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Colloque 2 mai 2004 à Paris à l'invitation de La Fédération Protestante de France
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02 Mai 2004 « Approches protestantes et catholiques de la question de Jérusalem et des Lieux Saints »
I .Les enjeux historiques Remarque préalable : la notion de « Terre Sainte » et de « Lieux Saints » telle qu’elle existe chez les Eglises chrétiennes s’enracine dans la tradition biblique.Pour les trois religions « monothéistes », la question de Jérusalem est inséparable de celle des Lieux Saints car l’une et l’autre font référence à une même Histoire, bien que tous les Lieux Saints ne soient pas à Jérusalem, qu’ils ne soient pas les mêmes pour tous et que la Ville ait de par son histoire une valeur symbolique propre. Pour le Protestantisme néanmoins le contrôle des Lieux Saints n’est pas un enjeu séculaire comme il l’a été et le reste pour les Eglises Catholique et Orthodoxe qui se le sont disputé depuis les Croisades .Entre ces deux Eglises se poursuivait la querelle de légitimité entre Rome et Constantinople, entre l’Empire d’Orient et celui d’Occident. Ces Lieux font partie de leur Histoire et de leur identité. Les Réformateurs ont remis en question la notion de « Lieu Saint » , la sainteté ne pouvant selon eux résulter que de la fidélité à Dieu et ne pouvant être liée à une terre ou à des édifices. Cependant à partir des Puritains du XVIIème siècle, le « millénarisme » ,c’est à dire la croyance à la nécessité du retour des Juifs à Jérusalem en vue de leur conversion et de la venue du Royaume de Dieu, a joué et joue encore un rôle important chez les protestants anglo-saxons , notamment chez les « évangélistes » d’Amérique du Nord. Ceux-ci se considéraient volontiers eux-mêmes comme le « Nouvel Israël » appelé à conquérir une nouvelle « Terre Promise ».Le « Revival » protestant de la fin du XVIIIème siècle est imprégné de ces thèses. II Les rivalités politico-religieuses inter-européennes au XIXème siècle. Après l’expédition de Bonaparte en Egypte (1798), le Proche-Orient s’ouvre à l’influence européenne. Une rivalité triangulaire dont l’enjeu est l’Empire Ottoman se développe entre les trois grandes puissances impériales de l’époque : France, Russie , Grande-Bretagne. En même temps s’ouvre dans la même zone une compétition missionnaire entre missions religieuses catholiques et protestantes, ultérieurement orthodoxes. La France se pose en protectrice des Eglises et minorités catholiques tandis que la Russie prétend assurer la protection des orthodoxes. La lutte entre Eglises pour le contrôle des Lieux Saints fait l’objet d’arbitrages successifs des Sultans Ottomans sous la pression des Puissances. Elle aboutit à ce que l’on appelle le « Statu Quo des Lieux Saints » , ensemble de règles écrites ou coutumières régissant les droits des unes et des autres. Cet ensemble juridique acquiert valeur de droit international avec les Traités de Paris (1856) et de Berlin (1878). Par ailleurs la Grande-Bretagne, où des personnalités influentes (Lord Ashley) préconisent le retour des Juifs en Palestine, s’attribue le rôle de protectrice des Juifs de l’Empire (instructions de Palmerston aux consuls britanniques en 1840) en même temps qu’elle soutient l’effort missionnaire déployé par les missions protestantes britanniques, américaines et prussiennes. C’est dans ce contexte qu’est créé en 1842 à Jérusalem , par accord entre les Eglises anglicane et luthérienne, un évêché anglo-prussien qui durera jusqu’en 1887 , date à laquelle les Allemands s’en séparent.C’est aussi à cette époque(1841) qu’un diplomate prussien, Christian Von Bunsen, acquis lui aussi à la cause du retour des Juifs en Terre Sainte, propose le premier projet de statut international de Jérusalem dont l’administration aurait été assurée par les cinq principales puissances européennes (Autriche-Hongrie ,France, Grande-Bretagne, Prusse, Russie), projet qui reste sans suite. Dans la seconde moitié du siècle, l’Eglise russe