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Les catastrophes naturelles, notre responsabilité… et celle de Dieu ?

Jacques Varet *

Face au désastre de l’Asie du Sud, les théologiens sont interrogés. En effet, l’ampleur du cataclysme amène – comme ailleurs face à la violence et à l’injustice apparemment gratuites – à se poser la question de la toute puissance de Dieu. Avec Antoine Nouis, on peut penser que la violence de la nature est une marque de l’ « inachèvement de la création ». Ou à la suite de Alain Houziaux, penser que Dieu n’est pas tout puissant, qu’il ne maîtrise pas tout, et qu’il existe encore, dans l’Univers, une part de « tohu bohu » sur laquelle il n’a pas prise.

J’ai longtemps apprécié ce point de vue, que je m’étais approprié bien volontiers, tant abondent les preuves de l’inacceptable. Mais à y réfléchir plus avant, le sujet mérite pour le moins d’être étudié de manière plus approfondie, sans doute par confrontation entre théologiens et scientifiques des sciences de la terre et de l’univers. Dores et déjà, sans réunir de grandes commissions, on peut échanger quelques idées pour cadrer la question de la distinction entre l’ordre (voulu par Dieu ?) et le désordre (qu’il ne maîtriserait pas). Ne serait-ce que pour préciser notre marge de manœuvre.

Plus prosaïquement et en se limitant à la dimension humaine, la catastrophe nous amène aussi à nous questionner sur une autre dimension qui nous concerne, celle de la solidarité et du don, traduite par cet élan sans précédent, qui n’est pas sans questionner toute l’action humanitaire, et partant les rôles respectifs et les relations entre l’action politique institutionnelle et l’action citoyenne.

Ce constat de la force mobilisatrice de l’action urgente face à la nécessité d’une construction d’approches de long terme (des choix de développement incluant la prévention) pose aussi la question de la prise en compte des risques majeurs dans la gouvernance du développement durable.

L’humanité tire autant de bénéfice de la terre solide que de la biosphère ; la géosphère aussi façonne la biosphère.

Les géologues ont montré que la terre était une planète bien vivante, qui dissipe en permanence une très grande quantité d’énergie de l’intérieur vers la surface. Se produisent constamment des mouvements de grande ampleur. Les masses continentales – et les planchers océaniques – se déplacent en permanence les uns relativement aux autres. Cette mécanique prévaut depuis des centaines de millions d’années. Elle a sans doute contribué à l’origine même de la vie sur terre (les formes de vies les plus primitives s’observent sur les fonds océaniques dans les fumerolles chaudes et minéralisées) comme à l’évolution des espèces (les grandes aires géologiques sont marquées par des extinctions massives, et des explosions consécutives de biodiversité). Pour notre vie quotidienne, nous dépendons autant des ressources minérales et de l’eau que des ressources biologiques 1. Premier constat : les cloisonnements de la science n’y font rien, biosphère et géosphère sont en étroite dépendance ; il n’est pas possible d’ « externaliser » la matière minérale de la vie.

Qu’ils soient lents ou cataclysmiques, les phénomènes géologiques relèvent d’une même dynamique.

Les phénomènes aux frontières des plaques varient selon les caractéristiques des mouvements qui s’y produisent. Les frontières « en expansion » comme celles des dorsales océaniques, génèrent des phénomènes plus calmes. Les frontières en subduction et en failles transformantes produisent des séismes beaucoup plus violents et aussi des phénomènes volcaniques généralement beaucoup plus cataclysmiques. Néanmois, sur une même frontière, les conditions locales peuvent varier, et le mouvement qui ici s’effectue de manière continue butte un peu plus loin sur une discontinuité génératrice de phénomènes extrêmes. Le même déplacement des plaques peut ici produire un mouvement de 5 cm par an, et un peu plus loin de 5 mètres par siècle. Ce qui revient au même à l’échelle du globe. La même énergie peut de dissiper lentement par convection ou plus rapidement pas convection. Le volcan peut être soit tranquillement émissif, soit violemment éruptif 2. La faille peut soit glisser doucement, soit accumuler des contraintes et produire uns séisme violent. Second constat : au plan des mécanismes géophysiques, il n’y a aucune raison de considérer les uns (les phénomènes lents) comme bons, du domaine de Dieu, et les autres (les phénomènes violents) comme mauvais, du domaine de Satan !

Ce ne sont pas seulement les séismes (les volcans) qui font les catastrophes, ce sont surtout les constructions humaines (bâtiments, choix d’aménagement, de prévention).

