l'école de l'éducation et de la formation. Il faut qu'il y ait des lieux où les jeunes puissent vivre une expérience, prendre des responsabilités en présence d'adultes, hommes et femmes, qui sauront leur parler, agir avec eux, témoigner d'un engagement et de valeurs vécues au quotidien. La société dans son ensemble court un grand risque à perdre le chemin du partage avec sa jeunesse la plus fragile.

Mars 1995

Fédération Protestante de l'Enseignement
47, rue de Clichy 75311 Paris Cedex 09

Source(s) : FEDERATION PROTESTANTE DE L'ENSEIGNEMENT;FPE
Date de parution : mars 1995