affirme sa présence avec l’appui du gouvernement tsariste (la mission orthodoxe russe présente à Jérusalem depuis 1858 devient en 1893 la « Société Impériale Orthodoxe de Palestine ») .Un peu plus tard la France obtient par les accords de Mytilène (1901) et Constantinople (1913) avec l’Empire Ottoman la reconnaissance d’un certain nombre de droits pour les établissements religieux catholiques placés sous sa protection. Cet équilibre entre les trois puissances rivales est remis en cause par la désagrégation de l’Empire Ottoman en 1918 et le passage de la Palestine sous administration britannique en vertu du Mandat de la Société des Nations (1922).Celui-ci , reprenant les termes de la « Déclaration Balfour » de 1917, assigne à la puissance mandataire la mission d’établir en Palestine un « Foyer National Juif ».En ce qui concerne les Lieux Saints, il lui incombe de faire respecter les « droits existants » (expression qui inclut le « Statu Quo » ). III.Le Saint-Siège et la question de Jérusalem. Je parle ici des positions du Saint-Siège en tant qu’instance de gouvernement de l’Eglise Catholique, étant entendu qu’au niveau des fidèles et du clergé on trouverait sans doute un éventail d’opinions comparable à celui qui existe dans le protestantisme. Le Saint-Siège avait été, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale l’un des partisans les plus actifs du statut international de Jérusalem sous la forme d’un « Corpus Separatum », voté par les Nations Unies dans le cadre de la Résolution 181 du 27 Novembre 1947 portant partage de la Palestine en deux Etats , et dont le détail fut précisé par le projet de statut adopté en 1950 par le Conseil de Tutelle. Ce projet ne reçut aucun commencement d’exécution. Le bouleversement induit par la Guerre des Six Jours (1967) et la situation qui en résulte amène le Saint-Siège à prendre en compte l’impraticabilité de plus en plus évidente du « Corpus Separatum » rejeté des deux côtés ( bien qu’il représente encore, jusqu’à nouvel ordre, la légalité internationale) et à réfléchir à de nouvelles solutions.Cette réflexion se traduit à partir de 1979 par diverses déclarations ou documents dont en particulier la Lettre Apostolique « Redemptionis Anno » du 20 Avril 1984 où s’affiche l’objectif de la préservation de l’identité de Jérusalem en tant que Ville Sainte des trois grandes « religions monothéistes » , et ce au moyen d’un statut particulier qui ferait l’objet d’une garantie internationale. Il est clair que cet objectif dépasse de beaucoup la simple protection des Lieux Saints et leur liberté d’accès et de culte, mais vise à la sauvegarde économique et culturelle des communautés qui vivent autour d’eux. Une nouvelle évolution capitale se produit avec la signature en 1993 des Accords d’Oslo.La dynamique créée par le processus de paix permet d’envisager une normalisation des relations du Saint-Siège avec les divers interlocuteurs en présence : Etat d’Israël, Autorité Palestinienne en voie de création, Jordanie. Avec Israël est signé l’ « Accord Fondamental » du 30 Décembre 1995 , établissant des relations diplomatiques et ouvrant la voie au règlement d’un certain nombre de problèmes juridiques et administratifs.Cependant cet accord ne mentionnait pas Jérusalem :le Saint-Siège estimait que la question de Jérusalem, par son caractère international et multilatéral, ne pouvait être traitée dans un accord par essence bilatéral. Il précisait peu après (1996) sa conception d’un statut spécial de la Ville Sainte qui, dans le cadre d’une solution territoriale équitable et conforme au droit international , pourrait, en respectant les souverainetés étatiques, faire l’objet d’une garantie internationale.Ces dispositions pourraient s’étendre à d’autres Lieux Saints comme ceux de Bethléem. IV .Les positions protestantes. Les Eglises protestantes sont quant à elles caractérisées comme on le sait par leur extrême diversité qui se retrouve dans leurs positions sur ce problème.J’ai déjà fait allusion aux Eglises dites évangélistes , notamment