Le pape et l'œcuménisme

Michel LEPLAY, pasteur de l’Eglise réformée de France, et membre du Groupe des Dombes (2002)

Jean-Paul II aura poursuivi son ministère d'évêque de Rome à vocation de " souverain pontife de l'Eglise universelle " (sic) avec l'intense intention de contribuer à l'unité de tous les chrétiens, " ut unum sint ", sinon à l'union des Eglises. Pour ce qui concerne l'unité des chrétiens, ce pape nous a en même temps réunis autour de son courage pastoral, de son souci pour la justice et la paix, et dans le même temps nous nous sommes distancés de certaines affirmations ecclésiales ou éthiques difficilement acceptables par des protestants.

Au sujet, par ailleurs, de l'union des Eglises, Jean-Paul II a fait des efforts et des tentatives plus ou moins réussis dans trois directions œcuméniques. Et nous constatons alors les limites pour ainsi dire constitutives du ministère de l'unité ainsi exercé dans la situation actuelle.
D'abord, avec une priorité obsessionnelle et bien compréhensible donnée aux relations à restaurer avec les Eglises d'Orient, et leurs différents patriarcats. Le pape, ainsi aimait à parler des " deux poumons " de l'Eglise, et c'était reconnaître que Rome sans Constantinople a " le souffle court ". Et il aura contribué, en citoyen polonais, à l'attention que l'occident a bien dû porter aux Eglises opprimées de l'est européen ; les difficultés sont encore réelles avec la question uniate, sinon celle du Filioque. Mais qui donc est encore passionné par des débats entre personnalités éthniques ou personnes trinitaires dans un monde qui cherche les secrets des nations unies pour une humanité dont les deux-tiers est pauvre ? Il reste que les pas faits les uns vers les autres, entre l'Orient et l'Occident de l'ancienne chrétienté pourraient contribuer à une meilleure entente entre les peuples et à un plus juste partage des biens.

Ensuite, le ministère oecuménique du pape s'est exercé en direction de la troisième grande famille chrétienne, les Eglises issues de la Réforme du XVIe siècle et qui de luthériens en anglicans et de réformés en méthodistes ont essaimé dans le monde entier des communautés non?catholiques, vives et dynamiques de leur unité dans la diversité. Avec ces Eglises, que regroupe le Conseil Œcuménique, non sans les Patriarcats orthodoxes, Jean-Paul II a eu plus de mal à nous comprendre et accepter. L'accord luthéro-catholiquo sur la Justification ne saurait le consoler de la déoision anglicane d'ordonner des femmes, ni de la liberté protestante des réformés, ni du rayonnement accru des communautés évangéliques. Mais des siècles d'ecclésiologie centralisatrice et hiérarchisée peuvent-ils être rapidement remontés ou dépassés même après les conversions spectaculaires de Vatican II ? C'est toute la question du ralentissement de la prophétie -ou de la prospective- par les lourdeurs parfois intentionnelles des bureaucraties conservatrices ou prudentes. Tant la poussière en toute Eglise ancienne, est plus lourde que la poussée...

Enfin, le pape Jean-Paul II a eu dans sa propre Eglise, catholique et romaine, un travail également œcuménique à reprendre sans cesse pour tenter de coordonner la diversité, de colmater des brèches, de ralentir, sinon bloquer, des demandes sincéres concernant le ministère, le célibat, la discipline sacramentelle, l'hospitalité eucharistique etc... Mais nous ne pouvons que poser des questions, moins pour juger que pour exhorter.

En conclusion, ce pape laissera un grand souvenir, ayant été, comme on dit, " Pierre ", mais aussi Jean, soucieux de l'orient mystique, et Paul, à l'écoute de la Réforme protestante. L'avenir oecuménique du christianisme, dans sa riche diversité réconciliée, appelerait d'abord un urgent concile universel de toutes les Eglises, sans autre primauté que celle du Seigneur Jésus?Christ et sans autre priorité que celle donnée au Saint-Esprit. Alors, il n'y aurait plus aucun " saint-père " sur la terre, mais le seul " Père du ciel " comme disait Jésus. Dans une telle assemblée réconciliée, à l'animation vraiment collégiale, la communion chrétienne se retrouverait, et la communauté humaine chercherait peut-être une issue au mal : seul le Dieu de l'Evangile peut l'en délivrer.

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