Au lendemain du référendum sur le traité constitutionnel pour l'Europe, message du pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France

Au lendemain de la victoire du non au référendum sur le Traité constitutionnel pour l’Europe, je me dois d’en tirer les premières conséquences pour les Eglises.

Tout d’abord le débat sur l’Europe a eu lieu. Les français se sont saisis de cette opportunité pour exprimer leurs espoirs et leurs craintes. Je regrette seulement qu’il ne l’aient pas fait plus tôt ; ce qui aurait permis de dissiper certaines de ces craintes. Ces deux derniers mois, les Eglises protestantes d’Alsace et de Moselle ont organisé plus de vingt débats ; elles ont ainsi apporté leur contribution propre. Peut-être toutes nos Eglises n’ont-elles pas saisi cette occasion. Toutes les Eglises néanmoins se trouvent aujourd’hui devant une double responsabilité.

  • En Europe et particulièrement en France, la crise sociale est grave. La politique gouvernementale comme la politique européenne en portent conjointement la responsabilité. Elles ne retrouveront crédibilité qu’en mettant au cœur de leur projet l’emploi, la protection sociale, la solidarité. Les chrétiens le savent à travers leurs services d’entraide dépassés par les demandes, les travailleurs sociaux écrasés par le sentiment d’être lâchés. Le non du référendum est d’abord un appel à un changement radical de politique. Fallait-il en faire payer le prix à l’Europe ? Je reste à penser que les avancées démocratiques proposées par le Traité constitutionnel, notamment quant au rôle du Parlement, valaient mieux que la conservation du traité de Nice.

    Quoiqu’il en soit la crise sociale doit être prise à bras le corps par les politiques ; de cette exigence, les Eglises ont à être les témoins. La Fédération protestante de France porte tout au long de cette année une réflexion pour mobiliser autour des associations d’entraide le plus grand nombre de protestants dès cet automne.

  • Les Eglises doivent particulièrement s’inquiéter de ce que ce vote, qui exprime une profonde aspiration sociale, puisse être confondu avec celui des souverainistes et de l’extrême droite, quand celui-ci est fait d’enfermement identitaire, de nationalisme, de protectionnisme, ou de xénophobie qui sont incompatibles avec le message des Eglises. Sauf à se renier, elles ont toujours été pluralistes, ouvertes au débat, à la recherche de voies de médiation ou de compromis, pour que des peuples et des cultures apprennent à vivre ensemble, dans le respect mutuel et la recherche du bien commun. Elles ont pour devoir d’être engagées aux côtés des migrants et des demandeurs d’asile. Pour les Eglises, l’Europe doit être comprise comme une espérance, qui se construit non sur la peur de l’autre, différent, mais sur le partage réaliste et la volonté d’avancer ensemble.

Lors du dernier Synode national de l’Eglise réformée de France (l’une des 17 Eglises membres de la FPF) un vœu rappelait la mémoire du protestantisme français d’avoir été accueilli par de nombreux pays d’Europe au moment des persécutions. Vis-à-vis de cette Europe nous gardons une dette ; celle de rester ouverts, refusant toute dérive nationaliste et xénophobe. Ce défi me semble commun à de nombreux pays européens tentés par l’enfermement sur eux-mêmes.
Présidant la Conférence des Eglises européennes, créée en 1950 pour résister aux ravages de la guerre froide, je me sais aujourd’hui plus que jamais engagé à appeler les Eglises à conforter cette espérance et à résister à ces dérives.

Pasteur Jean-Arnold de Clermont
30 mai 2005.

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 30 mai 2005