28-04-17 10:11 Il y a: 177 days

Surpopulation carcérale : Objectif 15.000 personnes détenues en moins - Appel des aumôniers de prison et présidents d’associations

Par Véronique FAYET, Présidente du Secours Catholique, Alexandre DUVAL-STALLA, Avocat et Président de Lire pour en sortir, Jean-François PENHOUET, Aumônier général catholique des prisons et, Brice DEYMIE, Aumônier général protestant, Alain SENIOR, Aumônier général Israélite, Hassan EL ALOUI TALIBI, Aumônier général musulman.


Un taux de personnes détenues et de surpopulation carcérale jamais atteints en France, la démission du tout nouveau Directeur de l’Administration pénitentiaire et le refus de la directrice de la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, d’accueillir toute nouvelle personne détenue dans son établissement saturé à plus de 200% marquent l’échec des politiques publiques menées en matière de sécurité depuis plus de 15 ans à travers des dispositifs pénaux inefficaces (peines planchers, élargissement des infractions assorties d’une peine de prison, réduction des accès aux aménagements de peine et aux alternatives à la prison).

Pourtant, en cette période de campagne présidentielle, bien qu’il soit évident que ces dispositifs ont failli en accroissant la récidive sans pour autant avoir fait baisser le taux de criminalité, des candidats, au nom d’une fermeté aveugle qui serait la solution à tous les maux, proposent non seulement de les reconduire, voire de les étendre, mais aussi de construire entre 15.000 et 40.000 places de prison supplémentaires.

Face à cette démagogie aussi irresponsable que dangereuse, il est urgent de s’attaquer, avec responsabilité et pragmatisme, au cœur du problème de la surpopulation carcérale : les maisons d’arrêt (qui connaissent une surpopulation pénale de 140% en France et jusqu’à 200% en Ile de France), les courtes peines (65% des peines en prison) et la détention provisoire (un tiers des personnes détenues). Avec un objectif : réduire de 15.000 le nombre de personnes détenues.

En premier lieu, il est important d’organiser une coordination Parquet/Juges/Prison au niveau local afin d’organiser une régulation des flux d’entrée et de sortie des personnes détenues qui soit partagée et gérée par tous ces acteurs, avec deux objectifs principaux : diminuer l’incarcération des personnes ayant à exécuter des peines de prison de moins d’un an à 25% des personnes détenues (36% actuellement) et limiter le recours à la détention provisoire afin de réduire le nombre de personnes détenues à ce titre en dessous de 20%.

En deuxième lieu, il est nécessaire de revoir l’échelle pénale de certains délits mineurs (comme le téléchargement illégal) en supprimant la peine encourue de prison pour des peines alternatives (amendes, jour-amende, semi-liberté, TIG et autres obligations contraignantes), de rendre moins systématique l’usage des comparutions immédiates et de réduire la durée et les cas de recours à la détention provisoire en matière délictuelle.

En troisième lieu, sur la prévention, il est urgent de concevoir les prisons, non plus comme des lieux d’exclusion, de punition et d’humiliation, mais, au contraire, comme des lieux privilégiés d’insertion, de reconstruction et d’ouverture sur la société civile. A cette fin, il faut élargir et renforcer l’action des intervenants extérieurs en matière scolaire, culturelle, sociale et économique. En effet, à quelques exceptions près, les personnes condamnées à des courtes peines de moins d’un an ne sont pas dangereuses, elles sont malheureusement pauvres (60% en dessous du seuil de pauvreté), désocialisées (plus de 50% sont sans emploi et sans famille), déscolarisées (76% n’ont pas le niveau CAP) et déculturées (32% ont des difficultés de lecture). C’est pourquoi, cette ouverture des établissements pénitentiaires doit s’accompagner de la mise en œuvre de politiques de prévention et d’insertion spécifiquement destinées aux personnes dont la situation culturelle, sociale ou économique en fait des candidats naturels à la prison.

Enfin, s’agissant des maisons d’arrêt, il est essentiel de limiter l’encellulement à deux personnes, de ne conserver que des établissements de taille moyenne, de rénover les bâtiments existants, d’organiser des instances de dialogue surveillants/Direction/personnes détenues, de favoriser l’ouverture des cellules en journée, de développer les activités scolaires, culturelles, sportives et de travail, d’accroitre sensiblement le nombre des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation et de créer des unités psychiatriques adaptées.

Cette politique sera infiniment moins coûteuse et plus efficace que les programmes de construction de prison qui sont aujourd’hui présentés comme la panacée mais qui ne feront qu’aggraver les maux dont souffrent les prisons françaises.

La politique est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls mains des politiques. C’est pourquoi, acteurs engagés de la société civile, nous appelons à une éthique de la responsabilité pour que soient abandonnés les projets de construction de places de prison supplémentaires. Il est urgent de faire de la prison non plus un lieu d’exclusion qui prépare celui qui s’y trouve à y revenir rapidement, mais un lieu de reconstruction et d’insertion qui permette de faire revenir parmi nous tous ceux qui, quels que soient les délits qu’ils ont commis, n’en restent pas moins des hommes et des femmes qui aspirent à une autre vie.



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