celles des Etats Unis, et aux motivations de leur soutien aux débuts du mouvement sioniste. Ces Eglises ont dans leur majorité continué à appuyer la politique des gouvernements israéliens successifs et on connaît leur influence sur la politique intérieure américaine. Quant aux Eglises traditionnelles ( Luthérienne, Réformée ) elles s’en sont dans l’ensemble tenues , sur la question des Lieux Saints , à la position que j’évoquais précédemment .Pour autant elles ne se sont pas désintéressées du sort de Jérusalem elle-même, comme en témoignent par exemple diverses déclarations de la F.P.F. Mais surtout ces Eglises qui sont majoritaires dans le « Conseil Œcuménique des Eglises » de Genève y ont pour partenaires principales les Eglises Orthodoxes. Dans ce cadre elles ont été amenées , à partir de 1975 (Assemblée de Nairobi) ,à souscrire à des positions beaucoup plus élaborées sur la question de Jérusalem et des Lieux Saints, prenant largement en compte les préoccupations de leurs partenaires orthodoxes.C’est ainsi qu’en 1980 le Comité Central du COE faisait connaître son opposition à l’annexion unilatérale par Israël de Jérusalem-Est. En 1998, le document adopté par la 8 ème Assemblée du COE à Harare , après avoir réaffirmé le rôle central de Jérusalem dans la foi des Chrétiens, rappelait que la question de Jérusalem ne se limitait pas à la protection des Lieux Saints mais incluait la protection des communautés qui y vivent .Il estimait que le règlement des problèmes la concernant devait se faire dans le cadre du droit international et avec la garantie d’une instance internationale.Il énonçait à cet effet une série de principes dont je cite les trois derniers :
Interdiction de changer les limites géographiques, d’annexer des territoires ou d’installer des colonies modifiant le caractère religieux, culturel ou historique de Jérusalem sans l’accord des parties concernées et l’approbation de la communauté internationale. Comme on le voit, en dépit de différences d’approche théologique considérables, les positions exprimées sur ces questions par les Eglises protestantes et orthodoxes membres du COE rejoignent très largement sur le fond celles de l’Eglise catholique telles qu’elles sont formulées dans les documents du Saint-Siège. Note bibliographique sommaire : Deux ouvrages fondamentaux sont à consulter : Henry Laurens « La Question de Palestine » Tomes I et II publiés chez Fayard (respectivement en 1999 et 2002). Joseph Hajjar « L’Europe et les destinées du Proche-Orient 1815-1848 » Ed. Bloud et Gay 1970 Par ailleurs le fascicule de la F.P.F. « Dossier Jérusalem » (Oct.1999) contient une utile documentation de base et de nombreuses indications bibliographiques sur la question de Jérusalem et des Lieux Saints.
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La notion de lieu saint et de terre sainte s’enracinent dans la tradition biblique. Pour le protestantisme, le contrôle des lieux saints ne représente aucun enjeu. Pour les réformateurs, la sainteté ne réside que dans la consécration des personnes qui habitent dans un lieu. Mais les évangéliques après eux ont développé l’idée d’une terre « sainte ». La France se pose en championne de la défense des privilèges catholiques sur les lieux saints. En 1841, se crée un évêché luthéro-anglican à Jérusalem, on commence aussi à réfléchir au statut de Jérusalem. Le mandat attribué à la Grande Bretagne est d’établir un foyer national juif en Palestine. Suite à la guerre des 6 jours, le Vatican cherche à préserver l’identité de Jérusalem comme ville sainte pour les 3 religions monothéistes. Les évangéliques américains ont massivement appuyé la politique menée par les gouvernants d’Israël. Les Eglise « historiques » engagées dans le COE ont pris de positions qui tiennent compte des exigences de leurs partenaires orthodoxes : elles en appellent au droit international et exigent la garantie d’une force internationale pour préserver l’accessibilité des lieux saints. |
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