La participation du Conseil Oecuménique des Eglises au sommet de Rio recommandations aux Eglises

Auteur : CONSEIL OECUMENIQUE DES EGLISES
SOMMET DE LA PLANETE TERRE
RIO - Juin 1992

Ci-dessous nous publions le texte des recommandations faites par le rassemblement oecuménique qui a eu lieu du ler au 7 juin 1992 à Rio, au Brésil, parallèlement à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED). (Cf BIP n° 1264, p. 10 à 13)

C'est sous l'angle de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création, que les Eglises, convaincues de la nécessité d'agir pour protéger le bien-être de toute la création et réparer les injustices qui perpétuent la pauvreté dans la plus grande partie du monde, ont abordé le Sommet planète Terre. Nous reconnaissons les réalisations et les limites de la CNUED. Pour la première fois la communauté mondiale s'est rassemblée en vue de débattre des problèmes intimement liés que sont la destruction de l'environnement et la pauvreté mondiale. Toutefois, les résultats de la CNUED apportent une réponse insuffisante par rapport à la gravité de la crise.

Les Eglises se sont mobilisées en faveur de l'environnement et du développement depuis de nombreuses années et elles continueront sur cette voie longtemps après la fin de la CNUED. Elles considèrent la CNUED comme une étape dans le long processus qui vise à rétablir la viabilité écologique et la justice économique. L'objectif du programme d'Action 21 de la CNUED montre que les problèmes sont à long terme. Etant donné qu'il est urgent d'aller de l'avant, les Eglises ont un rôle important à jouer; celui de désigner, avec leurs communautés, les changements nécessaires à un développement juste, équitable et viable au plan écologique. Le rôle des réseaux économiques entre Eglises - y compris celui lié au processus "Justice, paix et sauvegarde de la création" - sera crucial pour permettre aux Eglises d'assurer le suivi de la CNUED.

a) La déclaration de Rio : le Conseil oecuménique des Eglises (COE) et certaines Eglises membres avaient déjà eu un rôle actif au premier stade des négociations sur la CNUED en contribuant à l'élaboration d'une "Charte de la terre", proposée au début. La Déclaration de Rio, résultat de ces négociations, est peut-être un compromis adéquat entre les positions défendues par divers pays. La Déclaration reconnaît que la responsabilité de l'homme est de veiller sur l'ensemble de la planète en général; que la crise de l'environnement est provoquée en grande partie par les pratiques industrielles et les modes de consommation des nations développées; et elle réclame le renforcement de la coopération internationale pour traiter des problèmes de l'environnement et du développement.

Un grand nombre de principes (principe de la prévention, principe qui demande de faire payer le pollueur, etc.) fournissent la base d'un changement significatif et peut-être même radical s'ils sont pris au sérieux et appliqués. Les Eglises devraient s'appuyer sur la Déclaration de Rio pour réclamer des changements au sein de leurs sociétés et au plan international. Elles devraient aussi être prêtes à participer à l'élaboration prochaine d'une Charte de la terre définitive, peut-être en 1995, à l'occasion du 50e anniversaire des Nations Unies.

b) Diversité biologique : la richesse et la variété des formes de vie sur terre témoigne de la créativité de Dieu. Nous reconnaissons que la nature anthropocentrique traditionnelle de la théologie chrétienne a permis à une espèce, l'être humain, de détruire et de menacer de nombreuses autres formes de la vie. En outre, les puissants de la communauté humaine cherchent à acquérir des droits de propriété sur les formes de la vie pour en tirer un profit maximum.

La communauté internationale doit agir pour protéger la diversité biologique. La Convention sur la diversité biologique signée par certaines nations à Rio est une première étape, mais d'autres mesures visant à limiter l'effet destructeur des sociétés en général, et des compagnies transnationales et des gouvernements en particulier, doivent être prises de toute urgence. Les Eglises peuvent jouer un rôle important en défendant certains principes, entre autres :

- le respect de l'intégrité inhérente à toutes les espèces (voir "les Droits de la nature", publié par l'Alliance réformée mondiale);

- la conservation de la diversité biologique en vue de stabiliser le système de soutien à la vie de la planète, permettre un développement viable, et assurer un accès équitable aux ressources de production;

- la protection des droits territoriaux des populations autochtones sur les terres desquelles on trouve de riches espèces vivantes;

- le contrôle de la menace engendrée par les mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur élimination (Convention de Bâle 1989) ainsi que leurs effets nocifs pour les pays.

c) Changements climatiques : le COE et de nombreuses Eglises membres se sont déclarés fortement préoccupés par le réchauffement de la planète, qu'ils considèrent comme une menace à la création causée en grande partie par les émissions polluantes des nations industrialisées mais dont les effets nocifs affectent plus sérieusement les pays en développement. La convention sur le climat signé par la CNUED est une première étape vers le règlement du problème, mais elle est bien loin de le résoudre. En partie en raison de l'opposition des Etats-Unis, la convention ne fixe ni objectif ni calendrier spécifique pour limiter les émissions de gaz responsables de l'effet de serre.