Il faut aller plus loin. Un risque naturel se caractérise par la combinaison de l’aléa (i.e. le phénomène géologique générateur) avec la vulnérabilité (l’effet sur les installations humaines). Beaucoup de séismes importants passent inaperçus lorsqu’ils frappent des régions inhabitées 3. Ce qui caractérise un risque aujourd’hui, au plan de son impact, ce qui en fait une catastrophe, c’est bien l’exposition des hommes. Au point que l’une des conclusions de la décennie internationale pour la prévention ces catastrophes naturelles (DIPCN), qui s’est achevée en 2000, a été de considérer qu’il ne fallait plus parler de « catastrophe naturelle ». Si l’aléa naturel existe, qu’on ne peut empêcher, c’est bien la vulnérabilité sociale qui transforme le phénomène en catastrophe. Au point que la conférence de Kobé, qui vient de s’achever, souligne que « la réduction des catastrophes est un défi pour le développement »4.

Or pour l’essentiel nous savons 5. Nous savons quels sont les aléas géologiques qui caractérisent telle ou telle zone du globe. Si nous ne savons pas dire quand se produira le séisme ou l’éruption volcanique destructrice, au moins pouvons-nous prendre des mesures de prévention et d’alerte. Il s’agit d’une part de mesures de surveillance, avec des réseaux de mesure, des modèles de calcul et des systèmes de transmission de l’information, et d’autre part d’éducation. Les gens doivent connaître les risques auxquels ils sont exposés pour pouvoir agir eux-mêmes. S’agissant des phénomènes géologiques (à la différences des phénomènes climatiques), nous ne pouvons pas jouer sur l’aléa. Par contre, nous avons toute marge de manœuvre pour agir sur la vulnérabilité.

Même si la science nous aide à comprendre, la technologie à gérer, et l’éducation à nous préparer, il reste toujours une part d’incertitude. Garante de l’humilité de notre condition humaine ?

Après la catastrophe d’Asie, un journaliste m’a interviewé et m’a demandé quelle serait la prochaine 6. J’ai tenté de lui expliquer que ce serait celle que l’on a pas prévue. Mais il avait besoin d’exemples, et nous avons parlé de la Méditerranée et des Antilles, pour parler de cas plus proches de nous.

Dans ce type de situation, frappé par un drame, la tendance naturelle est heureusement de prendre des mesures pour prévenir une nouvelle survenue du même phénomène. Après la canicule, on a équipé les maisons de retraites d’une pièce rafraîchie. Et on peut espérer que, demain, l’océan Indien sera couvert d’un réseau d’alerte tsunami comme en est déjà équipé le Pacifique.

Mais cela ne suffit pas. Le prochain cataclysme pourrait n’être ni la canicule en France, ni le tsunami en Asie. Nos prévisions sont toujours trop étroites, et nos réponses trop ciblées. Même lorsque l’on cherche à avoir une vue large, nos schémas sont beaucoup trop bornés par des modèles connus. Nos réponses trop ciblées. Il faut programmer le même investissement en Méditerranée et dans les Caraïbes, pas mieux équipés pour l’alerte tsunami que l’océan Indien. Et il ne faut pas seulement surveiller les séismes, mais aussi les volcans et les glissements de terrains. Ou par exemple le grand glissement de terrain côtier déclenché par un petit séisme qui produira un tsunami…

Il s’agit de sortir de l’assurance technicienne, du cadre économique convenu, dont l’aveuglement pour le présent masque les enjeux pour le futur. Il s’agit de mettre en application pratique les principes de prévention et de précaution, qui sont une des conditions de mise en œuvre du développement durable 7.

Et en matière de réflexion sur le futur, de prospective, toujours prendre en compte les « futuribles » 8: le tsunami nous rappelle que notre avenir n’est pas prédéterminé, qu’il est synonyme de hasard, certes, et de pouvoir, pouvoir, mais aussi de volonté et de liberté.

Cette prise de conscience, et la mise en œuvre d’une telle démarche imposent une grande humilité. En effet, l’ampleur et la diversité des risques, qu’ils soient géologiques, climatiques, ou plus directement issus de l’activité humaine (risques industriels, chimiques, biologiques ou nucléaires) et de son génie destructeur (armes légales de dissuasion, organisation terroriste) sont tels que nous devons reconnaître la fragilité de notre existence, et de celle de nos enfants. Mesurer à quel point la catastrophe peut en découdre avec notre intelligence et notre technicité.

Revisiter le concept de développement durable pour y inclure la résilience.

