Des échos sont déjà prévus dans les instances officielles de nos Eglises (AG, synodes, consistoires…) et dans les journaux (régionaux, paroissiaux…). Et nos délégués s’organisent sur le terrain : conférences à deux ou trois voix, films et power-point à l’appui, cultes à thèmes, etc.
Voici ce dont ils témoignent, histoire de vous donner goût à les inviter ou à aller plus loin en groupe :
Bon climat général
- un nouvel esprit réaliste naît dans l’œcuménisme : étant conscients de la diversité avec ses aspects positifs et négatifs, à Sibiu, on a dépassé l’ère du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». L’embrassade tous azimuts, souvent superficielle, fait place à une attitude plus pragmatique : Il ne faut pas tout accepter, nous avons encore un long chemin devant nous qui mérite d’être entamé. Il n’y a pas mieux pour s’entendre ! (Enno Strobel)
- les discours des cardinaux Walter Kasper et Jean-Pierre Ricard, ainsi que d’autres hauts responsables catholiques ont nettement nuancé la brutalité des déclarations vaticanes du 10 juillet dernier, réaffirmant que « l’église du Christ subsiste dans l’église catholique ». Et entendre un archevêque catholique proclamer : « C’est vous tous ici rassemblés à Sibiu, qui constituez la véritable église du Christ » fut un moment particulièrement émouvant (François Walter)
L’expérience de la diversité et de la ferveur
- L’expérience de la diversité culturelle chrétienne en Europe est impressionnante. On n’a pas tous les jours l’occasion de discuter avec un baptiste russe, un orthodoxe roumain, un moine orthodoxe arménien, une laïque évangélique anglaise s’engageant dans un groupe œcuménique local, une diaconesse française et un évêque luthérien suédois en même temps sur un même sujet ! (Enno Strobel)
- peut-être plus que les discours solennels, c’est la ferveur intense avec laquelle tous les participants ont chaque jour prié et chanté ensemble, mangé bu et discuté ensemble, à la recherche de moyens de mobiliser leurs églises pour promouvoir la paix, la justice et la sauvegarde de la création, qui m’a redonné espoir dans l’œcuménisme (François Walter)
- c'est justement l'autre aspect qui m'a touchée, cette ouverture aux autres et ce désir de dialogue, de rencontre de l'autre qui a grandi tout au long de la session. L'atmosphère d'amitié fraternelle qui était là, entre nous tous, au retour, était vraiment un don de l'Esprit, m'a-t-il semblé. (Sr Christiane)
Spiritualité
- Ce qui m'a le plus marquée, ce sont les célébrations : je crois vraiment que, quand on prie ensemble, il se passe quelque chose dans nos cœurs... une ouverture à l'autre et un accueil de l'autre par delà nos différences et nos difficultés de dialogue et de compréhension mutuelle ! (Sr Christiane)
- Comme toujours nous avons été frappés par le faste, la richesse et la spiritualité de la tradition orthodoxe, ainsi que par la pompe de ses célébrations (François Walter)
Des limites ?
- L’overdose de discours consensuels (à part Kasper, Barroso, Ricardi, et de Clermont) m'a laissé un sentiment de stagnation (Jean Luc Leibe).
- On a parfois eu l’'impression de voir chacun des intervenants se camper dans sa position et s'efforcer à certains moments de faire passer ses points de vue. (Jean Ravalitera)
- Il y a encore un long chemin à faire, jusqu’à ce qu’un réformé français puisse sereinement se pencher sur des questions de morale de toute sorte avec un orthodoxe russe. Tant que l’un accuse publiquement l’autre de décadence, tout en profitant sans gêne de sa puissance économique, on n’a pas encore trouvé le vrai mode de vie œcuménique européen. (Enno Strobel)
- Un certain nombre de profs de théologie et de responsables orthodoxes (dont Daniel, le nouveau patriarche qui m'a parlé en août, lorsque je l'ai rencontré par hasard, de ses études à Strasbourg) ont été formés en France et nous pouvons donc espérer des dialogues fructueux... Ils comprennent aussi mieux que d'autres les problèmes que nous pose la sécularisation. (Marie Christine Michaud)
Des progrès ?
