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Diversité en communion |
Avril 2005
Quand Anglicans et Catholiques se rencontrent, ils invitent toujours un protestant comme observateur.
C’est le privilège du protestant de prendre la mesure de ces dialogues dit « French ARC » (anglican roman catholic commission) comme il existe une ARCIC (anglican roman catholic international commission) qui travaille depuis années Vatican II, malgré les aléas internes à chacune des confessions.
Bien des sujets y ont été abordés. Notamment l’Eucharistie donc le document fait référence et représente une bonne catéchèse que l’on devrait utiliser plus souvent. Les derniers documents sur le Don de l’autorité et sur Marie, sont à mettre en parallèle avec les documents du groupe des Dombes, même si le synode anglican a demandé la révision du premier pour mieux prendre en compte les données de la Réforme.
Il faut dire que les Anglicans se veulent pleinement catholiques (au sens de la plénitude de foi apostolique s’inscrivant dans la continuité historique) et ayant pleinement intégré les données de la Réforme du XVIe siècle. Si bien que les protestants français les prennent pour des pseudo catholiques, alors que les catholiques les prennent pour des quasi-protestants !
Au plan plus local et national, le French ARC (et le Belgium ARC qui l’a rejoint pour cette session) est un groupe de contact développant des liens amicaux et pastoraux des deux Eglises majoritaires des deux côtés de la Manche. Alors qu’il ne se sent pas chez lui dans l’Eglise catholique Anglaise, l’anglican moyen se sent chez lui dans l’Eglise catholique française, par réflexe sociologique. C’est le paradoxe, alors même que les accords de Reuilly entre Anglicans et luthéro-réformés français offrent doctrinalement plus de possibilités pastorales et d’accueil mutuel à la cène-eucharistie.
Le French ARC a donc développé (en particulier en régions frontalières, et souvent avec les protestants) toute une dynamique d’échanges qui n’a pas été freinée par les difficultés des dialogues internationaux : jumelages, rencontres et voyages communs, échanges en tous genres, y compris d’évêques à évêques.
Un document sur les jumelages (élaboré et présenté en même temps que les accords de Meissen anglicans/protestants allemand – 1990) en est la trace et la référence. Ce document évoque notamment, en termes très mesurés, une hospitalité eucharistique possible pour des anglicans en manque eucharistique et perdus dans la nature française (catholique donc). Mais la réciproque n’est pas vraie : un catholique français trouve toujours une Eglise catholique en Grande Bretagne !
Sur cette question (décidément au centre de bien des débats théologiques mais qu’il faut tenir à distance du personnel et du passionnel qui s’y engouffre facilement), le dialogue se poursuit avec une nouvelle donne : le document anglais « One bread, one body », auquel les anglicans ont répondu, qui réaffirme fortement l’impossibilité catholique (mais pas seulement catholique) d’une eucharistie partagée tant que l’unité du corps ecclésial n’est pas réalisée autour de la foi apostolique commune et du corps épiscopal dans la continuité historique.
De manière générale et dans l’ensemble de la communauté œcuménique, la discussion semble pour l’instant figée entre les tenants de l’Eucharistie comme expression de la pleine communion déjà réalisée et les tenants de l’Eucharistie comme repas d’une communion « en chemin », partielle mais déjà assez substantielle. Deux convictions légitimes… mais symétriques.
Le débat rejoint le travail du comité mixte protestants/catholique en France qui, lui, pointe le fait que bien des préjugés restent encore à lever.
French et Belgium ARC ont aussi fait le tour de l’actualité anglicane liée au mariage civil du Prince Charles (avec seulement une prière de l’Eglise anglicane et non une célébration de mariage au plein sens du terme) ; aux funérailles de Jean Paul II où pour la première fois la couronne anglaise était présente ; au rapport Windsor qui précise, après l’ordination d’un évêque homosexuel aux USA et la bénédiction de couples de même sexe au Canada, ce que signifie pour la communion anglicane le concept d’« autonomie en communion » et cherche à renforcer l’autorité du pôle communion. De son côté, la province des USA a établi un moratoire sur toute ordination épiscopale et exprimé sa repentance pour n’avoir pas tenu compte de la communion anglicane.
Avant de se séparer, le groupe a rendu hommage au théologien Louis DEROUSSEAU, l’un des grands (et tout aussi humble) théologiens français catholiques qui ont porté la dynamique œcuménique de Vatican II jusqu’à aujourd’hui. Cheville ouvrière du dialogue, expert auprès de la commission épiscopale pour l’unité des chrétiens, il a tout traversé et accompagné avec fidélité les relations avec les anglicans.
Elargissant son regard aux dimensions de la planète, le P. Derousseau nous rendait attentif aux changements profonds des rapports des Eglises et des Sociétés. A la mort de Pie XI, le corps du pape avait du être transporté de nuit du Latran au Vatican sous les quolibets du genre « au Tibre la charogne ! ». Quel contraste avec les obsèques Jean Paul II ! (GD)