Colloque
"Juifs et protestants en France
aujourd'hui"

    2 mai 2004 à Paris à l'invitation de La Fédération Protestante de France
                                         &  Le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France

 

Michel Leplay
pasteur de l’ERF et V-P de l’Amitié judéo-chrétienne (créée en 1948)

Approche historique du rapport entre juifs et protestants
Rappel et fondement des positions protestantes

 

Dans ce rapide inventaire par lequel il m’est demandé d’ouvrir notre colloque, je ferai plus de l’histoire religieuse que de la philosophie de l’histoire, et moins de la théologie fondamentale que des rappels élémentaires. On commencera avec l’Affaire Dreyfus pour s’arrêter aux années 50, dans cette évocation des relations entre protestants et Juifs de France.

Certes, nos relations entre judaïsme et protestantisme n’ont pas commencé avec la Conférence de Seelisberg en 1947, ou la création de l’Amitié judéo-chrétienne de France en 1948, pas plus qu’avec la première Assemblée œcuménique mondiale de la même année. L’histoire de nos relations est plus ancienne, d’autant qu’elle est consubstantielle au christianisme. Je ne remonterai donc ni à l’Eglise des premiers siècles, ni même à la Réforme protestante du XVIè siècle. Je me contenterai de partir des années 1890 qui, autour de la condamnation injuste du capitaine Dreyfus, ont marqué en Occident un sommet dans la crise entre Juifs et chrétiens, au sein de la société française plus encore. Mais là, déjà, les protestants ont joué un rôle certain et souvent positif, sinon prophétique.

*

En effet, lors de l’affaire Dreyfus, nombre de protestants prirent position en faveur du capitaine accusé de trahison. Les protestants « dreyfusards » sont alors de deux ordres. Les uns autour de Charles Péguy qui terminait sa « Note conjointe sur M. Descartes… » en affirmant qu’il avait « ses principaux amis, Monseigneur, comme je les ai, chez les protestants et chez les juifs ». Parmi ces protestants, le Doyen Raoul Allier, ou le pasteur Emile Roberty, l’un de la Faculté de théologie protestante, l’autre de l’Oratoire du Louvre, à Paris. Et lorsque des listes de protestations circulent pour encourager la révision du procès, nombre de signataires sont des paroisses, comme dans les Cévennes celle de Saint-Jean-du Gard dont la section locale de l’Union chrétienne de Jeunes gens envoie cette lettre à Madame Lucie Dreyfus, l’épouse du capitaine. Elle est datée du 4 juin 1898, suivant le fameux « J’accuse » de Zola du 13 janvier. Je cite :

« L’UCJG de Saint-Jean-du-Gard après avoir rendu grâce à Dieu, dans sa séance générale de ce jour, pour le triomphe de la justice et de la vérité, a décidé de vous adresser, ainsi qu’à tous les membres de votre famille, l’expression sincère de notre joyeuse sympathie. Ce matin, avant de participer au repas joyeux de la Sainte Cène, nous avons demandé au Dieu tout-puissant ses bénédictions les plus précieuses en particulier pour le noble soldat qui, injustement condamné, voit aujourd’hui se lever l’aurore du jour de la délivrance. Nous n’avons pas oublié le peuple d’Israël et son rétablissement prochain. Veuillez agréer, madame, les respectueuses salutations de vos bien dévoués en la foi du Dieu d’Abraham et de Jésus-Christ. »

Cité par Patrick Cabanel, « Juifs et protestants en France, les affinités électives, XVIè – XXIè siècle » Fayard, 2004 (pp. 174-175)

D’autre part sont aussi partisans du respect du peuple juif et de la reconnaissance pour son apport permanent à la pensée et à la civilisation, des théologiens comme le suisse Leonhard Ragaz (1868-1945), grand ami de Martin Buber, ou le pasteur Wilfred Monod (1867-1943). Cette jeune génération de chrétiens sociaux prendra fermement position dès les premiers signes du péril qui monte en Allemagne, en 1932-33 . J’en donne deux exemples, d’après une documentation peu connue, datée de 1933, publiée à Genève par « L’Union suisse des communautés israélites ». Au début d’une brochure de 27 pages, consacrée à « L’attitude des Eglises chrétiennes devant la persécution des Juifs en Allemagne », on trouve, après un premier « Manifeste signé des 1200 ministres protestants des 42 Etats d’Amérique du Nord et du Canada », ces deux messages que je vous lis. Le premier, de Wilfred Monod, est heureusement marqué par un style déployé au service de la pensée. Ecoutez plutôt :

Message de M. Wilfred Monod, membre du conseil Œcuménique du christianisme pratique, adressé en date du 30 Mars 1933 au Comité français pour la protection des intellectuels persécutés.