L’ampleur du cataclysme amène notamment à s’interroger sur le développement de l’humanité et à se rappeler que plusieurs fois dans les temps géologiques la majorité des espèces vivantes a été détruite. Bien des espèces sont actuellement en voie de disparition : l’événement nous rappelle que l’homme n’est pas plus invulnérable que les autres espèces. En tous cas la « durabilité », elle, en prend un vieux coup ! D’autant que ce coup-ci, à la différence de la canicule, le changement climatique, et la responsabilité humaine qui en découle, ne sont pas à l’origine de la catastrophe.

Loin de balayer le concept de développement durable, la catastrophe nous incite à le muscler en le purgeant de l’illusion du développement sans accidents de parcours, en lui donnant un accent plus fort sur l’apprentissage à la suite des épreuves (le retour d’expérience qui permet d’en éviter de pires), en le dotant d’une plus grande ouverture sur des bifurcations inattendues et dangereuses (expertises alimentés par les capacités de questionnement des lanceurs d’alertes). Le concept de « résilience » - difficile à traduire : impliquant l’apprentissage des difficultés - est à prendre en compte comme une des composantes du développement durable. Ce qui nous rapproche de son autre traduction (canadienne) : « soutenable », qui implique l’idée d’effort (pour éviter l’insoutenable !).

Suivant les préconisations de Jean Pierre Dupuy - dans le sillage de Hans Jonas – il s’agit de mettre en pratique un « catastrophisme éclairé » : penser aux cas les pires, pour se donner les capacités de les conjurer. Justement puisque nous en avons le temps, le mettre à profit pour se prémunir. Il s’agit de mettre en application les principes de prévention et de précaution qui sont une des conditions de mise en œuvre du développement durable.

La catastrophe, la solidarité et l’espérance.

Le séisme de Lisbonne, en novembre 1755, avait frappé une société européenne encore empreinte du siècle des lumières. La science et la culture triomphantes s’en trouvaient interpellées. On se souvient des mots de Jean Jacques Rousseau : « Serait-ce donc que la nature doit être soumise à nos lois et que, pour lui interdire un tremblement de terre, en quelque lieu, nous n’avons qu’à y bâtir une ville ? ». Ou encore de Voltaire : « Philosophes trompés qui criez « Tout est bien »… …Direz-vous « C’est l’effet des éternelles lois qui d’un Dieu libre et bon nécessitent les choix ? » Direz-vous, en voyant cet amas de victimes « Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ? »

La bible nous parle de catastrophes naturelles, et certains scientifiques ont fait un lien entre le déluge et l’envahissement du lac de la mer noire par la méditerranée par rupture du Bosphore il y a 8.000 ans. Les plaies d’Egypte et la traversée de la mer Rouge - avec des effets d’une éruption volcaniques cataclysmique, suivie du tsunami qu’elle aurait provoqué (avec retrait de la mer permettant la fuite des Hébreux, et vague déferlante engloutissant les armées du pharaon) - peuvent être corrélées avec l’éruption de Théra (Santorin) en 1626 avant notre ère. Il en va de même pour les destructions de Sodomme, de Gomorre et de Jéricho par des tremblements de terre documentés autour de 1200 BC. Plus récemment, l’apocalypse (8/8 et 16/18) fait aussi explicitement référence aux cataclysmes produits par glissement de terrain, séisme, et tsunami.

Dans tous ces cas, la bible alloue généralement le phénomène extrême à la toute puissance de Dieu. L’événement libérateur célébré dans les fêtes judéo-chrétiennes a aussi été un phénomène destructeur d’une rare violence. Et l’apocalypse nous sert ces désastres pour mieux annoncer un message d’espérance. Pour nous assurer que le bien doit triompher sur le mal, l’amour sur la haine ou l’indifférence.

De fait, le tsunami d’Asie a entraîné un élan de solidarité planétaire sans précédent. Comme si le nombre et la diversité de conditions des victimes « parlaient » plus spécifiquement à chacun ! Sans considérer le drame comme salvateur, réjouissons-nous de cette compassion.

Outre le secours aux victimes, nous devons mesurer à quel point sommes aujourd’hui placés devant notre responsabilité :

• D’une part, nous savons que notre terre est capable de phénomènes extrêmes, que tout cela répond en fin de compte d’une grande logique et d’une organisation globale qu’il nous est possible de connaître, de mesurer, de surveiller.

• D’autre part, nous savons que l’humanité s’est développée sur de vastes espaces sur toute la terre, y compris des zones « paradisiaques » et des zones à risques, qui peuvent être les mêmes. Nous avons la responsabilité de prévenir nos frères. Bien entendu aussi de les assister faute de les avoir prévenus.

