Pour une réflexion collective Travail, partage, exclusion, une interview de Michel Vaquin

Auteur : VAQUIN Michel

 Un groupe d'études de la Commission Sociale Economique et Internationale de la Fédération protestante de France (FPF) à rédigé un dossier d'analyses et de propositions sur le travail, destiné à nourrir la réflexion des églises et des associations. Michel Vaquin, directeur d'une grande banque, vice-président du CFPC-patrons et dirigeants chrétiens, a participé à l'élaboration de ce document.

Pourquoi ce dossier "Travail-Partage-Exclusion" ?

M.V.3,2 millions de chômeurs dont 25% de jeunes, 1 million de RMistes, il faut regarder le problème en face. On entend beaucoup de discours mais les actions restent très parcellaires. Ce problème doit être abordé collectivement avec plus de sérieux et de pragmatisme.

Le pasteur Jacques Stewart a donc demandé à notre groupe, de sept personnes de sensibilités et d'horizons différents, d'élaborer un dossier destiné aux Eglises et associations protestantes. Après avoir décortiqué les rapports des experts et rencontré des partenaires sociaux, notre équipe a reconnu qu'un consensus s'était établi quant à " la préférence française pour le chômage." Nos choix implicites et explicites font que nous sommes parmi les lanternes rouges de l'Europe en matière d'emploi.

Y a-t-il une manière protestante de traiter ce problème ?

M.V. Vaste question... S'interroger ensemble, dans le respect des sensibilités différentes, fait partie de la culture protestante. C'est porteur d'un certain message. La société française étant confrontée ou problème de l'exclusion, il faut une démarche nouvelle pour réintégrer les exclus; elle nécessitera une énergie de nature spirituelle. Sans en avoir le monopole, la Fédération protestante doit avoir une Parole. La rupture des liens sociaux est telle que l'économie ne peut pas apporter seule la réponse. Il faut une attitude de foi et d'espérance. Nous devons remettre en cause notre attitude face aux chômeurs et leur donner la parole. Nous, protestants peut-être encore plus que les autres puisque la Réforme a qualifié le travail de vocation.

Les protestants se sont-ils mobilisés depuis que le dossier est sorti en septembre 1994 ?

M.V. Les paroisses organisent des débats et des rencontres avec les organismes locaux chargés des questions de l'emploi et du social, l' Eglise Réformée en région parisienne a même prévu en mai un synode extraordinaire, lors de cultes, la parole est donnée aux chômeurs. L'Eglise est alors le lieu de débat que pourrrait être la société. Chacun se sent concerné par ce problème et prend conscience que, à son niveau, il peut agir. Mais ce dossier a touché au-delà des sphères protestantes, puisqu'on a dû multiplier par cinq le tirage initial. Nous recevons beaucoup de courrier d'encouragements et de remerciements de la part de chrétiens qui se joignent aux groupes de réflexion protestants. Les syndicats et les dirigeants ont aussi accueilli avec enthousiasme ce document de pistes de réflexion.

Qu'attendez-vous des pouvoirs publics ?

M.V. Dans ce dossier " Travail-Partage-Exclusion " nous demandons un grand débat national sur le chômage et l'exclusion avec l'ensemble des parties prenantes Etat, collectivités locales, les syndicats, associations et, plus généralement, l'ensemble des hommes et femmes, et ils sont nombreux, déjà mobilisés.. Actuellement, on discourt sur le sujet mais sans une concertation suffisante. Il faut une mobilisation générale et organisée. Sinon on arrivera à une explosion sociale.

C'est au niveau local qu'il faut développer des actions soutenir des organismes d'insertion, poser le problème de la place des salariés sans qualification, envisager des emplois de proximité et faire progresser le travail à temps partiel dans les entreprises.

"Travail-Partage-Exclusion" est disponible à la Fédération protestante de France. Prix : 30 FF.

Source : LETTRE DE LA FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;5
Date de parution : janvier 1995