« Monsieur le Président,

« Permettez-moi d’exprimer le soulagement que j’éprouve à la pensée que la France offre l’hospitalité aux Israélites qui fuient les ténèbres d’un nouveau Moyen-Age.

« Ecrasés jadis par les grands empires d’Orient, vassaux des monarques antisémites, rois d’Egypte ou de Syrie, politiquement anéantis par les Musulmans, persécutés de toutes manières, traités de sans-patrie encore au XXè siècle, et parfois sevrés du droit commun dans les pays où ils étaient dispersés, les Israélites n’ont pas disparu comme les Phéniciens ou les Ninivites ; sans territoire, sans gouvernement, sans monnaie, sans drapeaux, la race d’Abraham s’est maintenue vivante et vivace.

« Quel entêtement splendide, ou quelle ténacité surnaturelle ! Or, il se trouve que le judaïsme a cependant donné au genre humain le Livre mystérieux qui entretient ainsi par la flamme inextinguible d’un idéal universaliste, internationaliste, œcuménique, l’état d’une catholicité humaine. Israël a légué aux hommes la Bible, Jésus-Christ et la vision messianique du Royaume de Dieu.

« Le 29 août 1914, dans les Vosges, un de nos soldats catholiques romains, mortellement frappé, demandant un crucifix, ce fut l’aumônier israélite qui lui apportait le symbole auguste quelque temps avant d’expirer lui –même auprès d’un Père jésuite. Ceci se passait un samedi, jour sacré du sabbat juif.

« Salut aux représentants du peuple errant ! Celui-ci découvrira sur le sol français un lieu pour reposer sa tête ».

Cité par le Pasteur Bosc. Meeting de protestation de Lille. Mercure Universel. Lille-Paris, p. 49-50)

Daté du 30 Mars 1933, le message de Wilfred Monod est suivi le 4 avril par un texte signé Marc Boegner, Président de la Fédération Protestante de France. Je le cite, lui aussi, intégralement, d’un ton différent, avec la déférence due à son destinataire, M. Le Grand-Rabbin de France. Voici :

TEXTE DU MESSAGE DU CONSEIL DE LA FEDÉRATION PROTESTANTE DE France, ADRESSÉ EN DATE DU 4 AVRIL 1933 À M. LE GRAND-RABBIN DE France.

« Monsieur le Grand-Rabbin,

Le Conseil de la Fédération protestante de France, réuni aujourd’hui pour la première fois depuis qu’a commencé, pour vos coreligionnaires d’Allemagne, une ère de grandes souffrances, me prie de vous assurer que les protestants français s’unissent de tout leur cœur à l’indignation de leurs compatriotes israélites et à la détresse des victimes d’un fanatisme odieux.

Les fils spirituels des Huguenots tressaillent d’émotion et de sympathie chaque fois qu’une minorité religieuse est persécutée. Et ils savent trop ce que le christianisme et, très particulièrement, les Eglises de la Réforme doivent aux Prophètes qui ont frayé la voie à l’Evangile pour ne pas se sentir meurtris des coups qui frappent les fils d’Israël.

Que Dieu aide vos coreligionnaires si durement éprouvés à trouver en Lui, comme leurs ancêtres tant de fois opprimés, leur force et leur consolation, et qu’Il vous donne, à vous et aux Israélites de France, le secret des paroles qui apaisent la douleur et des actes qui ravivent l’espérance !

Nous avons la certitude, dont je tiens à vous faire part, que toutes nos Eglises, au cours de la Semaine Sainte, s’uniront dans une fervente intercession pour les Israélites d’Allemagne.

Veuillez agréer, Monsieur le Grand-Rabbin, l’expression déférente de mes sentiments les plus dévoués .

Le Président de la Fédération Protestante de France
Signé : Marc BOEGNER

(extrait de la Vie Nouvelle de Montauban du 14.IV.1933)

Je passe rapidement, mais sans les oublier, sur les prises de position et engagements théologiques du Synode de Barmen ou de Karl Barth, en Allemagne, pour en arriver à la France des années 35 et suivantes.