Diminuer la menace d'un réchauffement de la planète implique clairement la nécessité pour les pays industrialisés de changer radicalement de mode de vie, de réduire fortement la consommation énergétique, et de réorienter de façon sensible leurs économies. Il a été démontré scientifiquement qu'il est nécessaire de réduire les émissions de gaz carbonique de 2 pour cent par année si l'on veut que les écosystèmes ne soient pas détruits de manière irréversible. Pour permettre le développement des pays du Sud, cela exigerait des pays industrialisés qu'ils réduisent davantage les émissions de gaz carbonique (de 3 % par exemple). Les Eglises devraient encourager leurs sociétés, par tous les moyens possibles, à s'efforcer d'atteindre ces objectifs et à limiter d'autres émissions de gaz entraînant l'effet de serre, à interdire l'utilisation des chlorofluorocarbones (CFC), à promouvoir énergiquement la conservation et le rendement de l'énergie. L'énergie nucléaire n'est pas la solution appropriée pour remplacer les combustibles fossiles, soit au plan écologique soit au plan économique. Il vaut mieux envisager une réduction des demandes en énergie. Tous les pays, du Nord comme du Sud, devraient promouvoir le développement des forêts et autres espèces végétales pour qu'ils servent de "puits" de carbone (voir document du Rassemblement de Séoul, Rapport sur le colloque de Gwatt).

Alors que les pays du Sud poursuivent leur développement, le réchauffement de la terre les incite à ne pas répéter les erreurs commises par le Nord. Limiter l'augmentation de leurs émissions est compliqué par de nombreux facteurs économiques, entre autres par la relation existant entre la pauvreté et la déforestation. Une coopération internationale et d'importants transferts de ressources financières et de technologie seront nécessaires si le Sud veut suivre des modèles de développement viable et juste. L'annulation de l'écrasante dette extérieure aiderait les pays du Sud à s'engager sur la voie d'une économie viable.

Les Eglises du monde entier devraient insister sur la nécessité de changer de façon sensible le mode de vie des communautés locales afin de réduire le réchauffement mondial; elles devraient appuyer les négociations internationales en vue d'aboutir à des traités plus énergétiques sur les changements climatiques au niveau mondial.

d) Forêts : les forêts, tropicales et subtropicales dans le sud, et boréales dans le nord, sont un facteur essentiel à la survie et la santé de la terre et de ses habitants, y compris le rôle important des arbres qui limitent le réchauffement mondial en fonctionnant comme "puits" de carbone (qui absorbent le gaz carbonique, NdlR). Les Eglises considèrent que les pratiques actuelles en matière d'exploitation des forêts, dans de nombreux pays, industrialisés et en développement, sont de toute évidence non viables. En de nombreux lieux, ces pratiques menacent également les cultures et la survie des peuples autochtones qui dépendent de ces forêts et qui ont vécu pendant des générations en harmonie avec elles. Les pays n'ont pas pu se mettre d'accord sur une Convention à cet égard. Certaines nations se sont prononcées en faveur d'une Déclaration de principes plus limitée sur la gestion des forêts.

Reconnaissant que l'exploitation des forêts, comme d'autres questions, soulève le problème complexe de la souveraineté nationale, les Eglises devraient néanmoins encourager des actions au niveau national et international :
- assurer la viabilité à long terme des forêts de la terre;
- reconnaître et respecter les droits territoriaux des populations autochtones vivant dans les forêts et apprendre d'elles comment veiller aux forêts;
- faire cesser en priorité les pertes en forêts primaires et en écosystèmes forestiers;
- s'élever contre les pratiques forestières non viables de leurs sociétés nationales, dans leur pays ou ailleurs;
- se montrer solidaires de ceux qui s'opposent à la destruction des forêts.

e) Action 21 : Le programme ambitieux de travail dans de nombreux domaines de l'environnement et du développement mis en relief dans l'Action 21 interpellera encore tous les pays au siècle prochain. Des questions importantes, y compris le financement des propositions d'Action 21, restent sans réponse. Les Eglises doivent jouer un rôle en suivant ces négociations internationales et en encourageant leur pays à participer activement et de façon constructive au règlement des problèmes critiques de l'environnement et développement.

(Traduction non officielle) Extrait du SOEPI du 23 juin 1992 (DOCUMENT BIP)

Source : BIP;1265
Date de parution : 8 juillet 1992