La solidarité internationale et les ONG.

Dans cet élan citoyen et humanitaire, outre la dimension médiatique, lié à la diffusion récente des moyens numériques d’enregistrement et de diffusion des images, on a sans doute bénéficié de l’effet du tourisme. S’agissait-il d’une mobilisation pour la défense des plus pauvres ou d’amis en vacances dans ces sites paradisiaques ? Aurait-on bénéficié du même élan si on n’avait pas compté ces victimes européennes ?

Dans le style « fondamentaliste », on pourrait, dans la lignée du film « terre promise », voir dans la reprise du tourisme sexuel pour la relance de l’économie thaïlandaise une forme sophistiquée de perversion du bon sentiment chrétien, faisant suite au Tsunami marquant la punition de Dieu pour ces dérives (en oubliant que le plus grand nombre est situé en Indonésie musulmane) !

Il faut bien constater que la mobilisation citoyenne a touché les populations les plus diverses. Vu l’ampleur des besoins, et la rapidité de la mobilisation humanitaire, un grand nombre de personnes a pu réaliser qu’il était possible de prendre part. Nous aurions sans doute besoin de poursuivre un travail d’interprétation, qui reste à faire sur la source du don. Analyser l’origine de cette capacité de solidarité plus forte face à l’adversité brutale que face aux enjeux de prévention et de développement durable. Comment développer une maturité du don ? N’est-ce pas la même question qui se pose à nos Eglises ?

Toujours est-il que, dans l’action, les actions citoyennes de solidarité et la mobilisation des ONG ont démontré des capacités là où les Etats et les organisations internationales n’étaient pas en mesure de répondre !

Mais – même si le bilan reste à faire, et un « retour d’expérience » s’impose – on peut dores et déjà affirmer que les actions futures à entreprendre devront permettre de mieux coordonner les actions respectives : des communautés locales, des Etats, des organisations internationales, des ONG, des scientifiques des systèmes éducatifs et des Etats. L’intégration des actions dans un cadre cohérent est nécessaire, impliquant d’agir depuis le niveau global (surveillance, alerte) jusqu’au niveau local (mise en œuvre des politiques de vulnérabilité, de préparation aux crises, d’intervention d’urgence), sans négliger les responsabilités nationales (éducation, infrastructures, coordination…). En effet, il faudra lier désormais aide au développement, reconstruction, prévention et aide humanitaire dans un dispositif cohérent. Bref, fournir un « cadre de durabilité » à l’action.

Au delà de l’action dans l’urgence, apprendre à lier développement et prévention.

Dans la mise en œuvre de ces actions dans un cadre « Nord-Sud », on devra apprendre à lier désormais aide au développement et prévention, incluant la préparation des populations à une « culture du risque » 9. Ce qui implique un important travail d’adaptation, aux moyens techniques et sociaux (pour une prise en charge durable), aux outils économiques et financiers (intégrer les micro-crédits locaux) et aux cultures et traditions locales. Ce travail de liaison à faire entre risque et attente des citoyens est nécessaire partout (au Nord comme au Sud), compte tenu de la diversité des appréhensions culturelles dans le monde. Il implique de traiter des points suivants : la connaissance du risque ; la surveillance et l’alerte ; la culture du risque (information préventive, responsabilités des élus, de l’éducation…) ; la maîtrise de l’aménagement ; la mitigation (la prise en charge de mesures de réduction de la vulnérabilité) ; la préparation à la gestion de la crise (impliquent toutes les parties prenantes) ; le retour d’expériences (notamment étrangères, pour maintenir l’éveil même sur des aléas très rares).

La diversité des approches implique, pour les intervenants de terrain, une forte évolution des compétences des personnels des organisations humanitaires. Une mutualisation des expériences est nécessaire.. Pas seulement entre organisations « urgentistes »10. Il s’agit d’y ajouter la dimension prévention des risques. Ce qui implique la participation d’autres partenaires (organisations scientifiques et techniques). Un gros travail de formation est nécessaire.

Cette question de la professionnalisation de l’action caritative est bien celle qui se pose à nous de manière plus générale.

Une nouvelle preuve de l’inadéquation des instruments économiques.

La dimension économique de la catastrophe telle qu’elle est mesurée aujourd’hui fournit une illustration exemplaire aussi en terme d’instrument d’analyse de l’équité et de la valeur de la vie dans notre société. On a noté avec intérêt que les sociétés de réassurances ont pu affirmer fin 2004 que la catastrophe asiatique n’aurait aucune incidence sur leurs résultats. De même on confirme aujourd’hui que leur impact sur l’économie des pays concernés en terme de PIB sera négligeable. Etonnant pour l’Indonésie où l’on dépasse les 200.000 morts !