A l’occasion de l’Assemblée protestante annuelle du Musée du Désert, en septembre 1935, André Chamson, dans un discours célèbre, reprend le mot d’ordre et d’espérance de Marie Durand, enfermée trente-huit ans dans la Tour de Constance, et qui grava sur la pierre le mot de « RÉSISTER » à la barbarie qui s’instaure et à la terreur qui se généralise.

Après la « Nuit de Cristal », le Conseil de la Fédération protestante de France condamne vigoureusement les pogroms, dans sa séance du 29 novembre 1938. Je cite encore :

« Réunis pour la première fois depuis qu’un crime odieux a donné prétexte à de nouvelles persécutions contre les Juifs, le Conseil de la Fédération Protestante de France sait être l’interprète de toutes les Eglises qu’il représente dans notre Patrie en élevant une protestation solennelle contre un pareil déchaînement de violence et de cruauté.

Les Eglises chrétiennes trahiraient le message qui leur est confié si elles ne condamnaient sans réserve les doctrines racistes comme contraires à l’enseignement du Christ et des Apôtres et si elles ne réprouvaient, avec la dernière énergie, les méthodes barbares par lesquelles on entend les appliquer dans la vie des nations. »

Etudes Théologiques et Religieuses, 1982/2, p. 189

En février 1940, pendant la « drôle de guerre », c’est le Synode national de l’Eglise réformée de France qui, réuni à Montauban, rappelle que « la fidélité de l’Eglise à son message » implique qu’il n’y ait « aucune ambiguité et que la soumission des croyants à l’Etat est toujours conditionnnelle ».

On retrouve les thèses de Barmen.

En Juin 1940, la CIMADE est créée pour intervenir dans les premiers camps d’internement où sont enfermés les Juifs étrangers réfugiés en France. Ils sont 1500 à Gurs, bientôt 5000, auprès desquels se mobilisent Madeleine Barot, Jeanne Merle d’Aubigné et le jeune pasteur André Dumas.

Le premier statut des Juifs, du gouvernement de Vichy, en octobre 1940, est passé inaperçu… Ce sera le 26 mars 1941 que Marc Boegner écrit deux lettres au nom du conseil national de l’E.R.F. qu’il préside, l’une à l’Amiral Darlan, vice-président du Conseil, l’autre au Grand-Rabbin de France, Isaï Schwarz. Voici la lettre à ce dernier :

26 mars 1941
Lettre du pasteur Marc Boegner
au grand rabbin de France

Le Conseil national de l’Eglise Réformée de France vient de se réunir pour la première fois depuis la mise en application de la loi du 3 octobre 1940. Il m’a chargé de vous exprimer la douleur que nous ressentons tous à voir la législation raciste introduite dans notre pays et à constater les épreuves et les injustices sans nombre dont elle frappe les Israélites français.

Ceux qui parmi nous pensent qu’un grave problème a été posé devant l’Etat par l’immigration massive d’un grand nombre d’étrangers, juifs ou non, et par des naturalisations hâtives et injustifiées, ont toujours exprimé la conviction que la solution de ce problème doit s’inspirer du respect de la personne humaine, de la fidélité aux engagements de l’Etat, des exigences de la justice dont la France n’a jamais cessé d’être le champion. Ils n’en sont que plus émus par l’application rigoureuse d’une loi frappant indistinctement les Israélites français depuis de longues générations, et souvent depuis des siècles, et les naturalisés d’hier.

Notre Eglise, qui a jadis connu les souffrances de la persécution, ressent une ardente sympathie pour vos communautés dont en certains endroits la liberté du culte est déjà compromise et dont les fidèles viennent d’être si brusquement jetés dans le malheur. Elle a déjà entrepris et ne cessera pas de poursuivre des démarches en vue d’une refonte indispensable de la loi.

Entre vos communautés et les Eglises de la Réforme existe un lien que les hommes ne peuvent briser : la Bible des Patriarches, des Prophètes et des Psalmistes, l’Ancien Testament dont Jésus de Nazareth a nourri son âme et sa pensée et où ses disciples de tous les siècles entendent la parole de Dieu. Notre Eglise sait tout ce que Dieu lui donne dans une méditation des Livres Saints, et son intercession pour les Israélites français si durement traités n’en est que plus fervente.

Veuillez agréer, Monsieur le Grand Rabbin, l’expression déférente de mes sentiments les plus dévoués.

