« Rendre ce monde habité habitable »

Auteur(s) : ERAL;EGLISE REFORMEE D'ALSACE ET DE LORRAINE;

Message du Synode 18/19 juin 2005 Seebach

Nous prenons conscience…

À la lumière des écrits bibliques commentés tant dans le message du Président du Conseil Synodal que par différents intervenants, nous constatons qu’il n’y a dans la Bible, ni condamnation ni approbation d’aucun système économique, idéologique ou écologique particulier. L’Ecriture elle-même n’en propose pas, sinon par contre des comportements sociaux, économiques et écologiques qui, dictés avant tout par la défense du souffrant, d’où qu’il soit et quelle que soit sa souffrance, n’ont comme unique dessein que l’épanouissement de l’être humain et de la création toute entière, à l’image de celle que Dieu désire dans sa volonté créatrice. Dieu est lui-même justice et donc principe fondateur de celle-ci. Cette justice s’impose à la création entière et l’appelle à devenir elle-même actrice de la justice, pour le bien des humains et leur devenir en harmonie avec la nature. Cette justice se manifeste dans le souci et la recherche de l’équilibre, à établir ou à rétablir, dans les rapports que les humains entretiennent entre eux et dans celui qu’ils entretiennent avec la terre qui les porte, en vue de leur épanouissement respectif. Nous sommes conscients, et nous voulons l’exercer pleinement, de la responsabilité que nous portons quant à l’édification d’un monde plus juste, plus habitable et plus respectueux de la nature. C’est là la vocation que Dieu continue de nous adresser, dans tous les temps et dans tous les lieux où nous vivons, comme Eglise. L’engagement individuel de chacune et de chacun concourt aussi à ce projet.

Nous n’avons donc pas de système économique ou de projet écologique particuliers à proposer ; nous voulons inspirer tout comportement social, économique et environnemental fidèle à la perspective de justice que nous venons d’évoquer, en être partie prenante et agissante. Des différentes options économiques, sociales et écologiques qui sont proposées à notre humanité aujourd’hui, nous voulons tirer d’elles le meilleur pour le bien de la création. Nous prenons conscience de toutes les dérives, de toutes les perversités et de toutes les injustices auxquelles ces systèmes peuvent conduire, et notamment dans l’anéantissement du plus faible, que ce soit dans les rapports que notre humanité entretient entre le Nord et le Sud, mais aussi au plus proche de nous. Nous y reconnaissons parfois nos propres complicités, tacites ou voulues. Nous sommes convaincus que la mondialisation actuelle de notre humanité comporte aussi bien des aspects positifs que négatifs. Nous avons à garder une pleine lucidité et une vigilance attentive pour oser soutenir les aspects positifs et dénoncer les aspects négatifs. Nous voulons ainsi assumer la dimension prophétique qui nous est dévolue, tant dans notre témoignage que dans une parole publique que nous sommes invités à oser. Convaincus de la vocation qui est la nôtre, nous sommes prêts à faire route commune dans leurs engagements et leurs actions avec tous ceux qui, guidés par d’autres convictions, recherchent le même but

Nous nous engageons

Comme chrétiens, nous ne pouvons ni ne voulons faire l’économie de participer au débat permanent que suscite la question de la justice et de la solidarité. Pour être présent de façon active et pertinente dans ce débat nous voulons porter un effort particulier sur la formation des adultes et la catéchèse par

- l’éducation à la solidarité, à l’apprentissage du partage et à un comportement citoyen. Nous nous engageons à persévérer dans l’intercession.

- l’information sur les situations d’injustice de par le monde, à laquelle nous reconnaissons ne pas prêter suffisamment attention. Nous nous engageons à la partager et à la diffuser, non pas dans un seul but médiatique, mais avec la conviction que l’information partagée conduit au partage.

- l’analyse des situations. Devant la complexité des implications économiques et écologiques, lorsque des choix doivent être faits et des décisions prises, nous nous engageons à mieux nous « outiller » pour comprendre et résoudre ces questions.

- l’invitation pressante, par des exemples précis tant en matière économique qu’écologique, à modifier tous les comportements qui portent atteinte à la dignité de l’être humain et de la Création.

Nous agissons

Nous invitons les membres de notre Eglise mais aussi, au-delà d’elle, ceux d’autres Eglises à « puiser » dans les propositions concrètes proposées ci-dessous, afin que ce message que nous leur adressons aujourd’hui, prenne corps et réalité :

En termes économiques :