Pour schématiser, on dispose aujourd’hui de deux unités de comptes différentes. Sans équivalence. Les catastrophes au Nord se paient en $ (ou en €), alors qu’elles se paient en vies au Sud ! On vérifie une fois de plus l’inadéquation des instruments de mesure économiques internationaux, s’agissant de la valeur de l’homme. Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu – c’est à dire à l’homme ce qui fait sa valeur réelle – nécessiterait de disposer d’autres instruments de mesures. Ce sont de théologiens protestants (Cobb & Cobb) qui ont proposé que l’IDH remplace le PIB. Il nous reste aussi à travailler sur un concept d’indicateur qui soit à la fois social, environnemental, de prévention, et économique.

En guise de conclusion.

En conclusion, s’il faut chercher un responsable, nous devons d’abord nous en prendre à nous même avant de nous en prendre à Dieu. S’il est une dimension théologique dans cette affaire, elle tient à notre 11 engagement à prendre part à ce travail de responsabilité : permettre à chacun, face aux risques qui caractérisent la planète qui nous est donnée, de prendre ses responsabilités, pour lui-même et vis à vis de ses frères. Sur ce chemin là, beaucoup reste à faire, non seulement en Asie ou en Afrique, mais aussi en France, qu’il s’agisse du sud de l’hexagone ou des Antilles.

Nous pouvons rendre grâce à Dieu de nous avoir donné non seulement cette planète active, porteuse de vie, mais aussi l’intelligence et les moyens pour la connaître et mieux vivre entre frères avec elle et par elle. Reconnaître notre faute, qui est bien humaine, et tient à notre incapacité à avoir dit à temps ce que nous savions, de manière assez explicite et efficace pour qu’ils sachent. Prendre l’engagement d’engager les mesures de prévention et les exercices de précaution. Réfléchir à de nouvelles formes de mobilisation pour passer du don d’urgence à l’action préventive dans un cadre de développement durable. Prendre part à de nouvelles formes d’action collectives, à de nouvelles formes de coopération entre instances caritatives, professionnelles pouvoirs publics. Et espérer non seulement le pardon, mais aussi la venue du jour où nous connaîtrons l’apaisement, la paix et l’amour donné à tous.

*s’exprime ici à titre personnel
il est notamment
Directeur de la prospective au BRGM
Président du Conseil d’Orientation pour les Risques Naturels Majeurs (1999-2002)12
Membre du Comité Supérieur d’Evaluation des Risques Volcaniques
et du Comité de la Prévention et de la Précaution
Président du Conseil Presbytéral de l’ERF Orléans
Membre de la commission Eglise et Société de la FPF

1 « Pour une Terre Durable » (2003), brochure diffusée par le BRGM (www.brgm.fr)
2 Pourtant placé sur la dorsale médio-atlantique, où l’activité volcanique est caractérisée par de calmes émissions fissurales basaltiques, l’éruption de Laki (Islande) en 1783 a projeté jusque sur l’Europe un gaz d’acide fluorhydrique dont les effets mortels n’ont pas été véritablement mesurés.
3 Les nomades du désert Afar, une des régions les plus faillées du globe, n’ont rien à craindre tant qu’ils vivent sous des tentes.
4 La réduction des catastrophes, un défi pour le développement. PNUD, 2004 ; http://www.undp.og/bcpr/disred/documents/publications/rdr/français/rdr_fra.pdf
5 Par « nous », j’entends les hommes de cette partie du globe où l’on a accès à un certain niveau de connaissances ; Celle qui correspond aussi à l’aire où l’on trouve le plus de chrétiens, notamment de protestants.
6 Le Point, du 6 janvier 2005
7 Le 27 Févier, à la chapelle des Recolets, « Les catastrophe naturelles balayent-elles aussi le développement durable ? » Débat organisé par l’association 4D « Dossiers et Débats pour le Développement Durable ».
8 H.de Jouvenel, Futuribles, N°305, Février 2005
9 Catastrophes naturelles : la prévention comme priorité absolue Communiqué de la Croix Rouge Française, 24 janvier 05
10 Comme 4D a réussi à la faire lors de la préparation du sommet de Johannesburg, en provoquant un rapprochement entre ONG françaises opérant dans les domaines respectifs de l’environnement, du développement et du social.
11 Ce comité, qui ne s’est pas réuni depuis 2 ans, a notamment étudié la mise en application des règles parasismiques en France, un bilan pour le moins alarmant.