(citée par Marianne Carbonnier-Burkard et Patrick Cabanel, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, 1998, p. 184)

En septembre 1941, une dizaine de théologiens protestants réunis à la Communauté de Pomeyrol (St-Etienne du-Grès, dans les Bouches-du-Rhône) rédigent des « thèses » qui rejoignent celles des « Cahiers du témoignage catholique » publiés clandestinement à Lyon par le père Chaillet : les feuilles montpelliéraines, « Présence de l’Eglise » se fondent en janvier 1942 avec les Cahiers de Lyon qui deviennent « du Témoignage chrétien ». Des Thèses de Pomeyrol ainsi diffusées je cite la 7è et le début de la 8è :

« Fondée sur la Bible, l’Eglise reconnaît en Israël le peuple que Dieu a élu pour donner un Sauveur au monde et pour être, au milieu des nations, un témoin permanent du mystère de sa fidélité. C’est pourquoi, tout en reconnaissant que l’Etat se trouve en face d’un problème auquel il est tenu de donner une solution, elle élève une protestation solennelle contre tout statut rejetant les Juifs hors des communautés humaines » ( noter la réserve sur le « problème juif », typique de l’atmosphère des années 1930, même chez les meilleurs). La thèse 8 dénonce les « équivoques » de la collaboration et conclut, à partir du texte d’Hébreux, 12, 4 ( »Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans la lutte contre le péché )» : « Tout en acceptant les conditions matérielles de la défaite, (l’Eglise) considère comme une nécessité spirituelle la résistance à toute influence totalitaire et idolâtre ».

(Sur toute cette période, il faut consulter les Actes du Colloque de Paris, novembre 1992, réunis par André Encrevé et Jacques Poujol, sous le titre : « Les protestants français pendant la seconde guerre mondiale », supplément au Bulletin de la S.H.P.F. n° 3, 1994).

*

Le 20 Août 1942, Marc Boegner écrit une nouvelle fois pour protester contre les grandes rafles de l’été en zone non occupée. Mais je cite une page de la biographie que Roger Mehl a consacrée à Marc Boegner (Plon, 1987) :

« Dès 1942, l’antisémitisme se développa en zone dite non occupée. Comme le note Boegner : « Nous vîmes déferler à travers les camps, les villes et les villages une vague d’horreur. » Un espoir subsistait quand même dans son cœur : une intervention commune de l’Eglise catholique et des Eglises protestantes aurait peut-être plus d’effet. Cette proposition n’eut qu’un demi-succès. Boegner obtint cependant du cardinal Gerlier l’envoi d’une lettre distincte de la sienne, mais simultanée, au Maréchal. Celle de Boegner, datée du 20 août 1942, connut une très large diffusion grâce à la presse et à la radio internationales. Elle a un caractère tout nouveau par rapport à ses précédentes interventions, en ce sens qu’elle porte sur les opérations de livraison à l’Allemagne de juif étrangers, déjà internés dans les camps : « La vérité est que viennent d’être livrés à l’Allemagne des hommes et des femmes réfugiés en France pour des motifs politiques et religieux, dont plusieurs savent d’avance le sort terrible qui les attend (…) Je suis obligé d’ajouter, Monsieur le Maréchal, que la livraison de ces malheureux étrangers s’est effectuée, en maints endroits, dans des conditions d’inhumanité qui ont révolté les consciences les plus endurcies et arraché des larmes aux témoins de ces mesures ».

pp. 146-147

Suivront un appel à lire dans les paroisses, après une seconde rencontre à Pomeyrol, un entretien orageux entre Boegner et Pierre Laval, enfin, après l’échec de la conviction servie par la diplomatie, ce sera l’organisation de la résistance, les filières vers la Suisse, tout un travail dont il sera rendu compte à l’Assemblée du protestantisme, réunie à Nîmes en 1945.

*

Mais je crains de vous donner l’impression que je me livre à une apologie du protestantisme français, oubliant d’autres résistances. Or, s’il est vrai qu’il y eut des paroles publiques courageuses, parfois précoces, de la part des pasteurs et des fidèles de nos Eglises, des Synodes et de la Fédération protestante, puis, et plus encore, des actes de solidarité et des actions de sauvetage, il me faut nuancer ce constat positif par trois remarques finales.