  • Conseillers presbytéraux et responsables paroissiaux seront vigilants à ce que les choix d’activités paroissiales, les projets, les actions, les animations, les solidarités ne soient pas soumis à la « dictature financière ». Trop souvent, on entend dire « on ne peut pas faire ceci ou cela, parce qu’on n’aura pas les moyens », ou « parce qu’on ne veut pas dépenser autant » ou « parce qu’on ne veut pas se donner les moyens » etc… Les plus beaux projets s’enlisent si on commence par les envisager sous l’angle financier.
  • Les paroisses s’engagent à un effort constant et généreux en faveur de l’aide au développement et de l’éradication de la pauvreté.
  • Les paroisses prendront des parts – même si ce n’est que de façon symbolique – dans « Oikocrédit », banque alternative œcuménique mondiale créée à l’initiative des Eglises. Ces parts ne sont que des prêts, bénéficiaires parfois d’un intérêt (minime) et n’appauvrissent donc pas la paroisse. Oikocrédit France Est est l’association régionale à laquelle on peut s’adresser.
  • Elles organiseront, en s’appuyant sur les moyens que ces associations mettent à leur disposition, des moments d’animation (conférences, rencontres d’informations, publications dans les feuilles paroissiales ou consistoriales) sur la question du commerce équitable et de l’aide au développement au moyen du micro-crédit. Elles s’associeront au dimanche 16 octobre (un autre dimanche peut aussi convenir) que nos Eglises proposent comme jour où une information sur Oikocrédit sera faite.
  • Elles auront le souci tout particulier que la catéchèse paroissiale comporte cet élément d’information sur cette question. Des temps d’éducation à la justice économique, des animations, des jeux de développement auront leur place dans l’enseignement religieux et le catéchisme (notamment pendant les retraites ou camps).
  • Elles auront le même souci dans le cadre de leurs activités en faveur de la jeunesse. Des échanges internationaux entre groupes de jeunes d’Eglise ne sont plus aujourd’hui un exploit inatteignable ! Ils sont formateurs et constituent pour un groupe de jeunes (les adultes peuvent aussi tenter l’expérience !) un remarquable projet sur plusieurs années.
  • Elles seront attentives à ce que les fonds qu’elles peuvent placer par ailleurs sur des produits bancaires le soient sur des fonds éthiques (pas d’investissement dans des usines d’armement, ou employant des enfants). Elles éviteront le comportement d’actionnaires gourmands faisant passer leur intérêt financier avant le souci du développement de l’entreprise au profit de tous.
  • Fêtes et ventes peuvent intégrer des produits issus du marché équitable (café, thé, fruits, cotonnades…). Le cas échéant, elles étudieront toute possibilité de consacrer des bâtiments paroissiaux ne servant plus à leur usage initial, à des fins solidaires : habitat social, maison de rencontre pour chômeurs ou personnes vivant en précarité, maison de retraite ou pour personnes en fin de vie

En terme d’écologie

  • Les paroisses veilleront, en ce qui concerne leur patrimoine immobilier (église/temple, presbytère, immeubles…) :
    • à son isolation ;
    • à l’installation de système de chauffage faisant prioritairement appel à des énergies renouvelables, ou au gaz plutôt qu’au pétrole et à l’électricité. Entretien et réglage réguliers de ces installations sont aussi bénéfiques pour l’environnement ;
    • au choix de matériaux de préférence naturels.
  • Les paroisses qui ont des terres agricoles pourraient les louer, lorsque cela est possible, de préférence à des agriculteurs pratiquant des méthodes bioécologiques. De même des terres non utilisées ou ne se prêtant pas à l’agriculture pourraient être enforestées tout en respectant l’écosystème, ou mieux encore, être consacrées à des jardins familiaux.
  • À l’instar de ce qui est dit concernant la justice économique, les paroisses veilleront à intégrer le respect de l’environnement dans :
    • l’information, sous toutes ses formes (glisser de telles informations dans les annonces du culte, proposer une page « Environnement » dans les publications paroissiales ou consistoriales, organiser des temps de rencontre sur ce thème,…) ;
    • La catéchèse et l’enseignement religieux. Enfants et catéchumènes sont particulièrement sensibles à cette question ;
    • es activités en faveur de la jeunesse ;
    • L’intégration de ce souci dans la réflexion théologique ou biblique.
  • Des actions concrètes seront envisagées, qui constituent des projets tant éducatifs que ludiques :
    • participation au nettoyage d’une forêt, d’une rivière,
    • visite d’une ferme modèle,
    • des « anciens » seraient-ils prêts à apprendre aux plus jeunes à jardiner ?
  • L’utilisation de moyens de transports collectifs ou au moins le covoiturage seront systématiquement pratiqués pour toutes les rencontres paroissiales.
  • Carton et papier sont toujours plus facilement recyclables que vaisselle ou nappes en plastique, très utilisés dans les ventes et fêtes paroissiales.

Nous invitons les directions de l’ERAL et de l’ECAAL, en lien avec le CPLR et la FPF, à contribuer avec vigilance à mettre en œuvre, de façon concrète, avec leurs partenaires habituels, les 8 recommandations que le Fonds Monétaire International s’est fixées comme objectif pour 2015 (réduction de moitié de la pauvreté, éducation primaire pour tous, égalité des sexes, réduction de la mortalité infantile, amélioration de la santé maternelle, lutte contre le SIDA, le paludisme et d’autres maladies, conservation de l’environnement, partenariat mondial pour le développement).

Source(s) : Service communication des Eglises protestantes d'Alsace et de Lorraine
Date de parution : 19 juin 2005