- Les progrès fulgurants en matière de rapprochement de la doctrine et de la pratique chrétienne depuis 60 ans ne se sont pas encore accompagnés d’un travail d’information auprès des populations chrétiennes d’Europe. Ceci nuit à l’influence des Eglises sur le processus de construction européenne. Cette lacune a également pour conséquence de miner l’homogénéité retrouvée du christianisme. En effet à Sibiu les Eglises ont montré qu’elles étaient de plus en plus déchirées par des lignes de fracture plus identitaires que confessionnelles. Si au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi on interprète désormais de façon exclusiviste la relation de l’Eglise du Christ à l’Eglise catholique, les mondes orthodoxe et protestants sont eux aussi de plus en plus partagés entre ceux qui rejettent en bloc le monde moderne (au risque de se couper de ses fondements chrétiens) et ceux qui cherchent à l’évangéliser (au risque de s’en accommoder). Malgré cette fracture nouvelle au sein du monde chrétien, l’assemblée de Sibiu a cependant fait apparaître des points de consensus nouveaux entre les différentes traditions chrétiennes sur les questions de justice, de paix et de défense de l’environnement. (Antoine Arjakovsky ; orthodoxe directeur de l’institut d’études œcuméniques de Lviv, dans La France Catholique du 10.09)
L’Europe
- Le thème de l’Europe avait suscité l’intérêt des politiques, démontré notamment par la venue du Président de la Commission Européenne José Manuel Barroso, qui a exprimé avec force sa reconnaissance aux Eglises de participer à la construction européenne.Il est clair pour moi qu’il s’agissait là d’abord d’une occasion pour les chrétiens de témoigner de leur présence en Europe et de leur volonté de participer au processus d’unification du continent. Avec, en arrière fond, la polémique autour des racines chrétiennes de l’Europe, mais aussi le besoin de montrer que les divisions confessionnelles (notamment entre les Eglises d’Orient et d’Occident) ne viendraient pas menacer l’unité européenne. (…) Pour moi, tout cela plaide davantage pour un témoignage commun des Eglises au service du monde, plutôt que pour un débat sans fin dans la recherche de la « vraie bonne théologie unique » acceptée par tous les chrétiens. L’unité visible, ce n’est pas forcément une eucharistie partagée : ça peut être aussi un engagement fort et commun pour la paix, la justice et la sauvegarde de la Création. De ce point de vue, l’assemblée de Sibiu a témoigné de l’unité : les problématiques du réchauffement climatique, de la guerre ou du traitement inacceptable des migrants sont explicitement pointées dans les recommandations de l’assemblée. Mais attention ! Pour les œuvres, tout n’est pas parfait non plus : chaque Eglise y va de son fleuron diaconal, histoire de montrer que, tout de même, on est en avance sur les autres… Le message des jeunes du mouvement œcuménique, rassemblés à St Maurice en septembre de cette année et annexé à celui du rassemblement de Sibiu, est très clairvoyant sur toutes ces questions : « Le mouvement œcuménique des jeunes s’engage pour un renouveau du processus de réconciliation pour la justice, la paix et la sauvegarde de la création (…) Nous appelons les Eglises à arrêter la compétition entre elles et à vivre l’Evangile en vérité. En effet, nous ne voulons pas rendre témoignage à la puissance de nos Eglises, mais à Christ. » (Alain Spielewoy)
Une idée concrète pour le retour
- Ma rencontre à Sibiu avec le président (orthodoxe roumain) du Conseil d'Eglises chrétiennes à Milan m’a donné des idées. En avril 2007, toutes les Eglises membres de ce conseil ont formellement signé une document par lequel elles s'engageaient à mettre en œuvre la charte œcuménique. Il m'a donné une copie du texte. L'initiative me semble intéressante. (Jean Luc Leibe)
Au final
- En rentrant de Sibiu je me sens ressourcé, heureux d’avoir fraternisé avec tous ces responsables d’églises de divers pays d’Europe et observé leur volonté de faire progresser l’œcuménisme, conformément à la Charte Œcuménique signée en 2001 conjointement par la KEK et le CCEE. Oui la lumière du Christ brille pour tous les humains ! Le verset de Jean 1,9 a été notre beau slogan et notre guide ; il a habité nos prières et nos chants au cours de ces six journées.(François Walter)