  • Les protestants français, comme l’ensemble de nos concitoyens, assommés par la défaite de juin 40, ont été en majorité et au début de l’occupation des « maréchalistes » plus ou moins résignés. La « résistance » s’est organisée ultérieurement et partiellement, malgré la lucidité prémonitoire de quelques-uns, Jacques Martin, Auguste Lemaître, puis André Philip, René Courtin, etc…
  • Il y eut dans ce protestantisme une mini-tendance opposée, nationaliste et vichyssoise, représentée par le mouvement « Sully » et quelques égarés dont le pasteur Noël Vesper, et sa femme, tous deux fusillés à la Libération…
  • Enfin les vieilles terres protestantes – et c’est le plus connu mais qui n’est pas exhaustif de notre histoire – ont accueilli nombre de Juifs menacés. En Cévennes, dans la Drôme et en Ardèche, de Dieulefit au Chambon-sur-Lignon, villages qui hébergèrent jusqu’à 10 % de Juifs – on pourra dire après la tourmente : « ici, on a aimé les Juifs ». Comme aussi, plus discrètement parfois, à Lille, Paris ou Lyon.

*

Un mot de conclusion, pour prendre du recul et ouvrir un débat.

Ce rapide parcours historique, si on en faisait une analyse théologique et politique, permettrait peut-être de proposer le point de vue suivant : les protestants, dans leur solidarité avec les Juifs, ont pu être conduits, outre leur condition de minorité, elle aussi jadis persécutée, par deux raisons mobilisatrices.

L’une est d’ordre théologique, et concerne très exactement l’élection d’Israël et la vocation inamissible du peuple de Dieu pour le salut de toute l’humanité.

L’autre est d’ordre évangélique, sollicitée par la compassion et la charité, en raison des droits de tout homme à la vie et des devoirs de tout homme à la protéger.

Mais la suite de nos travaux pourra reprendre cette hypothèse, et la confirmer éventuellement.

Je vous remercie.

M. Leplay

 

 

RESUME

 

La relation entre juifs et protestants est très ancienne, car elle est « consubstantielle » du christianisme. Sans remonter jusque là, on peut évoquer l’affaire Dreyfus. Les protestants ont massivement pris position pour le capitaine Dreyfus. Ch. Pégy et plusieurs personnalités protestantes prennent la défense de Dreyfus et des pétitions circulent dans les paroisses protestants dans toutes les régions de France.

Le christianisme social est partisan du respect du peuple juif et confesse son apport permanent à la pensée religieuse.

Pendant les années noires à partir de 1933, les prises de position protestantes ont été rapides et nombreuses. Wilfred Monod et Marc Boegner en 1933 font des courriers sans aucune ambiguïté pour condamner les mesures prises contre les juifs en Allemagne et souhaitent une France accueillant pour ceux qui veulent fuir l’oppression. Septembre 1935, au Musée du Désert, André Chamson appelle le protestantisme à résister à la barbarie. Le conseil de la FPF condamne vigoureusement le pogrom de la Nuit de cristal. Le synode national de Montauban rappelle que la soumission à l’état est toujours conditionnelle. En 1940 est créée la Cimade pour accueillir les réfugiés juifs.

En 1941, Marc Boegner fait un courrier au grand rabbin par lequel il déplore la mise en place d’une législation raciste. Le lien entre les deux communautés est la Bible. En sept 1941, une dizaine de théologies protestants rédigent des thèses contre les lois racistes et d’exclusion. Elles rejoignent en 1942 les cahiers de Lyon, pour fonder les cahiers du témoignage chrétien.

En août 1942 Boegner écrit une nouvelle fois pour dénoncer les rafles de l’été.

Il y a eu des paroles publiques courageuses, voire prophétiques, des actes discrets et risqués de solidarité et de résistance, mais :

  • les protestants français assommés par la défaite de 1940 ont été majoritairement au début des pétainistes résignés. La résistance s’est organisée plus tard à partir de 1942.
  • Mini-tendance opposée, nationaliste, vichissoise et antisémite (le mouvement Sully)
  • Des terres protestants ont accueilli nombre de juifs menacés (jusqu’à 10 % de juifs dans certains villages protestants)

Si on en faisait une analyse théologique, les protestants ont pu être conduits par leur condition de minorité persécutée mais aussi par deux autres raisons :

  • l’élection d’Israël et son rôle dans le salut de l’humanité
  • impulser par la compassion et la charité le droit à la vie et le devoir de la protéger.